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Culture - Film

Caméra à l’épaule, Rayan Meldan capte un Liban entre fractures et solidarité

Présenté le 30 avril à Crissier (Suisse), « La résilience du cèdre » donne la parole aux déplacés et questionne les récits dominants sur le pays du Cèdre.

Caméra à l’épaule, Rayan Meldan capte un Liban entre fractures et solidarité

Rayan Meldan en tournage au Liban, caméra à l’épaule, à la rencontre de celles et ceux qui racontent un pays entre fractures et élans de solidarité. Photo fournie par le réalisateur

C’est l’histoire, tristement banale, d’un couple de Libanais qui se forme en exil entre la France et le Liban. L’histoire d’un lien au pays difficile à reléguer à l’arrière-plan, et que l’on transmet à la nouvelle génération, qui vient de temps en temps au Liban défricher ces drôles de racines générant autant d’amour que de peines. Cette histoire, c’est celle de Rayan Meldan, né en Suisse de ce couple et venu au Liban à plusieurs reprises avec ses parents. Suffisamment pour que sa curiosité soit piquée au vif et lui donne envie d’explorer ce pays truffé de paradoxes.

Filmer pour comprendre

Rayan Meldan est épris d’actualité et d’images. Jeune homme au parcours atypique, il est atteint du syndrome d’Ehlers-Danlos de type hypermobile. Cette maladie génétique du tissu conjonctif caractérisée par une hypermobilité articulaire généralisée, une instabilité articulaire et une peau étirable, souvent associée à des douleurs chroniques et à une fatigue importante, lui impose un rythme particulier. Il crée donc son propre média pour jeunes sur les réseaux sociaux avant de s’essayer au documentaire.

Rayan brave la volonté de ses parents pour se rendre au Liban dans la foulée du 7-Octobre. Il a 18 ans lorsqu’il décide de partir seul. « Au Liban, je suis le suisse, et en Suisse, le libanais », dit le jeune homme, pris, comme beaucoup, entre deux identités. Il décide de passer dix jours sur place, à Beyrouth et dans l’est du pays, jusqu’à moins de vingt kilomètres de la frontière. Dix jours pour filmer, écouter, comprendre.

« De là où nous étions, nous avions beaucoup l’impression que le Liban était pas mal divisé, surtout avec une population déplacée », raconte Rayan Meldan, qui s’attendait à rencontrer des gens soit extrêmes dans leurs propos, soit confortant ses a priori. Ce qui l’a surpris, c’est que ce n’était pas le cas. Rayan interviewe une centaine de déplacés, faisant émerger l’image d’une société traversée par une force commune : une forme de résistance intime, silencieuse, qui tient surtout de la nécessité.

Le jeune homme veut se débarrasser de ses idées reçues, décrypter cette fameuse résilience libanaise, ainsi que cette drôle de solidarité humaine qui s’exprime en pleines tensions communautaires. Des tensions qu’il ne perçoit réellement qu’au sein de la banlieue sud, lorsque quatre membres du Hezbollah lui affirment que personne ne les a aidés hormis le parti. « Probablement une forme de propagande », lâche Rayan, qui ajoute que, majoritairement, les gens ont évoqué une forme de solidarité et lui ont confié n’avoir rencontré aucun problème.

Il se retrouve confronté à des personnes qui lui demandent d’arrêter de dire que les Libanais sont résilients. Rayan Meldan condense tout son périple en un documentaire de 60 minutes intitulé La Résilience du cèdre. Il balade sa caméra aux quatre coins du Liban, en se demandant à chaque fois comment ces fameuses crispations identitaires se meuvent.

Mais le documentaire ne se limite pas à un portrait du Liban. Il interroge également notre rapport à l’information, aux discours construits sur mesure. À l’heure où les conflits se jouent aussi en ligne – entre désinformation, images détournées et algorithmes favorisant le sensationnalisme –, le film propose un contrepoint : revenir au terrain, au réel, aux voix humaines, et replacer l’expérience au centre.

À travers La Résilience du cèdre, Rayan Meldan veut montrer que les Libanais parviennent à rester unis et solidaires, qu’ils traversent des effondrements successifs et qu’ils ont besoin de passer à autre chose. « Pour l’étranger, le Liban, c’est souvent soit une gastronomie extraordinaire et un pays idyllique, soit un désastre permanent », précise-t-il.

Créer du lien, au-delà des frontières

L’avant-première du film aura lieu le 30 avril à Crissier, en Suisse. Elle se veut un moment de rencontre, prolongé par un temps d’échange avec le public. L’événement, organisé par l’association L’Œil du peuple avec le soutien de la commune de Crissier, réunira des représentants politiques, culturels et journalistiques suisses et libanais.

« Parce que la Suisse est loin d’être parfaite et commence, elle aussi, à connaître des tensions politiques, des polarisations, malgré un système politique censé être représentatif », souligne-t-il. Près de 4 Suisses sur 10 souhaitent aujourd’hui exclure des élections le parti qu’ils détestent, et 1 sur 3 voudrait même les bannir des médias. Pourtant, 76 % reconnaissent la valeur du dialogue avec des opinions opposées.

C’est dans cette fracture entre rejet et besoin d’échange que s’inscrit le documentaire, qui ambitionne de confronter les récits à la réalité. « C’était important pour nous de montrer l’exemple du Liban, qui, évidemment, avec cette deuxième vague de violence, impose aux gens des limites, mais nous essayons de dire qu’il ne faut pas attendre une guerre pour que les gens se rendent compte qu’il y a des problèmes de polarisation et de désunion en Suisse comme en Europe », poursuit-il.

Au-delà de l’exemple libanais, le projet porte une ambition plus large : créer des ponts. Entre la Suisse et ce que l’on a longtemps appelé la « Suisse du Moyen-Orient », mais surtout entre des individus, des expériences et des regards. Dans un monde où les murs semblent se multiplier, La Résilience du cèdre parie sur l’écoute – et sur le cinéma pour offrir un autre regard, une autre vision, capable d’ébranler quelques certitudes et, peut-être, d’ouvrir le dialogue.

« Ce film parle du Liban, mais aussi du reste du monde », résume Rayan Meldan. Une manière de rappeler que les fractures observées ailleurs ne sont jamais totalement étrangères – et que les réponses, elles aussi, peuvent circuler.

Après la projection, la soirée se poursuivra dans un registre plus festif, avec un DJ set de La Gale, ainsi qu’une proposition culinaire libanaise signée Taolé Table Libanaise. Une manière de prolonger autrement le dialogue, en mêlant les sensibilités.

C’est l’histoire, tristement banale, d’un couple de Libanais qui se forme en exil entre la France et le Liban. L’histoire d’un lien au pays difficile à reléguer à l’arrière-plan, et que l’on transmet à la nouvelle génération, qui vient de temps en temps au Liban défricher ces drôles de racines générant autant d’amour que de peines. Cette histoire, c’est celle de Rayan Meldan, né en Suisse de ce couple et venu au Liban à plusieurs reprises avec ses parents. Suffisamment pour que sa curiosité soit piquée au vif et lui donne envie d’explorer ce pays truffé de paradoxes.Filmer pour comprendreRayan Meldan est épris d’actualité et d’images. Jeune homme au parcours atypique, il est atteint du syndrome d’Ehlers-Danlos de type hypermobile. Cette maladie génétique du tissu conjonctif caractérisée par...
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