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« C'est la discorde ! », « Grave erreur », « Réussite » : réactions diamétralement opposées autour de l'accord-cadre entre le Liban et Israël

Le tandem chiite a officiellement rejeté l'accord, qui a reçu plusieurs approbations dans le camp chrétien.

« C'est la discorde ! », « Grave erreur », « Réussite » : réactions diamétralement opposées autour de l'accord-cadre entre le Liban et Israël

Représentations des drapeaux israélien et libanais sur un mémorial de la localité frontalière de Metula, dans le nord d'Israël, le 27 juin 2026. Photo Amir Cohen/Reuters

L'accord-cadre conclu vendredi entre le Liban et Israël au terme du cinquième cycle de négociations à Washington suscite de vives réactions d'un bout à l'autre de l'échiquier politique, dont un rejet catégorique et particulièrement virulent du tandem chiite et d'autres camps politiques. Le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, a quant à lui salué dimanche « la plus importante initiative politique de l’État libanais depuis un demi-siècle », jugeant que l'accord permettra le retrait israélien du Sud et de se « débarrasser de l’existence d’organisations armées en dehors de l’État, au premier rang desquelles le Hezbollah ».

« Cet accord ne sera pas appliqué »

Au premier rang du front du refus, le président du Parlement et chef du mouvement chiite Amal, Nabih Berry, a eu pour seule réaction ces deux phrases lapidaires. « Ô mon peuple au Liban, dans tout le Liban, c'est la discorde ! Dans la discorde, sois comme le veau : ni un dos sur lequel on monte, ni un pis que l'on trait. » « J'ai examiné le contenu de l'accord-cadre, je l'ai lu et j'y ai vu la discorde », a-t-il commenté par la suite auprès du média saoudien el-Charq el-Awsat, qui précise que le chef du Législatif n'aurait pas été informé au préalable du contenu de l'accord. Son parti a publié plus tard dans la journée de samedi un communiqué officiel annonçant son refus du document : « Le mouvement considère que cet accord est déséquilibré et consacre, dans la plupart de ses dispositions, des réalités favorables à l’ennemi au détriment de l’intérêt national. Il comporte des risques politiques et souverains et ne peut être accepté, car il ne constitue pas une base pour un accord juste préservant les droits du Liban ». Le mouvement chiite allié du Hezbollah rappelle dans la foulée qu'il « refuse toute négociation directe avec l'ennemi » israélien.

Le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Kassem, a quant à lui publié un communiqué dans lequel il a qualifié l'accord d'« humiliant », « honteux », et « d'abandon de souveraineté » aux dépens d'Israël. Il a également jugé « extrêmement dangereuse » la condition posée à tout retrait israélien du Liban, à savoir le désarmement complet du Hezbollah sur tout le territoire libanais. Cette exigence « franchit toutes les lignes rouges et fait du Liban un jouet entre les mains de l'ennemi israélien », selon lui. « Cet accord est nul et non avenu, et ce sont les provisions du protocole d'accord irano-américain qui doivent être appliquées », a ajouté le chef de la formation chiite, en référence au texte signé le 17 juin par Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris au Liban.

De son côté, le député du parti chiite Hussein Hajj Hassan a assuré que sa formation « ne reconnaît pas » cet accord et que celui-ci « ne sera pas appliqué » dans la mesure où « la résistance et les armes demeureront ». « Il ne s’agit pas d’un accord, mais d’une capitulation et d'une reddition complète de l’autorité libanaise devant les États-Unis et l’ennemi sioniste. (...) Les conditions figurant dans l’accord engagent le Liban, alors qu’aucun engagement n’y est prévu concernant la partie israélienne », a-t-il déclaré dans une interview à la radio Sputnik. « Par ce qu’elle a signé, l’autorité (le gouvernement, ndlr) affirme qu’elle fera appel à l’étranger ; elle a livré la terre et les ressources à l’ennemi, ce qui est extrêmement grave », a-t-il ajouté.

