Un habitant marche à côté d’une maison détruite par une frappe israélienne, dans le village de Srifa, dans le caza de Tyr, le 22 avril 2026. Photo Mohammad Yassine/ L’Orient-Le Jour
« J’ai eu très peur de ce qui pourrait arriver à Srifa », confie Mona, une mère originaire de ce village du caza de Tyr. Lundi, les habitants de cette localité située juste en dessous du fleuve Litani se sont réveillés avec la peur de bombardements israéliens. En cause : la diffusion, sur les réseaux sociaux, d’une illustration modélisée du sous-sol du village montrant supposément un réseau de tunnels du Hezbollah, poussant la municipalité à publier un démenti.
L’illustration avait été publiée dans un article, la veille, sur le site en hébreu Nziv.Net, qui s’appuie sur des propos de « sources médiatiques libanaises, y compris du Hezbollah ». Selon le site, celles-ci auraient affirmé que le parti-milice « dispose de réseaux mille fois plus importants que ceux qu’il possédait dans la zone d'Ali Taher », en référence à la colline stratégique dans la région de Nabatiyé prise par Israël début septembre, sous laquelle l’armée israélienne a détruit un réseau de tunnels du Hezbollah.
« Des installations plus importantes qu’Ali Taher »
Tout commence le 7 septembre, suite à des commentaires du journaliste pro-Hezbollah Ali Berro. Dans une volonté de minimiser la prise par Israël de la colline d’Ali Taher, il avait affirmé dans un entretien sur la plateforme en ligne « Spot Shot » qu’il « existe des installations (du Hezbollah) bien plus importantes qu’à Ali Taher qui sont tombées aux mains d’Israël ». « Pourquoi n’ont-ils pas parlé de celles à Majdel Zoun, de Qantara et de Srifa ? » a-t-il poursuivi... avant de s’excuser quelques jours plus tard dans une vidéo publiée sur son compte Instagram, évoquant une « erreur » concernant la mention de Srifa. « Lorsque j’ai dit Srifa, je voulais en fait dire Kafra », dit-il. L’armée libanaise était entrée dans une installation du Hezbollah, située à proximité de ce dernier village du caza de Bint Jbeil, en décembre 2025, alors à la demande du mécanisme de supervision de cessez-le-feu.
Connu pour ses propos provocateurs à l’encontre des opposants du Hezbollah, Ali Berro avait été arrêté le 6 mars dernier après avoir proféré des menaces à l’encontre du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam, avant d’être libéré sous caution vingt jours plus tard.
Contactée, une source au sein du Hezbollah dément la présence de tunnels sous le village, identifié fin juillet par Washington comme l’une des trois « zones pilotes » dans lesquelles l’armée libanaise s’est déployée pour démanteler les infrastructures du parti, parallèlement à un retrait israélien – alors même que l’armée israélienne n’était pas présente à Srifa . « La publication de l’illustration est une manière pour Israël d’effrayer les habitants et les pousser à l’exil, ou de justifier de prochains bombardements », estime cette source.
La plateforme ayant publié l’illustration des tunnels, qui se présente comme un site « rassemblant des informations provenant de sources ouvertes », précise elle-même dans sa charte qu’elle ne « garantit ni l’exactitude, ni l’exhaustivité, ni l’actualité, ni la pertinence, ni la justesse, ni la véracité factuelle des informations figurant sur le site ».
Le 9 septembre, l’armée libanaise avait indiqué avoir saisi « environ 1 818 armes et munitions, dont dix lance-roquettes, sept roquettes, six drones (...) ainsi qu’un grand nombre de mines et d’engins explosifs » dans les trois « zones pilotes » de Srifa, Froun et Zaoutar el-Gharbiyé, sans mentionner d’éventuels tunnels.
« Des rumeurs malveillantes »
Lundi, la municipalité a dénoncé des « informations et rumeurs malveillantes », se réservant « le droit de prendre toutes les mesures légales à l’encontre » de ceux qui « diffuseraient des allégations susceptibles de menacer Srifa et ses habitants. » Contacté mardi, le président de la municipalité de Srifa, Mohammad Nazal, a expliqué avoir pris la décision de publier un communiqué « après avoir constaté l’inquiétude qui commençait à se répandre parmi les habitants ». Selon Ahmad Ghassani, un riverain de 47 ans, « les questions se multipliaient chez les habitants. Certains envisageaient de partir ». L’information « a provoqué la confusion chez les villageois », confirme un autre habitant, Ali Moussa, qui estime que « les propos du journaliste ‘‘suspect’’ devraient faire l’objet d’un suivi de la part des services de sécurité ».
Le président de la municipalité précise avoir été rassuré par « l’absence de toute prise de position ou menace officielle émanant des instances de l’ennemi israélien ». Mona, elle, a été « prise de peur pendant quelques instants, avant d’être rassurée par la présence de l’armée libanaise ». En effet, « un bataillon de l’armée se trouve dans la localité, un barrage est installé à son entrée et les patrouilles continuent de circuler d’un bout à l’autre de Srifa », précise le maire. « Nous avons l’habitude de nous déployer pour rassurer les habitants, et l’armée libanaise est présente partout où ne l’est pas l’armée israélienne », abonde un porte-parole de la troupe.
Selon le président de la municipalité, les 1 400 familles qui se trouvent à Srifa, en plus de 90 autres composées de déplacés y louant des logements, n’ont pas quitté la localité.
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