Le ministre de l'Information, Paul Morcos, lors d'un événement à Radio Liban, le 4 juin 2026. Photo ministère libanais de l'Information
Après l’adoption de la nouvelle loi sur l’information mardi au Parlement, une vague de protestations a éclaté pour diverses causes, notamment chez les syndicats de la presse et des rédacteurs, qui ont tenu une conférence de presse au lendemain. Mais la déclaration du ministre de l’Information, jeudi, sur son intention de proposer un nouveau projet de loi urgent avec les amendements réclamés par une grande partie du corps médiatique pourrait ouvrir la voie à un règlement.
Pourquoi Paul Morcos a-t-il choisi de prendre cette initiative, deux jours à peine après l’adoption de la nouvelle loi ? Il faut aussi dire que cette législation, en dépit des critiques formulées, reste une première dans le paysage médiatique libanais et a suscité une vague de félicitations, notamment de la part d’instances internationales, parce qu’elle modernise le texte vieillissant de la loi sur les imprimeries (amendée pour la dernière fois en 1994).
Mais justement, la loi adoptée devait permettre de gérer les problèmes auxquels le secteur de l’information se heurte actuellement. Or elle a provoqué la colère de la plupart des médias sur trois articles en particulier : l’article 104 qui prévoit le retour de la peine de prison pour les journalistes, l’article 115 qui permet la multiplication des syndicats de presse et l’article 74 qui prévoit la création d’une commission nationale de l’information, formée de 10 membres, six choisis par le Parlement et quatre par le Conseil des ministres. Ce sont des points importants, car ils concernent la liberté d’action des journalistes.
C'est là que le projet de M. Morcos entre en jeu. Celui-ci devrait donc tenir compte des réclamations des syndicats de la presse (les patrons des médias) et des rédacteurs (les journalistes). Un noyau s’est formé à cet effet autour du ministre, qui regroupe, entre autres, le vice-président de la Chambre Élias Bou Saab et des députés tels que Georges Adwan, Paula Yaccoubian, Adib Abdelmassih, Waddah Sadek et Ibrahim Moussaoui.
Un accord avait été conclu lundi dernier entre ces députés, le ministre et les deux syndicats, soit à la veille du vote, mais les amendements réclamés par ces derniers ont été ignorés à la dernière minute. M. Morcos n'avait d'ailleurs pas eu le temps de terminer son discours, et les débats ont été réduits à leur strict minimum. Immédiatement après le vote de la loi, les médias ont commencé leur campagne de protestation. Le tollé ne s’est pas limité aux protagonistes locaux. De nombreuses instances internationales ont exprimé leur opposition au retour de la peine de prison pour les journalistes, tout en félicitant le ministre pour cette loi qui constitue un pas en avant sur de nombreux points.
Le ministre de l’Information a donc réagi en annonçant jeudi sa volonté de préparer un nouveau projet de loi contenant les amendements attendus. Il entend ainsi reprendre l’initiative et montrer que c’est au ministère de faire ce qu’il faut pour combler les lacunes de la loi. Dans cette démarche, le chef de l’État pourra signer la loi adoptée sans problème et attendre que le nouveau projet soit adopté au Parlement pour le signer également. Le tollé provoqué par le texte adopté serait ainsi circonscrit et le problème de l'article 104 réglé.
Des sources parlementaires qui suivent ce dossier confirment que cet article a été le plus commenté, y compris par des instances internationales. Donc, plutôt que de laisser la loi entachée par cet article et de laisser la vague de critiques s’amplifier, M. Morcos a préféré passer à l'acte. Selon lui, cette procédure ne devrait poser aucun problème, même si cela semble un peu étrange que juste après le vote d’une loi, il soit décidé de lui préparer un annexe, puisqu'il ne s'agit pas seulement pour lui d'amender les articles contestés, mais aussi d'adjoindre des amendements concernant son ministère, notamment le regroupement des médias publics sur une même plateforme et l’octroi au ministre d’une période de grâce au cours de laquelle il pourrait prendre les décrets d’application de la loi nécessaires. Tout cela devrait figurer dans le supplément en préparation.

