Une fois de plus il aura tenu le monde en haleine, laissant libre cours aux spéculations les plus diverses à mesure que s’égrenait le compte à rebours. Une fois de plus ce n’était là que pur mais stérile jus de crâne, du moment qu’il n’est pas donné à tout le monde d’être devin. Même les plus performants de ces extra-voyants étaient d’ailleurs bien en peine de lire correctement dans la tête de Donald Trump quand il sommait l’Iran de saisir une dernière chance, de choisir entre tous les feux de l’enfer et un accord au finish. Et encore, tous ces faux devins ne sont que bagatelle à l’heure où tout un quarteron d’authentiques faux prophètes s’acharne à mettre à feu et à sang le Proche et le Moyen-Orient.
Trump ne se prend pas encore pour Dieu le père. Mais il est visiblement convaincu d’en être le bras armé, donc parfaitement admis à fouler aux pieds les scélérates lois des hommes pour venir à bout du Mal. Il se fiche des accusations de crimes de guerre quand il menace de détruire complètement l’Iran, regrettant qu’une civilisation entière va mourir en une nuit. Le président US se propose de rendre la vie impossible aux Iraniens, dans le même temps qu’il les exhorte à se soulever contre une dictature des plus répressives. Il a déjà entrepris de faire bombarder ponts, centrales électriques et autres infrastructures essentielles, Israël se chargeant du réseau ferroviaire. Et c’est encore lui qui conclut ses menaces, pianotées sur son téléphone, d’un pieux Dieu soit loué : formule vite revue et corrigée en gloire à Allah pour faire couleur locale…
Est-ce à force de s’acoquiner avec Benjamin Netanyahu que le chef de la Maison-Blanche s’imagine investi lui aussi d’un mandat supraterrestre ? L’Amérique des chrétiens évangéliques a-t-elle donc retrouvé sa grandeur en laissant libre cours en Palestine, en Syrie et au Liban, aux adeptes du Grand-Israël qui ont criminellement fait de la Bible un froid manuel de guerre, de conquêtes, de dépossessions ? Pour parachever l’hallucinant tableau d’une région où naquirent pourtant les trois grandes religions monothéistes, s’ajoutent au casting ces autres fous de Dieu (sinon fous tout court) que sont le régime théocratique de Téhéran et sa créature libanaise, le Hezbollah.
C’est tout dire de la République islamique d’Iran que d’y relever un amalgame de moyenâgeuse rigueur religieuse et de technologie de pointe notamment en matière de drones, de missiles balistiques et de prétentions nucléaires. Bien avant que de s’en prendre directement à Israël, le régime de Téhéran a passé des décennies à exporter sa révolution aux quatre coins du monde arabe. C’est au Liban cependant qu’il y enregistrait le plus énorme, le plus improbable de ses succès, et cela deux fois plutôt qu’une. Tout à la fois, il s’assurait par proxy une ligne de contact militaire avec l’État hébreu et faisait main basse sur la communauté chiite ; de la sorte était enfoncé un coin de belle taille dans la fragile mosaïque libanaise.
On veut croire que par sa terrible ampleur en termes de morts, de destructions, d’exodes et de territoires livrés à l’occupation, le dernier désastre a dessillé bien des yeux. Mais jusqu’à nouvel ordre, le Liban reste l’impuissant otage de deux implacables mécanismes qui s’affrontent sur son sol à grands frais de dommages collatéraux. Tout a beau séparer les protagonistes, ils se retrouvent de facto dans une même indifférence pour les pertes civiles, un même mépris pour l’État et le pays.
Quelle intelligence divine pourrait-elle nous faire la grâce d’expliquer un peu ?


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