Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, reçu par le président libanais Joseph Aoun, le 19 mars 2026. Photo X/présidence libanaise.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, se trouvait jeudi au Liban, alors que l’armée israélienne poursuit ses opérations militaires contre le Hezbollah, et s’est rendu au palais présidentiel de Baabda, où il a rencontré le président Joseph Aoun.
« L’initiative de négociation (avec Israël) reste en vigueur, mais l’escalade militaire en entrave le lancement », a déclaré M. Aoun devant M. Barrot, qui « a exprimé la disponibilité de la France à œuvrer pour mettre fin à l’escalade militaire, en s’appuyant sur l’initiative de négociation 'courageuse' annoncée par le président Aoun », a rapporté la présidence libanaise.
Il y a dix jours, M. Aoun avait accusé le Hezbollah de vouloir provoquer « l'effondrement » du Liban pour le compte de l'Iran et appelé à des négociations « directes » avec Israël pour mettre fin à la guerre. Le président français, Emmanuel Macron, s'entretient quasi-quotidiennement avec le président Aoun. Samedi dernier, il a appelé Israël à accepter des « discussions directes » avec l'exécutif libanais et « toutes les composantes » du Liban. M. Macron s'est dit prêt à « faciliter » ces discussions en « les accueillant à Paris », afin d'empêcher que « le Liban ne sombre dans le chaos ».
Le président Aoun a également réaffirmé devant M. Barrot « la nécessité d’un cessez-le-feu et de la mise en place des garanties nécessaires à son succès par les parties concernées » et a insisté sur l’arrêt des hostilités afin de créer les conditions favorables à la négociation, a rapporté l’Agence nationale d’information (Ani, officielle). Il a aussi souligné que « le gouvernement poursuit la mise en œuvre des décisions relatives au monopole des armes, même si l’escalade militaire empêche l’exécution complète du plan établi par l’armée ».
Selon des informations, le ministre français des Affaires étrangères serait en contact avec son homologue américain Marco Rubio et avec Ron Dermer, responsable israélien du dossier des négociations avec le Liban. Les deux hommes auraient exprimé leur disponibilité pour discuter du dossier libanais, mais réclament des mesures plus concrètes au moment où Israël n’est pas enthousiaste à l’idée d’un cessez-le-feu. La France poursuit néanmoins ses efforts pour réduire les tensions.
Le chef de la diplomatie française s'est ensuite rendu à Aïn el-Tiné où il a été reçu par le président du Parlement, Nabih Berry. Ce dernier a remercié « la France et son président pour leurs initiatives et efforts visant à mettre fin à l’agression contre le Liban et pour leur soutien à sa souveraineté et à son unité sur l’ensemble de son territoire ». Selon l’Ani, il a souligné que « la mise en œuvre de l’accord conclu en 2024, sous médiation américaine et française, et l’engagement d’Israël à le respecter, mettra fin à l’agression et permettra le retour des déplacés. L’essentiel est d’activer le 'Mécanisme' comme cadre de surveillance, d’application et de négociation prévu par cet accord », a-t-il ajouté.
M. Barrot s'est également entretenu avec le Premier ministre, Nawaf Salam, et a rencontré le patriarche maronite, Béchara Raï, à Bkerké.
Devant M. Salam, le ministre français a affirmé « le soutien de son pays au Liban en cette période ». Il a également souligné que « la France travaille avec les différentes parties pour arrêter l’escalade », et « soutient les décisions du gouvernement » libanais.
Le ministère français des Affaires étrangères avait indiqué dans un communiqué que la visite de M. Barrot « témoigne du soutien et de la solidarité de la France avec le peuple libanais, entraîné dans une guerre qu'il n'a pas choisie. Le ministre consultera les principales autorités du pays sur la situation au Liban et les voies d'une désescalade, dans le prolongement des échanges avec le président de la République ». Une semaine après la livraison de près de 60 tonnes d’aide humanitaire destinées aux populations déplacées, Jean-Noël Barrot annoncera un nouveau paquet d’aide « pour venir en aide au peuple libanais », précise le texte.
Jeudi en soirée, M. Barrot a publié sur son compte X des photos de lui à la rencontre de déplacés. « À Beyrouth, aux côtés des personnes déplacées prises en charge par les gilets rouges de l'ordre de Malte. En solidarité avec le peuple libanais, entraîné dans une guerre qu'il n'a pas choisi, nous doublons notre aide humanitaire au Liban, la portant à 17 millions d'euros », a-t-il annoncé.
À Beyrouth, aux côtés des personnes déplacées prises en charge par les gilets rouges de l'ordre de Malte.
— Jean-Noël Barrot (@jnbarrot) March 19, 2026
En solidarité avec le peuple libanais, entraîné dans une guerre qu'il n'a pas choisi, nous doublons notre aide humanitaire au Liban, la portant à 17 millions d'euros. pic.twitter.com/riLNTsFFRI
M. Barrot se rendra vendredi en Israël, son premier déplacement dans le pays depuis novembre 2024 et surtout depuis la reconnaissance d'un Etat de Palestine par la France en septembre 2025 qui avait provoqué l'ire du gouvernement israélien. Le ministre s'entretiendra avec les autorités israéliennes afin d'évoquer la situation sécuritaire, les enjeux humanitaires et les perspectives de désescalade, dans le prolongement des efforts diplomatiques menés par le président de la République » Emmanuel Macron, a précisé le ministère français des Affaires étrangères.
Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars, en lançant des missiles sur Israël pour venger la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran. Israël mène depuis des bombardements massifs sur de vastes parties du Liban, y compris la capitale Beyrouth, et des incursions au sol dans le sud du pays avec des soldats et des blindés.
Les frappes israéliennes ont fait plus de mille morts, selon les autorités, et jeté sur les routes plus d'un million de personnes, soit plus du sixième de la population de ce petit pays.

