Une foule à Choueifate au sud de Beyrouth, le 29 mars, lors des funérailles de Ali Choeib et Fatima Ftouni, journalistes à Al-Manar et Al-Mayadeen, et le frère de cette dernière, le vidéaste Mohammad Ftouni, tués la veille par une frappe israélienne sur leur véhicule à Jezzine, au Liban-Sud. Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
Ciblés par Israël ou victimes des frappes qui se sont enchaînées sur le Liban depuis la reprise des hostilités entre le Hezbollah et l'État hébreu le 2 mars 2026 sur fond de guerre américano-israélienne contre l'Iran, huit journalistes sont venus s'ajouter aux 13 de leurs collègues tués depuis le premier round du conflit, qui avait éclaté le 8 octobre 2023 avec l'entrée de la formation chiite en guerre en soutien à Gaza. Dernier nom sur cette liste tragique : la journaliste Amal Khalil. Ciblée mercredi de manière délibérée par l'armée israélienne à Tiri, dans la région de Bint Jbeil, sa mort annoncée durant la nuit après d'éprouvantes recherches sur le site de la frappe a ému la nation et provoqué une grande colère.
À un moment où de nombreuses voix s'élèvent pour réclamer une plainte contre Israël pour « crime de guerre », voici un retour chronologique - depuis le 2 mars 2026 à ce jours - sur ces attaques meurtrières dans lesquelles des reporters, correspondants ou vidéastes ont été tués au Liban, soit dans l’exercice de leur fonction, soit chez eux.
22 avril 2026 : Amal Khalil
Le sort d’Amal Khalil, piégée dans les décombres d’une maison ciblée par l’armée israélienne à Tiri, Bint Jbeil, a tenu le Liban en haleine mercredi, avant que la nouvelle de sa mort ne tombe comme un couperet. Cette journaliste du quotidien al-Akhbar, née en 1983, était un visage connu de la couverture des guerres au Liban-Sud, sa terre natale qu’elle n’a jamais voulu quitter.

Venue à Tiri couvrir les combats qui persistent au front entre le Hezbollah et l’armée israélienne, malgré la trêve de dix jours entrée en vigueur il ya une semaine, la journaliste a trouvé refuge, avec sa collègue Zeinab Faraj, dans la maison la plus proche, quand la voiture roulant devant elle a été atteinte par des tirs israéliens. Mais la maison est à son tour prise pour cible. La Croix-Rouge parviendra à sortir Zeinab vivante des décombres, mais devra battre en retraite sous le feu israélien. Plusieurs heures plus tard, le corps d’Amal sera retiré sans vie des ruines de son abri.
8 avril 2026 : Ghada Dayekh et Suzanne Khalil
Depuis la destruction du siège de sa radio à Tyr au début du conflit en mars, Ghada Dayekh, la soixantaine, avait pris l’habitude de travailler de chez elle. Le 8 avril, au lendemain du cessez-le-feu en Iran, l’aviation israélienne a mené ses frappes les plus intenses et les plus terribles sur de nombreuses régions libanaises, détruisant des dizaines de bâtiments et faisant plus de 350 victimes en dix minutes. Ghada Dayekh fut l’une d’elles. La voix de Sawt el-Farah, qui couvrait l’activité culturelle et sociale depuis 38 ans, a péri sous les décombres de son immeuble à Tyr.

Journaliste pour la chaîne al-Manar, Suzanne Khalil a, elle aussi, été tuée lors ce « mercredi noir », à Kayfoun, dans le caza de Aley (Mont-Liban). Elle était présentatrice et productrice d’émissions, spécialisée dans le social et l’humanitaire. Elle a souvent, selon al-Manar, traité des problématiques en lien avec les combattants du Hezbollah et des familles de ceux d’entre eux qui ont été tués. Elle a également produit des émissions éducatives sur la radio du Hezbollah, al-Nour.
28 mars 2026 : Ali Choeib, Fatima Ftouni et son frère Mohammad
Une frappe de drone israélien a directement ciblé, dans la région de Jezzine, la voiture dans laquelle se trouvaient ce jour-là les trois journalistes : Ali Choeib, l’un des correspondants de guerre les plus anciens d'al-Manar ; Fatima Ftouni, la trentaine, journaliste de la chaîne al-Mayadeen ; et Mohammad, son frère caméraman. Ils sont tués sur le coup. L’armée israélienne a clairement revendiqué le meurtre des journalistes, les accusant (notamment dans le cas de Ali et de Mohammad) d’être opérationnels au sein du Hezbollah.

25 mars 2026 : Hussein Hammoud
Un autre des journalistes d’al-Manar, Hussein Hammoud, est mort dans une frappe israélienne quelques jours auparavant, dans la ville de Nabatiyé. Le photojournaliste a été tué ainsi que deux membres de son équipe. Ainsi, avant sa propre mort, Ali Choeib avait annoncé celle de son collègue sur son compte X, disant que Hussein Hammoud « est tombé en martyr au cours de l’exercice de son devoir professionnel et patriotique, un martyr cher à notre cœur, qui rejoint le cortège de ceux qui défendent fidèlement leur nation et leur peuple ».

18 mars 2026 : Mohammad Cherri
Visage connu d'al-Manar depuis de très nombreuses années, Mohammad Cherri, 65 ans, a été tué lors d’une frappe israélienne qui a visé et détruit son appartement dans un immeuble résidentiel de Zoqaq el-Blat, au cœur de Beyrouth. Le journaliste se remettait apparemment d’une intervention chirurgicale et était alité : sa femme a été tuée également, leurs enfants et petits-enfants ont été blessés, notamment son fils Assar Cherri, rédacteur à la chaîne Aletejah, affiliée au Hezbollah irakien. Le ciblage du journaliste, lors d’une nuit meurtrière au cours de laquelle l’aviation israélienne a mené quatre raids sur Beyrouth et fait 10 morts, a soulevé une grande vague d’indignation. Il n’avait « rien de militaire », s’est indigné un proche.

