Le président syrien, Ahmad el-Chareh, serrant la main des joueurs de la sélection libanaise lors du match amical entre la Syrie et le Liban, le 20 avril 2026 en Syrie. Photo Agence de presse arabe syrienne (SANA)
« Ce jeu est l'un des sports les plus aimés dans nos cœurs, mais nous l'avons quitté à cause des guerres, des batailles et de nos nombreux problèmes. » Avant le coup d'envoi lundi soir du premier match de basket entre la Syrie et le Liban depuis la chute du régime Assad, Ahmad el-Chareh a fait une apparition remarquée sur le terrain du stade d'el-Fayha', lundi soir à Damas.
Venu assister à la réouverture de l'arène sportive de la capitale syrienne, rénovée aux normes internationales, le président syrien a tenu un discours aux accents politiques dans le contexte actuel, incarnant le réchauffement entamé dans les relations entre les deux pays voisins.
« Ni vainqueur ni vaincu »
« Nous sommes fiers d'être ici avec vous. Le basket-ball est l'un des sports que nous aimons le plus, mais nous l'avons abandonné à cause des guerres et de nos nombreux problèmes. (...) L'histoire des relations entre les peuples syrien et libanais a toujours été marquée par une relation belle et harmonieuse, malheureusement entachée par la politique. Il est donc beau de voir que notre premier événement commun soit ce match de basket », a-t-il dit au micro, sous les acclamations de la foule.
« Il existe des règles particulières entre le Liban et la Syrie : entre nous, il n'y a ni vainqueur ni vaincu. Donc quel que soit le camp qui l’emporte, nous nous considérons tous victorieux », a-t-il poursuivi, ajoutant que les peuples des deux pays « sont las des tragédies et des guerres », et que « le temps est venu d'y mettre un terme et de passer à la reconstruction ».
Après avoir salué les deux équipes, Ahmad el-Chareh a posé avec les sportifs libanais et le reste de la délégation, notamment composée par Ragheb Haddad, le vice-président de la municipalité de Beyrouth et président du club de basket de la Sagesse, ou encore Akram Halabi, le président de la fédération libanaise de basket. L'image, symbolique, a presque rendu anecdotique le résultat de la rencontre amicale, largement dominée par la sélection libanaise qui l'a emporté 110-73 face au pays-hôte.
Le dernier match joué à Damas remontait à 2023, comme l'a rappelé le sélectionneur libanais Ahmad Farran, qui a pris les rênes des Cèdres en juillet dernier : « Nous voulons remercier le ministère des Sports et la fédération syrienne pour l'invitation. C'est une fierté pour nous de participer à l'inauguration de la salle d'el-Fayha' », a-t-il déclaré.
« Que ton âme soit maudite Nasrallah »
Il s'agissait de la première rencontre entre les deux équipes nationales se jouant à Damas depuis la libération de la Syrie du joug du régime Assad, le 8 décembre 2024, par l'alliance de rebelles islamistes dirigée par Ahmad el-Chareh, sous la houlette de Hay'at Tahrir el-Cham (HTC).
Le passif entre HTC et le Hezbollah s'est néanmoins légèrement fait ressentir. « Que ton âme soit maudite Nasrallah ! » ont brièvement lancé certains membres du public au moment où le président syrien posait avec la sélection libanaise pour une photo, en référence à l'ancien secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué en septembre 2024 par un raid israélien massif sur la banlieue sud de Beyrouth. Le Hezbollah suscite une vive détestation en Syrie pour sa participation à la guerre civile syrienne aux côtés du régime de Bachar el-Assad contre les factions rebelles syriennes, dont est issu le nouveau pouvoir en place à Damas. Le parti-milice avait notamment occupé certaines régions frontalières, comme Qousseir, dans le rif de Homs.
Les relations entre le Liban et la Syrie se sont nettement réchauffées depuis l'arrivée au pouvoir, fin 2024, d'Ahmad el-Chareh et l'élection à la présidence libanaise de Joseph Aoun, début 2025, bien que quelques désaccords persistent entre Beyrouth et Damas, notamment au sujet des détenus islamistes syriens dans les geôles libanaises.
Une animosité persiste toutefois entre le nouveau pouvoir syrien et le Hezbollah, bien que les deux anciens ennemis déclarent publiquement ne pas souhaiter l'affrontement. L'administration américaine avait d'ailleurs tenté d'instrumentaliser ce passif pour convaincre la Syrie d'intervenir militairement dans la Békaa contre le Hezbollah pour démanteler une partie de son arsenal, au début de la récente guerre au Liban. Le gouvernement syrien n'avait alors pas cédé à ces pressions américano-israéliennes.
Un nouvel incident a toutefois été rapporté dimanche à la frontière libano-syrienne, où les autorités syriennes ont affirmé avoir « déjoué un plan de sabotage ourdi par une cellule liée au Hezbollah » qui aurait tenté de tirer des roquettes vers Israël depuis la Syrie, selon le ministère syrien de l'Intérieur, qui accuse régulièrement le parti-milice de mener des activités qu'il qualifie de « terroristes » sur son territoire. Chose que réfute systématiquement le Hezbollah.




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Bravo Chareh..
09 h 45, le 22 avril 2026