Une image circulant sur les réseaux sociaux de la cérémonie ayant eu lieu dans la cour du Deuxième lycée Rafic Hariri à Beyrouth, frappée du logo des scouts du Mehdi, à l'origine de la polémique avec les parents d'élèves de l'établissement.
Depuis quelques jours, les images d’une cérémonie organisée dans la cour du Deuxième lycée Rafic Hariri dans le quartier de Zokak el-Blatt à Beyrouth, dédiée à la « prescription religieuse » des jeunes filles, à l’occasion de la première fois qu'elles portent le voile, a fait éclater la colère de parents d'élèves de cette école. Celle-ci est fermée depuis le début du conflit, le 2 mars, car elle accueille des centaines de familles de déplacés.
« Nous n’avons rien contre les déplacés ni contre la prescription religieuse, mais la tenue de cette cérémonie, avec force décorations et drapeaux partisans, n’a plus rien à faire avec la question du déplacement de populations, et devient une vraie provocation pour les élèves délocalisés et leurs parents », affirme à L’Orient-Le Jour une mère sous couvert d’anonymat. Des photos de l'événement montrent plusieurs dizaines de personnes réunies dans la cour de l'école devant une scène improvisée, sous un portrait de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, figure de référence pour la communauté sunnite. Si aucun drapeau du Hezbollah n'est visible sur ces images, l'on peut y distinguer le drapeau des scouts du Mahdi, une organisation liée au parti chiite.
Depuis l’ouverture par le Hezbollah d'un front face à Israël le 2 mars dernier, en pleine guerre d’Iran, plus d’un million de personnes fuyant la banlieue-sud de Beyrouth et le Liban-Sud, des régions majoritairement chiites, se sont retrouvées dans des centres d’accueil dans la capitale et ailleurs, principalement dans des écoles, le plus souvent publiques. Malgré le cessez-le-feu décrété le 16 avril dernier, les combats se poursuivent au Sud, et le retour des habitants n'a été que partiel et lent. Dans cette école, l’accueil des déplacés a été fait « de force et sans l’assentiment de la direction avec le concours d'éléments armés, qui continuent d’assurer la garde devant l’établissement afin d’empêcher la direction d’y accéder », raconte une autre source proche des parents d’élèves, mais sans nommer explicitement le Hezbollah.
« Cette cérémonie n’était pas la première, il y a eu d’autres activités à caractère clairement religieux et partisan, comme une célébration de la ‘victoire’ à l’annonce du cessez-le-feu », explique à L'Orient-Le Jour Ikram Saab, une autre mère d’élève qui a suivi de près la question de ces écoles de la Fondation Rafic Hariri en tant que journaliste. Elle explique que le ras-le-bol des parents vient du fait que l’école a dû relocaliser les élèves dans plusieurs autres locaux.
Pour sa part, le député de Beyrouth Waddah Sadek estime que ces « provocations envers les habitants de la capitale » ne viennent pas des déplacés, mais de certains groupes, partisans ou autres. Il se dit convaincu que « c’est le Hezbollah qui empêche ces déplacés de vider les lieux, et ce bien que toutes les aides proviennent aujourd’hui de l’État libanais et non pas du parti lui-même ».
Une solution dans les 7 jours ?
La directrice de l'établissement Nada Akoum reconnaît que l'école s'est trouvée dans l'obligation de se délocaliser dans plusieurs autres bâtiments afin de ne pas interrompre l'année scolaire. « Les parents sont fatigués, et surtout ils se demandent si cet établissement va rouvrir ses portes », poursuit-elle. Jeudi, un sit-in avait été organisé par le comité des parents au centre-ville, pour demander la relocalisation des déplacés dans d’autres centres d’accueil. « Une délégation du comité a été reçue par le Premier ministre Nawaf Salam au Grand Sérail, et celui-ci a promis de trouver une solution dans les sept jours », poursuit Ikram Saab.
Une source gouvernementale interrogée assure que le problème concerne, outre le lycée en question, six écoles privées de Beyrouth. Elle précise que depuis la réunion des parents avec Nawaf Salam, les efforts se concentrent effectivement sur le transfert de ces déplacés vers des établissements publics, pour faire de la place dans les écoles publiques.
Démenti du Hezbollah
Le député du Hezbollah Amine Cherri (Beyrouth) dément formellement pour sa part que le lycée ait été ouvert par la force. « Tous les centres d’accueil ont été sélectionnés en coordination avec le comité d’urgence qui est placé sous la houlette de la présidence du Conseil des ministres », dit-il. Pour le reste, il assure que le parti « est le premier à avoir demandé au ministère de l’Intérieur de placer des agents devant chaque centre pour plus de sécurité, il s’agit de la seule présence armée devant cet établissement et d’autres ».
Commentant la cérémonie ayant fait polémique, le député du Hezbollah dément toute implication de son parti. Ces cérémonies liées au port du voile sont organisées par les parents et ont donc « été mises en place par les déplacés eux-mêmes », assure-t-il. Il affirme en outre qu'il n'y avait aucune « manifestation partisane » pendant l'événement.
M. Cherri a encore affirmé que le parti est « disponible pour mener un éventuel dialogue entre la direction de l’école et les autorités en vue de régler les problèmes ».
Il n’empêche que cette affaire a suscité une polémique après avoir pris un caractère confessionnel, principalement sunnito-chiite. Des parents d’élèves ayant protesté contre la cérémonie et revendiqué la reprise des cours dans le bâtiment confient avoir été « insultés sur les réseaux sociaux ». Rappelons que Beyrouth et sa banlieue ont connu une vive tension le week-end dernier après deux incidents qui avaient fait craindre un dérapage sécuritaire, d'abord dans un quartier sunnite de la capitale après une arrestation, puis en secteur chrétien après qu'un prêtre a été agressé.




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09 h 16, le 04 mai 2026