À force de multiplier les virages sur l’aile au fur et à mesure que les Hébreux s’enfoncent comme dans du beurre au Liban-Sud, le gouvernement finira par tourner sur lui-même comme une toupie, quémandant aujourd’hui ce qu’il rejetait hier en poussant des cris d’orfraie. Y a qu’à voir le résultat de cette fulgurance obstinée, rythmée de coups de menton aussi futiles que dérisoires : il y a moins d’un mois encore, les spadassins à Bibi occupaient cinq points misérables qu’ils appelaient pompeusement « stratégiques », aujourd’hui ils tapinent sur plus de vingt. Encore quelques semaines de fanfaronnades maison, et près du tiers du pays sera englouti dans une occupation que les Shlomos qualifieront bientôt d’« existentielle ».
Mais de nos jours, patience et longueur de temps font plus que farce ni courage. De fait, les dirigeants libanais viennent d’inventer le « copier-coller à travers les âges » en singeant le comportement des Arabes à l’époque du plan de partage de la Palestine à l’ONU. Un concept usé jusqu’à la ficelle : on commence par dire « non », index bien levé façon doigt de l’onaniste ; s’ensuit une rouste militaire mémorable au terme de laquelle on s’aplatit devant l’assaillant, acceptant toutes ses conditions. Mais bernique et nib de nib ! Ce dernier dégaine aussitôt d’autres oukases plus durs, déclenchant un nouveau tour de piste : re-« nenni » outré, re-déglingue magistrale, re-carpette repentie. Et ainsi de suite, rebelote à l’infini.
Tant et si bien, qu’on a fini par regretter tour à tour : l’Armistice de 1949, les accords du 17 mai 1983… et jusqu’aux résolutions 1559, 1680 et 1701 de l’ONU. On aura connu entre-temps la joie de vivre sous la férule des appendices de Nasser, le keffieh des sbires de Arafat, les bottes successives de la nurserie Assad père et fils, avant de tâter du turban de mollah iranien. Tous voulaient ou veulent encore libérer la Palestine, tous juraient ou jurent encore de prier à Jérusalem, et tous sans exception se sont pris l’un après l’autre des gamelles dans les grandes largeurs en chantant victoire sur un tas de ruines dans un pays fumant…
Le Parti barbu qui avait porté si généreusement secours aux hirsutes du Hamas il y a deux ans, plongeant le Liban dans l’enfer, attend toujours le renvoi d’ascenseur des orphelins des Sinouar brothers. Pas même une seule balle traçante n’a été tirée depuis Gaza en direction d’Israël, ne serait-ce que pour faire genre. Quand la solidarité est à sens unique, faut pas s’étonner qu’elle rétrécisse au lavage. Surtout quand c’est Bibi le Nataniais qui lave plus rouge.
Entre-temps, les années défilent, les projectiles qui nous tombent dessus sont requinqués et gagnent en sophistication par l’électronique et l’intelligence artificielle. Il n’y a qu’au Liban où rien ne transpire sous les morts et les décombres. Jadis les Palestiniens, puis naguère les Syriens, puis les Iraniens, aujourd’hui les Israéliens. Ce n’est finalement rien qu’un changement de transat sur le pont du Titanic.
gabynasr@lorientlejour.com


Les Émirats dénoncent une « dangereuse escalade » après une frappe de drone sur un site nucléaire
Ordres d’évacuation israéliens au Liban-Sud et dans la Békaa et tentative d’infiltration au-delà du Litani
""ENCORE QUELQUES SEMAINES DE FANFARONNADES MAISON, ET PRÈS DU TIERS DU PAYS SERA ENGLOUTI DANS UNE OCCUPATION QUE LES SHLOMOS QUALIFIERONT BIENTÔT D’« EXISTENTIELLE »"". Oui, bien sûr, c’est cet avenir qui nous attend. Le Sud vidé de sa population selon une logique sélection confessionnelle, et là on n’aura que nos yeux pour pleurer. Les apprentis sorciers qui faisaient trop peu de cas de ce pauvre pays, des Libanais hystérisés par des causes, dont la cause des causes des Arabes, auront pour quelques-uns encore vivants l’occasion de reprendre leurs fanfaronnades. Patience, la guerre reprendra
10 h 55, le 21 mars 2026