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Nos lecteurs ont la parole

Mieux vaut un consensus dans l’erreur qu’une division autour de la vérité

Depuis les cités grecques jusqu’à Montesquieu, la démocratie s’est construite autour de quelques principes fondateurs : la séparation des pouvoirs, l’État de droit, le suffrage, l’alternance politique, le gouvernement de la majorité et la protection des minorités. Ces principes ont permis de substituer la force du droit au droit de la force et d’organiser la coexistence pacifique des citoyens.

Certes, les imperfections de la démocratie ont été maintes fois dénoncées. Mais, selon la célèbre formule de Winston Churchill, elle demeure « le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres ».

Encore faut-il préciser que la démocratie n’a pas vocation à régir indistinctement toutes les dimensions de la vie collective.

Toute société repose sur deux sphères de nature différente.

La première est celle du projet national : elle touche à l’identité commune, à l’appartenance, à la mémoire collective, aux fondements constitutionnels et à la raison d’être de l’État. Elle répond à une question essentielle : qui sommes-nous et quel destin voulons-nous partager ?

La seconde relève de l’action gouvernementale. Elle concerne les politiques économiques, sociales, fiscales, éducatives ou administratives, autrement dit la manière dont la puissance publique organise la vie de la cité.

Confondre ces deux niveaux constitue une erreur majeure.

Le projet national ne saurait être soumis aux fluctuations des majorités parlementaires. Il procède d’un pacte fondateur qui unit les citoyens au-delà des alternances politiques. Dans les démocraties stables, nul ne songe à remettre périodiquement aux voix l’identité nationale ou les fondements de l’État. Les projets nationaux français, britannique ou italien ne changent pas au gré des élections. Ils n’évoluent que lors de circonstances exceptionnelles : révolutions, bouleversements historiques ou transformations profondes ayant suscité un consensus quasi unanime.

À l’inverse, la gestion des affaires publiques appelle naturellement le débat, la confrontation des programmes et l’alternance des majorités. C’est là que la démocratie déploie pleinement sa légitimité.

Cette distinction devient encore plus essentielle dans les sociétés plurielles, où coexistent plusieurs communautés culturelles, religieuses ou historiques. Dans ces États, les crises réveillent inévitablement les interrogations identitaires. Les défaillances des gouvernants finissent souvent par être imputées au système lui-même, alors que c’est la qualité de ceux qui l’exercent qui est en cause.

Le Liban illustre parfaitement cette problématique.

Toutes les décisions qui touchent à son existence, à son identité, à sa souveraineté ou à son projet national devraient relever d’un très large consensus, voire d’une majorité qualifiée dépassant les clivages ordinaires. Les notions de majorité et de minorité n’ont guère de sens lorsqu’il s’agit des fondements mêmes de la communauté nationale.

En revanche, les politiques publiques doivent demeurer le terrain naturel de la compétition démocratique. Les citoyens doivent pouvoir choisir librement entre des projets économiques et sociaux différents : libéraux, sociaux-démocrates, centristes ou conservateurs. C’est de cette confrontation que naît une alternance saine et une véritable responsabilité politique.

Or le Liban semble avoir inversé cette logique.

Un consensus relativement large existe depuis longtemps sur l’économie ouverte et le modèle libéral. Pourtant, chaque élection transforme le débat en affrontement sur les questions identitaires, institutionnelles ou géopolitiques. Les scrutins ne produisent plus des majorités de gouvernement, mais des fractures verticales entre composantes nationales. Faute de majorités politiques cohérentes, le pays se résigne à des gouvernements dits « d’union nationale », dont l’expérience a souvent démontré l’impuissance.

Il est temps de sortir de cette contradiction.

Cela suppose un débat national exigeant afin de dégager les constantes du projet libanais et de les soustraire définitivement aux affrontements électoraux. Cela suppose également une réforme du système électoral favorisant le brassage confessionnel et territorial, afin que les partis se structurent d’abord autour de visions économiques, sociales et politiques plutôt qu’autour des appartenances communautaires.

La démocratie y retrouverait sa véritable fonction : préserver l’unité nationale tout en permettant l’alternance politique.

La majorité gouverne ; le consensus fonde la nation. C’est tout le sens de cette formule attribuée à un grand homme politique : « Mieux vaut un consensus dans l’erreur qu’une division autour de la vérité. »

Une erreur en politique peut toujours être corrigée , alors que la division autour des bases nationales présente un risque pour la survie même de la nation.

Ancien ministre

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Depuis les cités grecques jusqu’à Montesquieu, la démocratie s’est construite autour de quelques principes fondateurs : la séparation des pouvoirs, l’État de droit, le suffrage, l’alternance politique, le gouvernement de la majorité et la protection des minorités. Ces principes ont permis de substituer la force du droit au droit de la force et d’organiser la coexistence pacifique des citoyens.Certes, les imperfections de la démocratie ont été maintes fois dénoncées. Mais, selon la célèbre formule de Winston Churchill, elle demeure « le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres ».Encore faut-il préciser que la démocratie n’a pas vocation à régir indistinctement toutes les dimensions de la vie collective.Toute société repose sur deux sphères de nature différente.La première...
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