M. Hussein Hajj Hassan a par ailleurs affirmé que « la méthode et l’approche (...) défaitistes et fondées sur la soumission » adoptées par le gouvernement, le rendait « dépourvu de légitimité et de représentativité ». « Quant à nos prochaines démarches, elles dépendront des délibérations et des consultations que nous menons au sein du parti et avec nos alliés », a-t-il conclu, alors que des manifestations ont déjà été organisées par des partisans du tandem chiite Amal-Hezbollah devant le Grand Sérail à Beyrouth vendredi soir. Même son de cloche dimanche du côté du député Hassan Fadlallah, qui avait été le premier à menacer d'une « guerre civile » vendredi après la publication de l'accord. « L'accord de l’humiliation et de la honte signé par le pouvoir ne verra pas le jour et ne sera pas appliqué » et « rien ne se passera sans notre accord », a dit le député. « Notre doigt restera sur la gâchette et nous poursuivrons notre voie de résistance afin d’atteindre nos objectifs », a-t-il encore lancé.

Le vice-président du Conseil supérieur islamique chiite, le cheikh Ali Khatib, a lui aussi qualifié l'accord de « nouvelle soumission aux pressions et aux diktats américains », estimant que le retrait israélien du Liban mentionné dans le texte « est conditionné à des exigences israéliennes impossibles à satisfaire ».

« Il semble que les responsables libanais n’aient tiré aucune leçon des expériences passées, qui ont conduit à l’échec de tous les accords n’ayant pas bénéficié d’un consensus libanais », a-t-il déclaré, en faisant un parallèle avec l’accord mort-né du 17 mai 1983 signé entre les gouvernements libanais et israéliens de l'époque, en pleine guerre civile et invasion israélienne au Liban. « L’un des effets les plus néfastes de cet accord sera d’accentuer les fractures et les divisions internes au Liban, tant sur le plan politique que populaire », a ajouté Ali Khatib. De son côté, le député sunnite allié du Hezbollah Jihad Samad a estimé, dans un communiqué, que « l’accord-cadre, sur le fond, légalise l’occupation israélienne du Liban », et a accusé le pouvoir exécutif de « tenter, en toute conscience et avec détermination, de saboter l’accord américano-iranien concernant le Liban ».

Un groupuscule allié du Hezbollah, le Mouvement du Peuple, est allé jusqu'à appeler la rue à « se mobiliser de manière consciente et courageuse afin de faire échouer cet accord et de renverser le pouvoir fantoche qui l'a signé. »

Le Liban « sort gagnant » de l'accord

Dans une déclarati0n, le chef des Kataëb Samy Gemayel a estimé que le Liban « sort gagnant » de cet accord car il consacre, selon lui, « la fin de la guerre, le retrait israélien complet du territoire libanais, la reconnaissance officielle par Israël de l’absence de toute revendication ou ambition à l’égard du Liban, le rétablissement de la souveraineté, l’extension de l’autorité de l’État et l’exclusivité des armes ainsi que de la décision de guerre et de paix entre les seules mains des institutions légitimes ».

« L’État libanais a démontré que, lorsqu’il négocie au nom du Liban et à partir de sa légitimité, il est capable de défendre les intérêts des Libanais », a souligné le député du Metn, qui estime toutefois que le grand défi à venir sera celui de sa « mise en œuvre ». « Ce qui est requis aujourd’hui, c’est une volonté politique ferme, un attachement à l’État, ainsi qu’un refus de céder à toute intimidation, tout chantage ou toute tentative d’entraver ce processus », a-t-il dit.

Le chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, a quant à lui émis quelques réserves sur cet accord, tout en appelant à « ne pas le rejeter catégoriquement », comme le fait le Hezbollah. Il a estimé à cet égard que « l'accord-cadre, malgré ses lacunes, impose d'être abordé avec responsabilité. Il est bénéfique si nous récupérons l'intégralité de nos droits, et dangereux s'il constitue une source de discorde. Chacun doit veiller à ne pas tomber dans ce piège et à ne pas rejeter catégoriquement toute voie susceptible de libérer le territoire, de renforcer l'État et d'instaurer la paix ».

M. Bassil, député de Batroun, a également insisté sur son rejet de la formule de « redéploiement » des troupes israéliennes occupant le Liban-Sud telle qu'elle est employée dans le texte de l'accord, qui parle de « redéploiement progressif hors du territoire libanais », et s'est dit pour « la garantie du retrait et de la non-agression ». « Où sont les réfugiés et les ressources ? », a-t-il conclu, en référence à la question des réfugiés palestiniens au Liban et des ressources aquatiques et gazières longtemps disputées entre les deux pays, comme les eaux du fleuve Wazzani ou les champs gaziers au large du littoral.

