Rechercher
Rechercher

Technologies - Guerre Commerciale

Deux géants sud-coréens des puces mémoire misent sur la Chine face aux restrictions américaines

Si ces essais n'ont pas encore débouché sur un déploiement à grande échelle, ils offrent à un intervenant chinois une rare occasion d'obtenir la validation de deux des principaux fabricants mondiaux de semi-conducteurs.

Deux géants sud-coréens des puces mémoire misent sur la Chine face aux restrictions américaines

La mémoire HBM4 (High Bandwidth Memory de sixième génération) de Samsung Electronics, exposée lors du Korea Tech Festival 2025 à Séoul, le 4 décembre 2025. Photo d'archives Kim Hong-Ji / Reuters

Les deux géants sud-coréens des puces mémoire, Samsung Electronics et SK Hynix, évaluent des équipements du fabricant chinois de machines pour semi-conducteurs Advanced Micro-Fabrication Equipment (AMEC) en vue d'une éventuelle utilisation dans leurs usines en Chine, afin de se prémunir contre un durcissement des contrôles américains à l'exportation, selon trois sources anonymes citées par l'agence Reuters.

Les deux groupes ont commencé à tester des équipements de gravure (etching) de AMEC il y a environ deux ans, alors que grandissait l'incertitude quant au maintien de l'autorisation accordée par Washington d'importer en Chine des équipements américains de fabrication de semi-conducteurs, ont précisé deux des sources. Samsung a assuré ne pas avoir testé des équipements de AMEC pour son usine chinoise, ni envisagé de le faire. SK Hynix a également affirmé ne pas avoir testé les outils du fabricant chinois en Chine.

Si ces essais n'ont pas encore débouché sur un déploiement à grande échelle, ils offrent à l'entreprise basée à Shanghai une rare occasion d'obtenir la validation de deux des principaux fabricants mondiaux de semi-conducteurs. Plus largement, ils illustrent un paradoxe des contrôles technologiques américains : des mesures destinées à freiner les ambitions chinoises favorisent, en pratique, l'implantation d'équipementiers chinois dans les usines chinoises de groupes étrangers.

Toutes les sources ont requis l'anonymat en raison de la sensibilité du dossier, précise Reuters. Ni AMEC ni le Bureau of Industry and Security (BIS), l'agence américaine chargée de faire appliquer les contrôles à l'exportation, n'ont répondu dans l'immédiat aux demandes de commentaires.

Durcissement des contrôles

En 2023, le département américain du Commerce avait désigné les usines chinoises de Samsung et SK Hynix comme « utilisateurs finaux validés » (Validated End Users, VEU), leur permettant d'importer certains équipements américains soumis à restrictions sans devoir obtenir de licence individuelle. Washington a toutefois révoqué ce statut en 2025, avant d'accorder aux deux groupes une licence annuelle leur permettant d'importer des équipements de fabrication de puces vers leurs sites chinois durant l'année 2026.

Malgré cela, les deux entreprises craignent que de futures restrictions ne s'étendent non seulement aux nouveaux équipements, mais aussi à la maintenance, à la réparation ou au remplacement des machines occidentales déjà installées dans leurs usines chinoises, selon les sources. Elles conservent donc des fournisseurs chinois en réserve afin de pouvoir assurer la maintenance et la modernisation de leurs lignes de production existantes, plutôt que d'accroître leurs capacités de production en Chine.

Samsung exploite une usine de mémoire flash NAND à Xi'an. SK Hynix possède des installations NAND à Dalian ainsi qu'une usine de mémoire DRAM à Wuxi.

Le PDG du fabricant de semi-conducteurs et de puces mémoire SK Hynix, Kwak Noh-jung, participe à la cérémonie d'ouverture de la séance du Nasdaq, le jour de l'introduction en Bourse de l'entreprise, à New York, le 10 juillet 2026. Photo Angelina Katsanis / Reuters
Le PDG du fabricant de semi-conducteurs et de puces mémoire SK Hynix, Kwak Noh-jung, participe à la cérémonie d'ouverture de la séance du Nasdaq, le jour de l'introduction en Bourse de l'entreprise, à New York, le 10 juillet 2026. Photo Angelina Katsanis / Reuters

Un label de qualité

Pour AMEC et les nouveaux fabricants chinois d'équipements pour semi-conducteurs, obtenir l'approbation de Samsung ou de SK Hynix constituerait une importante reconnaissance commerciale. S'ils restent en retard sur leurs concurrents étrangers dans les domaines les plus avancés, comme la lithographie et certains systèmes d'inspection, ils ont réduit l'écart dans des segments tels que la gravure, le dépôt de couches, le nettoyage ou la planarisation, souvent à des coûts inférieurs.

Selon Dan Hutcheson, vice-président du cabinet d'études TechInsights, les équipements chinois coûtent généralement 20 à 30 % de moins que ceux des fournisseurs étrangers. Les systèmes de AMEC sont déjà utilisés par plusieurs grands fabricants chinois de puces, dont Yangtze Memory Technologies (YMTC), spécialisé dans la mémoire NAND, ce qui renforce la confiance de Samsung et de SK Hynix dans leur maturité, selon les sources.

À plus long terme, l'essor des fournisseurs chinois pourrait représenter un défi pour les leaders américains du secteur, Applied Materials, Lam Research et KLA, ainsi que pour leurs concurrents japonais et européens, qui dominent depuis longtemps plusieurs segments clés du marché. La Chine reste toutefois un marché majeur pour ces entreprises : Applied Materials y a réalisé 8,53 milliards de dollars de chiffre d'affaires lors de son exercice 2025, soit 30 % de ses ventes.

Toute percée des fabricants chinois devra néanmoins surmonter plusieurs obstacles, notamment de longs processus de qualification, des réseaux de maintenance plus limités, des inquiétudes liées à la propriété intellectuelle et d'éventuelles pressions politiques de Washington. Il reste aussi incertain que les groupes sud-coréens installent un jour des équipements chinois dans leurs usines nationales pour des raisons de sécurité et de propriété intellectuelle.

Les contrôles américains à l'exportation ont toutefois créé une fenêtre d'opportunité pour les fabricants chinois. Deutsche Bank estime que Naura Technology, AMEC, Piotech et ACM Research généreront chacun plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires en 2026. Ensemble, ils pourraient capter 25 à 30 % du marché chinois des équipements de fabrication de semi-conducteurs, estimé à 28 milliards de dollars cette année. Hors lithographie et métrologie, leur part de marché pourrait même approcher 40 %, selon la banque.

Les deux géants sud-coréens des puces mémoire, Samsung Electronics et SK Hynix, évaluent des équipements du fabricant chinois de machines pour semi-conducteurs Advanced Micro-Fabrication Equipment (AMEC) en vue d'une éventuelle utilisation dans leurs usines en Chine, afin de se prémunir contre un durcissement des contrôles américains à l'exportation, selon trois sources anonymes citées par l'agence Reuters.Les deux groupes ont commencé à tester des équipements de gravure (etching) de AMEC il y a environ deux ans, alors que grandissait l'incertitude quant au maintien de l'autorisation accordée par Washington d'importer en Chine des équipements américains de fabrication de semi-conducteurs, ont précisé deux des sources. Samsung a assuré ne pas avoir testé des équipements de AMEC pour son usine...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut