Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Le Liban en état de mal-être

Toute une population et des générations vivent un calvaire sans fin. À comptabiliser les revers et les malheurs, la liste est longue et variable. Les traumatismes sont échelonnés à différents degrés chez tout un chacun. Même si certains individus n’en ont pas conscience en apparence, c’est à l’intérieur de chacun, dans son inconscient, que l’effet du trauma va laisser des traces.

On doit continuer à le dire, au risque de le répéter, le Liban est victime de sa géographie et de la caste politique d’origine milicienne qui l’a gouverné les dernières années. Depuis sa création, le Liban est tiraillé par les courants contradictoires durant la guerre froide entre l’Est et l’Ouest. Les pays arabes voisins et lointains n’ont pas manqué de nous tourmenter Et nous arrivons à l’état actuel. Nous subissons un conflit meurtrier, ravageur et destructeur pour le peuple, pour la terre et pour les habitations. À cette période les passions se déchaînent entre l’Iran et Israël sur notre territoire. Cela ajoute du sang à notre fleuve rouge.

D’un côté un empire lointain, avec une passion vivace religieuse des mollahs iraniens actuels qui veulent affirmer leur hégémonie et combattre Israël. De l’autre côté un rêve biblique qui cherche à asseoir une certaine stabilité dans un État après une longue histoire de persécutions et de ghettoïsation à travers des siècles.

Dans un monde désorganisé, le Liban et les Libanais subissent les souffrances, le désarroi, les destructions, les dispersions et la mort. Les agressions israéliennes sauvages et inhumaines sèment la terreur et dispersent une population innocente. Au sud du Liban maisons et villages sont en ruine. La milice du Hezbollah continue de résister avec le soutien et les directives des gardiens de la révolution islamique (Pasdaran).

Le Liban appelle au secours et ne trouve qu’une main tendue, celle de la puissance américaine pour jouer l’arbitre, en sachant que la sécurité d’Israël est la priorité de cette puissance.

Le Liban, terre martyre, ne veut pas se soumettre, il garde une ambition idéologique, politique et un espoir de redressement. Il veut éviter le sort des Palestiniens, des Tibétains, des Kurdes, des Rohingyas, des Yézidis et des Rwandais.

Le peuple libanais souffre, se disperse, notre jeunesse sans espoir quitte le pays pour des horizons plus accueillants. C’est une saignée pour le pays et une déception troublante pour nos jeunes qui sont empêchés de construire l’avenir au Liban.

Les autres pays qu’on dit décideurs semblent s’enfermer dans un silence assourdissant. Ils sont bousculés par les États-Unis et n’arrivent pas à faire actionner les rouages des Nations unies pour régler les conflits mondiaux et pour respecter la paix et la force de la loi, ou l’action de la Cour internationale de justice

Que fait l’État pendant ce temps ?

La plupart des politiciens se gargarisent de mots vides pour soi-disant sauver l’unité nationale. En fait c’est leur intérêt particulier qui prédomine et surtout leur intérêt communautaire. Le pays est pris dans une guerre civile sans barricades, mais dans les esprits et sur les réseaux sociaux.

Le pouvoir décide, prend des résolutions mais ne peut les mettre en exécution. Une force dominante va à l’encontre des décisions gouvernementales et rien ne va plus. Le pays en faillite attend des aides élémentaires des pays donateurs (médicaments, matelas, des rations alimentaires et quelquefois des aides financières). L’État profond ne fait que se dégrader par la corruption et l’incompétence de son personnel. Par manque de moyens, l’université et l’école publiques sont en état de délabrement.

Au lieu de s’activer à former la jeunesse nationale et à structurer une identité nationale, chaque groupe social poursuit un enseignement isolé et une culture différente d’un Liban unitaire. Une histoire différente est enseignée, des programmes séparés sont enseignés, des drapeaux différents, des chants et des prières différents sont appris. Cela ne favorise en aucune manière une identité harmonieuse et concordante. Le Liban est éclaté et ne reste qu’un semblant d’État qui n’arrive pas à gouverner tout le pays. Il faut un sursaut national pour arriver à ressouder l’ensemble des esprits et pour maintenir un État unitaire qui ne soit pas contrarié par le pouvoir iranien et ses alliés libanais.

Il y a différentes options qui s’offrent pour remodeler le pays : soit la séparation, soit la fédération, soit la décentralisation totale, mais aucune de ces options ne semble faire l’unanimité. Mais ça mérite d’y réfléchir calmement.

Qui pourra aider à stabiliser le pays ? On pouvait espérer l’aide et le support dans les structures des Nations unies, mais le veto des grandes puissances arrive à bloquer toutes les décisions. L’Amérique a perdu le magistère moral mais reste aussi dominante et aussi puissante.

L’espoir du Liban est dans une diplomatie dynamique qui doit alerter le monde, les différents pays arabes malgré leurs contradictions, pour plaider la cause du pays. Une équipe nationale doit émerger pour guider l’effort de la relève. Certes c’est difficile mais ce n’est pas impossible. Le président et le gouvernement sont face à des choix difficiles. Le Liban peut aspirer à une neutralité dynamique et indépendante. Il doit échapper aux dieux maléfiques de l’histoire et aux appétits féroces qui nous viennent de l’extérieur. La disparition du Liban est possible mais l’énergie d’un sursaut national est toujours vivante dans un peuple avide de liberté capable de forger son élan vital au-delà des déchirements.

Évitons au Liban d’être le « remords du monde » (Charles Hélou).

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Toute une population et des générations vivent un calvaire sans fin. À comptabiliser les revers et les malheurs, la liste est longue et variable. Les traumatismes sont échelonnés à différents degrés chez tout un chacun. Même si certains individus n’en ont pas conscience en apparence, c’est à l’intérieur de chacun, dans son inconscient, que l’effet du trauma va laisser des traces.On doit continuer à le dire, au risque de le répéter, le Liban est victime de sa géographie et de la caste politique d’origine milicienne qui l’a gouverné les dernières années. Depuis sa création, le Liban est tiraillé par les courants contradictoires durant la guerre froide entre l’Est et l’Ouest. Les pays arabes voisins et lointains n’ont pas manqué de nous tourmenter Et nous arrivons à l’état actuel. Nous subissons un...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut