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La p... irrespectueuse


Que l’on ne sursaute pas à la vue de ce titre, c’est seulement de cette garce de paix à la fois aguichante et fuyante, racoleuse et insaisissable, qu’il va être question ici.

Il est bien connu que David Ben Gourion, l’un des pères fondateurs d’Israël, ambitionnait de faire du Liban le tout premier des États arabes à signer un traité de paix : un Liban spécifiquement chrétien, précisait-il, et réduit à sa portion congrue après extension de la frontière jusqu’au longtemps convoité fleuve Litani. Cette lubie est dûment consignée dans les Mémoires de son propre ministre des AE, Moshe Sharrett. Celui-ci note même, d’un ton affolé, que durant ces conciliabules, le général Moshe Dayan soutenait qu’il suffirait de soudoyer à cette fin un militaire maronite, fût-ce un simple major.

Au fil des guerres, incursions, expéditions et occupations, il devenait évident au contraire que le Liban – précisément parce qu’il est le seul État arabe présidé par un chrétien – serait l’un des derniers voisins immédiats d’Israël à franchir le Rubicon. De fait, il y a des décennies déjà que l’Égypte et la Jordanie s’y sont résolues. Même la Syrie, qui s’est longtemps posée en bastion de l’arabisme, s’évertue aujourd’hui à mendier un règlement, pudiquement qualifié de sécuritaire. Tout cela sans même parler des lointains royaumes du Golfe (ou des plus lointains encore Maroc ou Soudan) qui se sont empressés de faire ami-ami dans le cadre des accords d’Abraham. Au nom de quelle logique dès lors serait-il condamné à être plus arabe que les Arabes ? S’il n’en restait plus qu’un, serait-il forcément celui-là ? Tirant richesse de sa diversité culturelle, doit-il en payer le prix par son incapacité organique, structurelle, à trancher, même quand il y va de son existence ?

Quand en 1982, et pour la première fois dans les annales, les Israéliens en venaient à occuper une capitale arabe, Beyrouth, notre pays se voyait acculé à conclure un accord qui néanmoins n’était pas explicitement de paix. La formule médiane retenue l’année suivante n’abordait le mot sacrilège que de manière prospective, comme l’aboutissement d’un long processus de normalisation. Cette précaution sémantique ne lui évitait guère, au demeurant, d’être torpillée par l’autre occupant de l’époque, le syrien. Mais sommes-nous encore en état de jongler avec les mots ? Et pour s’être voulu l’habile rescapé d’une paix longtemps décrétée scélérate, n’est-ce pas en oublié de la paix que risque de se retrouver notre pays ?

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Sans véritablement innover, et près d’un quart de siècle après l’accord mort-né de 1983, l’offre de négociation en quatre points avancée le 9 mars par le président de la République a pour principal mérite de faire un sort définitif au vieux et stupide complexe entourant les pourparlers directs avec l’ennemi. Jeudi encore, Joseph Aoun se louait d’ailleurs de la brèche ainsi ouverte sur le front diplomatique, réaffirmant son refus de voir le pays servir d’arène pour une nouvelle guerre des autres. Cette fois cependant, c’est Israël qui se fait prier pour se mettre à table. Qui, après avoir laissé mariner l’initiative présidentielle, lui oppose tout un barrage de conditions. Qui exclut tout cessez-le-feu préalable, intensifie ses frappes aériennes et lance même une opération terrestre. Si bien que le seul commentaire clairement favorable émis à Tel-Aviv aura été le fait d’un président israélien aux fonctions purement honorifiques. Isaac Herzog a ainsi salué la proposition d’Emmanuel Macron d’accueillir à Paris et de faciliter un tel dialogue. Bien plus remarquable cependant est l’insistance qu’avait mise le président français à souligner la nécessité pour le bord libanais d’inclure toutes les composantes du pays. Plate évidence et donc rappel superflu, ou judicieux conseil d’ami, ce souci d’associer les chiites aux discussions, également perceptible aux États-Unis ?

C’est là que pour la première fois de manière aussi crue (et dans une telle urgence !) l’on touche aux tares congénitales de notre système, aggravées par les plus invraisemblables des dérives. À force de triturer dans tous les sens la règle de parité islamo-chrétienne énoncée dans la Constitution, on a fini par tomber dans l’absurde et le ridicule. Car ce ne sont pas seulement des experts de haute qualité que le pouvoir se propose d’envoyer négocier le salut du pays, mais tout un consortium des principales tribus communautaires libanaises. Qu’une seule s’avise de manquer à l’appel et c’est la crise garantie, comme dans ces jurys qui s’avèrent impuissants à rendre un quelconque verdict.

C’est bien de cette situation qu’abuse au-delà de tout entendement le tandem Amal-Hezbollah qui représente funestement la communauté chiite au gouvernement, comme au Parlement. Passons sur la rhétorique suicidaire du parti pro-iranien, pour lequel son ralliement à la guerre d’Iran valait davantage que le prix payé : colossale bévue proférée par un de ses hauts dirigeants, et qui en dit long sur le mépris dans lequel la milice tient la vie et les biens de ses protégés supposés. Et le sort du Liban par-dessus le marché.

De tels sommets de délire ne font cependant que décupler la responsabilité du mouvement Amal que conduit le président de l’Assemblée. Un pied aux côtés du Hezbollah et l’autre dans le camp du pouvoir exécutif, Nabih Berry a trop longtemps exhibé ses talents d’équilibriste. Cette dernière et désastreuse aventure a déjà fait près d’un millier de morts, dont de nombreuses victimes collatérales, et plus d’un million de civils se sont vu jeter sur les routes ou héberger dans des abris de fortune.

À partir de quels effroyables chiffres les consciences auraient-elles quelque chance de se réveiller ?

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

Que l’on ne sursaute pas à la vue de ce titre, c’est seulement de cette garce de paix à la fois aguichante et fuyante, racoleuse et insaisissable, qu’il va être question ici. Il est bien connu que David Ben Gourion, l’un des pères fondateurs d’Israël, ambitionnait de faire du Liban le tout premier des États arabes à signer un traité de paix : un Liban spécifiquement chrétien, précisait-il, et réduit à sa portion congrue après extension de la frontière jusqu’au longtemps convoité fleuve Litani. Cette lubie est dûment consignée dans les Mémoires de son propre ministre des AE, Moshe Sharrett. Celui-ci note même, d’un ton affolé, que durant ces conciliabules, le général Moshe Dayan soutenait qu’il suffirait de soudoyer à cette fin un militaire maronite, fût-ce un simple major.Au fil des guerres,...