Ali Badreddine, directeur de la réserve de Tyr et professeur en biologie et écologie marines, photographié ici à l'entrée de la réserve. Photo fournie par Ali Badreddine
Le réseau de réserves marines méditerranéennes MedPAN, dont le siège se trouve à Marseille en France, est désormais présidé par un Libanais, Ali Badreddine, directeur de la réserve marine de Tyr (Liban-Sud). Détenteur d’un doctorat en biologie et écologie marines, cet enseignant et chercheur universitaire a été élu à ce poste le 25 juin pour un mandat de trois ans. Il est le premier président issu de l’est de la Méditerranée. Fondé en 2008, l'organisme compte quelque 110 gestionnaires de réserves de 21 pays. La réserve de Tyr l'avait rejoint en 2012.
Contacté, Ali Badreddine exprime sa fierté d’avoir été élu à ce poste, qui « récompense d’immenses efforts dans la réserve de Tyr », et l’importance que cela représente pour la ville côtière du Sud et pour le Liban. Il explique qu'il sera désormais appelé, avec l'équipe, à approuver des projets et mettre en place des activités dans le cadre des priorités du MedPAN.
« MedPAN a une vision fondée sur plusieurs principes et priorités, notamment l’augmentation du nombre des réserves marines autour de la Méditerranée, l’appui aux règles de la gestion durable des sites et de la bonne gouvernance (formations, financements, etc.), l’aide pour l’application des lois nationales en relation avec les réserves, le règlement des problèmes auxquels font face les comités de gestion des réserves, la préservation de la biodiversité à l’intérieur des sites… » explique-t-il.
Grâce à cette élection, « le Liban gagnera forcément en visibilité et en crédibilité dans le domaine de la préservation de l’environnement », estime Ali Badreddine. Il souhaiterait une bonne collaboration avec les autorités, notamment avec le ministère de l’Environnement, et la présentation de dossiers solides qui permettront au pays de profiter de l’appui de cette organisation. « Nous espérons que les donateurs s’intéresseront davantage à soutenir ce domaine dans notre pays », dit-il.
Le Liban ne compte à ce jour que deux réserves marines : celle de Tyr, ayant une composante marine et une terrestre, et qui abrite une biodiversité remarquable, sanctuaire de plusieurs animaux menacés comme certaines espèces de tortues de mer ; et celle des îles des Palmiers, au large de Tripoli, chef-lieu du Liban-Nord, également sanctuaire pour les tortues marines mais aussi refuge pour de nombreuses espèces d’oiseaux et de reptiles. Le reste du littoral libanais est souvent victime d’abus divers, entre pollution, empiétements, remblais…
Tyr, une ville marquée par la guerre
Cette bonne nouvelle venant de Tyr contraste avec les informations émanant de la ville ces derniers mois : depuis la reprise du conflit entre le Hezbollah et Israël le 2 mars 2026, cette localité si riche en vestiges historiques et en sites naturels a été régulièrement la cible de l’aviation et de l’artillerie israéliennes. Un fragile cessez-le-feu, régulièrement violé par l’armée israélienne, règne depuis quelques semaines sur le Liban-Sud.
« Au niveau de la réserve de Tyr, nous constatons des dégâts au niveau de l’infrastructure, et nous avons prévu de mener une étude pour déterminer les effets des combats sur la faune et la flore », précise Ali Badreddine. La municipalité a ouvert dimanche la saison sur la grande plage de sable de Tyr, envers et contre tout. « La plage était noire de monde ce dimanche », précise-t-il, rappelant que c’est l’une des rares plages du pays totalement ouverte au public.
« En tant qu’équipe de la réserve, malgré la fatigue générée par la guerre, nous comptons reprendre au plus vite nos activités, qui consisteront à observer la saison de ponte des tortues et l’état de la biodiversité, à poursuivre notre programme sur la pêche durable auprès des pêcheurs de la région, ou encore à lancer un autre programme sur l’agriculture durable », souligne le directeur de la réserve.



