Rechercher
Rechercher

Notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani. Mohammad Yassine / L'Orient-Le Jour

Direct Q&A

Où vont les guerres au Liban et dans la région ? Anthony Samrani a répondu à vos questions

Ce qu’il faut retenir

Israël a récemment rejeté la proposition du président Joseph Aoun d'engager des négociations directes entre les deux pays pour mettre fin à la guerre, imposant à la place plusieurs conditions.

L'escalade se poursuit en Iran et dans la région, ou Téhéran bloque toujours le détroit d'Ormuz, augmentant la pression sur les États-Unis.

Posez-vos questions en commentaires (si vous êtes abonnés) ou par mail à livechatolj@lorientlejour.com

20:01 heure de Beyrouth

Voilà, c'est fini pour ce soir. Nous sommes désolés de n'avoir pu répondre à toutes les questions. Mais ce n'est que partie remise !
Merci à vous tous.

Nous vous invitons à rester avec nous, sur notre couverture en continu, ou via nos multiples articles et éclairages.

19:58 heure de Beyrouth

Pouvons-nous évaluer la plausibilité, l’impact et l’intensité d’un conflit civil si les Forces armées libanaises appliquent par la force la décision de l’État de désarmer le Hezbollah ?

Et pour finir, une question de Bassam :

Bonjour Anthony,

Pouvons-nous évaluer la plausibilité, l’impact et l’intensité d’un conflit civil si les Forces armées libanaises (LAF) appliquent par la force la décision de l’État de désarmer le Hezbollah ? Une analyse de scénarios est urgente compte tenu de la gravité de la situation.
Serait-il préférable de les désarmer si les conséquences ressemblaient aux conflits de 1958 ou de mai 2008, plutôt que de faire face à la destruction nihiliste et à l’occupation d’Israël ? Naturellement, le risque d’une guerre comparable à celle de 1975-1990 modifie ces calculs.
Quoi qu’il en soit, alors que notre situation se détériore fortement, une analyse technique est indispensable pour déterminer la décision la moins préjudiciable.

Bonjour Bassam, merci pour votre question, elle est essentielle.

Je vais devoir malheureusement y répondre de façon très brève, faute de temps.

Il ne peut y avoir à mes yeux de désarmement du Hezbollah sans affrontements avec la milice. Mais ses affrontements ne prendront pas, à mon sens encore une fois, la tournure d’une guerre civile dans un pays où personne ne la souhaite. Le risque est plus un climat de guerre ambiante, des affrontements réguliers et le risque d’un retour des assassinats politiques. C’est extrêmement dangereux. Mais notre alternative consiste à subir les plans israéliens…

19:55 heure de Beyrouth

Malgré la grosse erreur du Hezbollah d'avoir lancé des missiles, ne pensez-vous pas qu’Israël aurait quand même fait ce qu’il est en train de faire ?

Et voici une question de Rabih :

Malgré la grosse erreur du Hezbollah d'avoir lancé des missiles, ne pensez-vous pas qu’Israël aurait quand même fait ce qu’il est en train de faire ? Je vous remercie d'avance.

Bonjour Rabih, merci pour votre question, elle anime quotidiennement nos discussions.

Durant au moins les trois dernières guerres, cette phrase revient systématiquement : « De toutes les façons, Israël avait un plan pour envahir le Liban ». Force est toutefois de constater qu’à chaque fois, c’est le Hezbollah qui a été à l’initiative de la guerre. Que les Israéliens aient un plan me semble parfaitement logique. Que nous lui donnions systématiquement un prétexte pour l’exécuter l’est nettement moins. On revient à la question centrale qui divise aujourd’hui le plus les Libanais : est-ce qu’Israël veut de toute façon du mal au Liban ? Est-ce qu’il veut de toute façon envahir le Liban-Sud dans le cadre de son projet de Grand Israël ? Personnellement, je ne suis pas convaincu par les arguments avancés par ceux qui défendent cette thèse. Je crois au contraire que le Hezbollah, et plus généralement l’axe iranien, ont nourri les projets d’un grand Israël plus que n’importe quel acteur depuis 1948. En ce sens, ils sont les idiots utiles des franges les plus extrêmes du pouvoir israélien.

