Un véhicule de la Finul patrouille dans la région de Tyr, en juillet 2025. Photo Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour archives
Alors que la situation des villages encore habités du Liban-Sud, laisse craindre le pire, l'armée israélienne poursuivant dans la zone son invasion, ses démolitions systématiques et ses frappes et tirs, la Force intérimaire de l'ONU (Finul) dans la région, interpelée à plusieurs reprises, a affirmé à L'Orient-Le Jour maintenir une « présence » autour des localités toujours peuplées.
Dans plusieurs villages, majoritairement chrétiens, du Sud, les habitants ont décidé de rester sur leurs terres et en appellent aux autorités libanaises pour qu'elles leur viennent en aide, surtout après le départ de l'armée libanaise. Celle-ci a toutefois indiqué qu'elle gardait une présence militaire dans les différentes localités. Il s'agit notamment des villages de Rmeich, Aïn Ebel, Qlayaa ou encore Debel. Autour de ce dernier village, où se battent par à-coups le Hezbollah et l'armée israélienne, cette dernière a détruit des maisons.
Accès humanitaire et évacuations
La porte-parole de la Finul, Kandice Ardiel, a confirmé dans ce contexte à L'OLJ que les Casques bleus « maintiennent un engagement étroit avec les communautés locales dans notre zone d’opérations, y compris à Debel. Nous avons reçu leurs demandes et nous essayons de fournir autant de soutien que possible. » Elle a insisté sur le fait que, conformément à son mandat de protection des civils, mentionné dans la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU, la Finul « a renforcé sa présence par des patrouilles dédiées dans les zones peuplées de sa zone d’opérations », soit au sud du Litani et qu'elle « continue à faciliter l'accès humanitaire dans la zone ». Elle coordonne pour cela avec les missions de l'ONU, les organisations internationales et les « missions quotidiennes de la Croix-Rouge libanaise ». « La Finul facilite également le déplacement sécurisé des civils souhaitant quitter les zones dangereuses, dans la limite de ses capacités opérationnelles », a-t-elle ajouté. Mme Ardiel précise toutefois qu'en raison des combats en cours et des bombardements israéliens, aériens et d'artillerie, les déplacements des soldats de la paix « sont fortement restreints ». Selon elle, la Finul a dû depuis le 30 mars « suspendre la plupart de ses opérations, à l’exception des patrouilles près de nos positions pour assurer la sécurité de nos Casques bleus, et des activités logistiques essentielles. »
Khalaf plaide pour des corridors humanitaires
La veille, les évêques maronites avaient appelé la force onusienne à protéger les civils et leur assurer les approvisionnements nécessaires, alors qu'il ne reste qu'une seule route permettant de relier le sud du Liban au reste du pays, au nord de Tyr, et que les déplacements des habitants sont régulièrement ciblés, comme cela a été le cas la semaine dernière lorsqu'un père et son fils qui circulaient entre Rmeich et Debel ont été tués.
L'appel des évêques a été secondé par le député Melhem Khalaf (Beyrouth), qui a appelé les responsables libanais à exhorter l'ONU et les « relations internationales du Liban » pour ouvrir des corridors humanitaires vers les villages du Sud. « Profitez de la présence au Liban de Tom Fletcher au Liban, secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires et Coordinateur des secours d’urgence, et convoquez-le immédiatement à une réunion d’urgence », a appelé M. Khalaf. Il a également appelé à convoquer « les ambassadeurs du Quintette », qui comprend les Etats-Unis, la France, l'Arabie saoudite, l'Egypte et le Qatar, « et même l'ambassadeur du Saint-Siège » pour les « mettre face aux responsabilités de leurs pays » par rapport à la situation. « Vous n’avez pas le droit de rester inactifs ou de vous montrer laxistes alors que des civils libanais sont assiégés et menacés dans leur vie et leur dignité », a interpelé Melhem Khalaf, qui a évoqué la Quatrième convention de Genève et la résolution 1701 pour soutenir son appel. « Tout retard dans l’action aura des conséquences catastrophiques, tant sur le plan national qu’humain, irréversibles et inévitables, devant le peuple, devant la conscience et devant l’histoire », a-t-il conclu.
Mercredi soir, la municipalité de Debel avait, après des destructions provoquées par Israël dans sa périphérie directe, lancé un SOS à « la communauté internationale, aux Nations Unies, au Vatican, à l’ambassadeur des États-Unis et à tous les pays concernés », les suppliant d’« intervenir immédiatement pour stopper les destructions » de leurs maisons par l’armée israélienne et de « mettre fin aux souffrances des habitants ».
Enfin le président Joseph Aoun a reçu de son côté une délégation du rassemblement de jeunes de Yaroun, localité frontalière du sud dans le caza de Bint Jbeil. Ils lui ont fait part des difficultés rencontrées par les habitants, contraints de fuir, laissant le village presque vide, alors que l’armée israélienne a détruit environ 70 % de leurs maisons. Les membres de la délégation ont affirmé la détermination de tous les habitants à revenir dans leur village et leur attachement à leurs terres, à leurs biens et à leurs lieux de culte, selon un second communiqué relayé par Baabda. Ils ont appelé à une intervention pour stopper la destruction du reste des maisons de Yaroun et ont insisté sur la nécessité de les reconstruire dès la fin des hostilités en cours.