De son côté, la Jamaa Islamiya, un parti politique islamiste sunnite de la mouvance des Frères musulmans, sans rejeter d'emblée l'accord, a écrit dimanche que « toute discussion sur le monopole des armes (...) ne doit pas se dérouler sous la pression de l’occupation ou de la menace, mais dans le cadre d’un dialogue national ». Le parti a également appelé le gouvernement à « faire preuve de transparence en publiant les textes et annexes de l’accord, en particulier l’annexe sécuritaire, les mécanismes de vérification et le calendrier du redéploiement ».

« Une grave et dangereuse erreur »

De son côté, le leader druze et ancien chef du Parti social-progressiste (PSP), Walid Joumblatt, s'est contenté d'une phrase postée sur son compte X : « Ce qui frappe dans cet accord, tripartite dans sa forme mais unilatéral dans son contenu, c’est la mise à l’écart totale de l’Accord d’armistice », de 1949, signé à l'époque entre le Liban et Israël.

« C'est une grave et dangereuse erreur », a également réagi la députée Halimé Kaakour, qui pointe du doigt une clause de l'accord citée au 13ᵉ des 14 points du texte. « Comment pouvez-vous accepter cette clause qui prévoit de ''s’abstenir de toute action hostile ou antagoniste dans les instances politiques ou juridiques internationales'' », a lancé l'élue sunnite d'Iqlim el-Kharroub à l'attention du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam.

« Cela signifie-t-il renoncer à poursuivre l’ennemi pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ? Autrement dit, vous consacrez l’impunité, vous portez atteinte à la justice due aux milliers de victimes de crimes de guerre et de violations du droit international humanitaire, et vous privez le Liban d’un important dossier de réparations financières qui pourrait découler de ces crimes », s'est-elle exclamée. Et de conclure : « Vous parlez de ''paix'' ! Ne réalisez-vous pas qu’il ne peut y avoir de paix sans justice, et que la paix imposée par la force et la soumission ne nous protégera pas de conflits récurrents ? » Le CPL a enfin fustigé ce point de l'accord dans un communiqué, estimant qu'il « prive le Liban d'un levier important et puissant ».

Geagea dénonce les « résistances »

Dans une déclaration, le chef des Forces libanaises Samir Geagea a répondu aux propos critiques de MM. Berry, Joumblatt et Kassem. Au premier, il a répondu que « la « discorde » a commencé lorsque l’Accord de Taëf (de 1989, qui a mis un terme à quinze ans de guerre civile au Liban, Ndlr) a été appliqué dans le domaine sécuritaire et militaire à certains mais pas à d’autres », en allusion aux armes du Hezbollah. « Et ceux qui invoquent aujourd’hui l’accord d’armistice auraient mieux fait de réagir lorsque celui-ci a commencé à être bafoué dès 1964 (lorsque les milices palestiniennes ont commencé à s’implanter au Liban-Sud, Ndlr), au lieu d’en pleurer aujourd’hui les ruines », a écrit M. Geagea en réponse à Walid Joumblatt. Il a également répondu au Hezbollah, qui mène un procès en illégitimité de l’accord, que « l’autorité légitime au Liban est aujourd’hui composée, comme dans la majorité des pays du monde, du président de la République, du gouvernement et du Parlement ». Selon lui, l'accord permettra de « sortir le Liban et les Libanais de l’impasse tragique et de ses conséquences provoquées par les « résistances » successives sur le territoire du Sud ».

L'accord-cadre conclu vendredi entre le Liban et Israël au terme du cinquième cycle de négociations à Washington suscite de vives réactions d'un bout à l'autre de l'échiquier politique, dont un rejet catégorique et particulièrement virulent du tandem chiite et d'autres camps politiques. Le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, a quant à lui salué dimanche « la plus importante initiative politique de l’État libanais depuis un demi-siècle », jugeant que l'accord permettra le retrait israélien du Sud et de se « débarrasser de l’existence d’organisations armées en dehors de l’État, au premier rang desquelles le Hezbollah ». « Cet accord ne sera pas appliqué »Au premier rang du front du refus, le président du Parlement et chef du mouvement chiite Amal, Nabih Berry, a eu pour...