Le siège de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) à Beyrouth, en septembre 2023. Photo d'archives Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Le directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), Mohammad Karaki, a annoncé mardi que les allocations familiales pouvant être perçues par les assurés travaillant dans le secteur privé et auxquelles cotisent les employeurs ont été presque doublées, suite à une décision entrée en vigueur le 30 avril et donc applicable à partir de mai, en plein contexte de guerre entre le Hezbollah et Israël.
La décision prise « dans le cadre de réformes continues visant à renforcer la protection sociale face à la détérioration des conditions économiques au Liban » porte les allocations familiales à 2,1 millions de LL (23,46 dollars) pour le conjoint, contre 1,2 million de LL (13,41 dollars) auparavant, et à 1,155 million de LL (12,90 dollars) pour chaque enfant, contre 660 000 LL (7,37 dollars). La contribution demandée aux entreprises risque elle aussi d’augmenter, surtout pour la part prélevée sur les gros salaires, selon une source travaillant dans la comptabilité d’une entreprise.
Dans son communiqué, la CNSS a indiqué que cette décision s’inscrit dans une approche corrective adoptée depuis la crise de 2019, visant à restaurer l’efficacité des prestations sociales et de santé. Elle a précisé que les allocations avaient déjà été ajustées en 2025. Malgré ces hausses, la valeur des contributions en dollars reste cependant inférieure à ce qu’elles représentaient avant la crise et la dépréciation de la livre libanaise face au dollar, soit 60 000 LL pour le conjoint (environ 40 dollars à l’époque) et 33 000 LL par enfant (un peu plus de 20 dollars).
Mohammad Karaki a assuré à L'Orient-Le Jour qu'il n'y aurait pas de difficulté à financer ces prestations.
Relèvement des plafonds
Le communiqué de la CNSS ajoute que, face à la situation économique difficile du Liban et à la pression persistante sur les familles, ce nouvel ajustement reflète une orientation visant à mieux aligner la protection sociale sur le coût réel de la vie. Selon les nouvelles dispositions, le plafond mensuel des allocations familiales est relevé à 7,875 millions de LL (87,94 dollars) contre 4,5 millions de LL, (50,28 dollars), répartis en 2,1 millions de LL (23,46 dollars) pour le conjoint et 1,155 million de LL (12,90 dollars ) par enfant, jusqu’à un maximum de cinq enfants.
Le plafond des revenus assurés soumis aux cotisations est également relevé à 28 millions de LL (312,84 dollars) par mois contre 18 millions de LL (201,12 dollars), élargissant ainsi la base des contributions et des prestations.
Pour les chauffeurs publics propriétaires de leur véhicule, le plafond mensuel révisé est fixé à 4,55 millions de LL (50,84 dollars), incluant 1,75 million de LL (19,55 dollars) pour le conjoint et 560 000 LL (6,26 dollars) par enfant, dans les limites fixées. Pour les chauffeurs publics non propriétaires ainsi que les vendeurs de journaux et de magazines, l’allocation mensuelle passe à 1,68 million de LL (~18,77 dollars) contre 1,08 million de LL (12,07 dollars), tandis que l’allocation journalière passe à 56 000 LL (0,63 dollar) contre 36 000 LL (0,40 dollar).
Mohammed Karaki a souligné que l’adaptation aux conditions actuelles « n’est plus une option mais une nécessité continue », ajoutant que l’administration poursuivra ses mesures pour atténuer l’impact des crises sur les travailleurs et employés. Il a aussi remercié le ministre du Travail Mohammed Haïdar et le ministre des Finances Yassine Jaber pour leur soutien.
La CNSS continue de faire face à une crise financière et opérationnelle de longue durée, aggravée après l’effondrement économique de 2019, l’inflation et la dépréciation de la monnaie qui a fortement réduit sa capacité à maintenir une couverture sociale adéquate, notamment pour les allocations familiales, les remboursements de soins de santé et les indemnités de fin de service.

