Une nation ne s’effondre pas seulement sous le poids des guerres. Elle s’affaiblit surtout lorsque la fonction publique cesse d’être un service pour devenir un privilège, lorsque le pouvoir n’est plus une responsabilité mais une rente, et lorsque l’intérêt général s’efface devant les intérêts particuliers.
Tout responsable politique ou administratif qui détourne l’autorité que le peuple lui a confiée pour servir sa fortune, celle de ses proches ou de son entourage, trahit le mandat qui lui a été confié. Le véritable détournement n’est pas seulement celui des fonds publics ; il est aussi celui de la confiance des citoyens. Et lorsqu’un peuple perd confiance dans ses institutions, c’est l’État lui-même qui vacille.
Le Liban a payé un prix exorbitant. Depuis la guerre civile, trop de lois ont été pensées pour protéger les puissants plutôt que les faibles, trop de compromis ont servi d’alibi à l’impunité, et trop de richesses nationales ont disparu dans les méandres d’un système où la proximité avec le pouvoir valait souvent davantage que le mérite ou le droit.
Aucune reconstruction durable ne sera possible sans une justice indépendante, capable d’enquêter sur tous les abus, quels qu’en soient les auteurs, sans distinction d’appartenance politique, confessionnelle ou sociale. La justice ne saurait être un instrument de revanche ; elle doit être l’expression sereine de l’État de droit.
Mais rendre justice ne consiste pas uniquement à condamner. Il faut également restituer. Chaque bien acquis par la corruption, chaque fortune bâtie sur le détournement des ressources publiques, doiventt revenir à la collectivité dont elle a été soustraite. Ce n’est ni une vengeance ni une humiliation : c’est la réparation d’une injustice.
Le droit ne retrouve sa force que lorsqu’il s’applique à tous avec la même exigence. Une nation ne grandit pas parce qu’elle oublie ses fautes, mais parce qu’elle trouve le courage de les regarder en face et de les réparer.
L’histoire nous enseigne que la vérité peut être retardée, que la justice peut être entravée, mais qu’aucune ne disparaît définitivement. Elles finissent toujours par retrouver leur chemin.
Car, au-dessus des hommes, des pouvoirs et des circonstances, demeure une seule autorité qui ne se négocie jamais : celle du droit. Et lorsque le droit redevient plus fort que les intérêts particuliers, l’espérance d’un peuple renaît avec lui.
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