Le président libanais Joseph Aoun arrivant à une réunion du Conseil des ministres à Baabda, le 5 août 2025. Photo Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour
Le président libanais Joseph Aoun a affirmé mercredi que le Liban attendait que les États-Unis fixent une date pour le début des négociations avec Israël, après que deux séances préparatoires inédites, encadrées par Washington, ont eu lieu dans la capitale américaine ces dernières semaines.
« Nous attendons maintenant que les États-Unis fixent une date pour le début des négociations avec Israël », a déclaré M. Aoun, alors qu’il recevait le président des organismes économiques, Mohammad Choucair, accompagné d’une délégation. Les réunions préparatoires entre les ambassadeurs israélien et libanais, encadrés par Washington, ont débouché sur une première trêve de dix jours, entrée en vigueur le 17 avril, et prolongée de trois semaines après un second round de discussions.
M. Aoun a également appelé Israël à « pleinement mettre en œuvre » le cessez-le-feu avant toute négociation. « Israël doit comprendre définitivement que la seule voie vers la sécurité est par les négociations, mais il doit d’abord appliquer pleinement le cessez-le-feu pour passer ensuite aux négociations », a-t-il dit, affirmant qu’« il n’est pas permis que les agressions israéliennes continuent après l’annonce du cessez-le-feu ».
Le chef de l’État est revenu sur les critiques « selon lesquelles le Liban aurait accepté, à travers le communiqué américain publié à la suite des discussions tripartites à Washington, de donner à Israël la liberté de poursuivre ses agressions contre le Liban ». « Ces propos figurent dans un communiqué émis par le département d’État américain. Il s’agit du même texte adopté en novembre 2024 et accepté par toutes les parties à l’époque. C’est un communiqué et non un accord, car l’accord intervient après la fin des négociations », a-t-il précisé. Il a ajouté : « À chaque étape que j’ai prise concernant les négociations, j’étais en coordination et en concertation avec les présidents du Parlement et du gouvernement, contrairement à ce qui est raconté dans les médias. »
M. Aoun a assuré faire « tout (son) possible pour parvenir à une solution à la situation actuelle, loin de la violence et du sang ». « Cette solution se réalise par les négociations, a-t-il ajouté. Si Israël pense que, par les violations et la destruction des villages frontaliers, elle peut obtenir la sécurité, elle se trompe, car elle a déjà essayé cela auparavant et cela n’a pas donné de résultat ».
Pour le chef de l’État, « la seule chose qui peut protéger les frontières est que l’État libanais, dans toute sa force, soit présent dans tout le Sud jusqu’aux frontières internationales ». Il a également affirmé que « tous les pays de l’Union européenne et les pays arabes ont soutenu notre choix des négociations », ajoutant qu’il existe « un consensus au niveau du peuple libanais, en particulier des habitants du Sud, sur la nécessité de mettre fin à la guerre ». Enfin, M. Aoun a souligné que « le dossier libanais est désormais sur la table du président américain, qui accorde une place particulière au Liban ». « Lors de notre appel téléphonique, il a fait l’éloge de manière touchante du Liban et de son peuple », a-t-il indiqué, ajoutant qu’il s’agit d’« une opportunité que nous devons saisir aujourd’hui pour faire passer notre pays vers la rive de la sécurité et de la paix ».
« Israël se retirera du Liban ... »
Le bureau du président du Parlement, Nabih Berry, a réagi aux propos de M. Aoun, affirmant qu’ils « ne sont pas exacts, pour ne pas en dire davantage ». « Il en va de même concernant l’accord de novembre 2024 ainsi que la question des négociations », a-t-il ajouté sans plus de détails.
De son côté, mercredi également, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a déclaré à la chaîne Al Arabiya English qu’« Israël se retirera du Liban lorsque l'armée et le gouvernement libanais imposeront leur autorité », ajoutant que l’État hébreu « n’a aucun plan d’occupation ou d’expansion en territoire libanais ». « Le Hezbollah agit contre la volonté du gouvernement libanais », a-t-il également rappelé, affirmant que « les actions d’Israël visent à empêcher les forces du Hezbollah de pénétrer en territoire israélien » et que cette menace est « immédiate et sérieuse ».
Par ailleurs, après sa réunion à Baabda, Mohammad Choucair a déclaré que le patronat libanais estimait que le pays perd chaque jour entre 150 et 160 millions de dollars en « pertes directes et indirectes » en raison de la guerre qui a repris le 2 mars entre le Hezbollah et Israël. Il n’a pas précisé la méthodologie utilisée pour ces estimations. La semaine dernière, le département de recherche de Bank Audi avait évalué à 75 millions de dollars par jour les pertes enregistrées en mars.
Le Hezbollah a entraîné le 2 mars le Liban dans la guerre au Moyen-Orient en lançant des attaques sur Israël pour pour venger la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué dans l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. Israël a riposté par des frappes meurtrières. Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril mais les deux belligérants ont poursuivi les combats en s'accusant mutuellement de violer la trêve. Depuis le début du conflit, plus de 2 500 personnes ont été tuées au Liban, selon les autorités libanaises, qui font également état de plus d’un million de déplacés ayant fui les zones bombardées ou visées par des ordres d’évacuation israéliens. Par ailleurs, selon une étude publiée mercredi par des organisations onusiennes et le ministère libanais de l’Agriculture, environ 1,2 million de personnes au Liban sont menacées d’insécurité alimentaire aiguë en raison de la guerre.