19:49 heure de Beyrouth

Ne pensez-vous pas que le risque latent, si la situation des déplacés perdure, est que les Libanais du sud se transforment de facto en citoyens de deuxième zone ?

Une question d’Yves :

Bonjour M. Samrani et merci pour vos éclaircissements.
Ne pensez-vous pas que le risque latent, si la situation des déplacés perdure, est que les Libanais du sud se transforment de facto en citoyens de deuxième zone, résidents dans des circonscriptions où, politiquement, ils n'ont voix ni au chapitre ni aux urnes ?

Bonsoir Yves, merci d’être avec nous.

La situation des déplacés est extrêmement préoccupante. Pourront-ils revenir chez eux ? A quelle échéance ? Combien de temps peuvent-ils subir une telle humiliation et le pays supporter une telle catastrophe humanitaire avant que tout n’explose ? Si les déplacés sont amenés à rester durablement dans des régions majoritairement non-chiites, cela risque de créer une nouvelle réalité politique et sociale susceptible de bouleverser les « équilibres » libanais.

Nous vous invitons, ici, à lire cet article : Face à l’explosion des besoins humanitaires, les ONG libanaises à la peine

19:45 heure de Beyrouth

Quels sont les leviers et forces de négociation du gouvernement libanais actuellement ?

Nous enchaînons avec une question de Kyian :

Quels sont les leviers et forces de négociation du gouvernement libanais actuellement ? L’Iran a le détroit d’Ormuz, les USA et Israël ont la force militaire, que possède le Liban ?

Bonsoir Kyan, merci pour votre question.

Le Liban a très peu de leviers. Et le temps ne joue pas en sa faveur. Il a intérêt, à mon avis, à mener des actions fortes, au moins sur le plan symbolique, contre le Hezbollah, à plaider sa cause auprès de toutes les chancelleries et à avoir enfin un plan sérieux concernant ce qu’il attend des négociations avec Israël. Il faut absolument sortir de la passivité, de la surenchère et de la confusion.

19:42 heure de Beyrouth

Quel espoir y a-t-il de voir le gouvernement libanais imposer à son armée de faire ce que le gouvernement s'est engagé à faire ?

Nous passons à une question de Joseph :

Les raisons du désastre qui s'abat sur le Liban sont multiples. Il y en a une qui semble difficile à reconnaître et quasi impossible à surmonter : le noyautage de l'armée par le Hezbollah. Quel espoir y a-t-il de voir le gouvernement imposer à son armée de faire ce que le gouvernement s'est engagé à faire ? S'il n'y en a pas, y a-t-il un autre choix que d'accepter qu'Israël fasse le travail ?

Bonsoir Joseph, merci d’être avec nous.

Le Hezbollah a infiltré tous les pans de l'État pendant des décennies et l’armée ne semble pas faire exception. Mais je crois que le problème est plus profond : l’armée libanaise, à l’instar de l’État, s’est habituée à ce que chaque problème se règle « à la libanaise », et n’est pas mentalement préparée, sans parler de ses moyens logistiques, à mener des opérations aussi complexes que le désarmement du Hezbollah. Le problème, à mon sens, n’est pas qu’elle n’y parvienne pas ou qu’elle mette en exergue le risque important d’une telle opération. Le problème, c’est qu’elle a intégré, comme une bonne partie de l’Etat et de la population, qu’elle n’avait pas d’autres rôles à jouer que celui du spectateur de sa propre histoire.
Qu’Israël « fasse le travail » est logique pour Israël. Mais c’est une catastrophe pour le Liban.
Sans parler du coût de la guerre et de ses conséquences, quelle sera la finalité de cette opération ? Une occupation prolongée du sud ? Une coopération avec l’armée libanaise qui mettra cette armée dans une position encore plus délicate ? Un accord de paix imposé par la force ?


Au sujet de l'armée libanaise, nous vous invitons à lire cet article : Membres, équipements, histoire : ce qu’il faut savoir sur l’armée libanaise

19:32 heure de Beyrouth

Le parrain français sert-il à quelque chose ? Pourrait-il faire plus ?

Et voici une question d'Axelle :

Bonsoir chers amis de L'OLJ, toutes mes pensées et prières en ces jours d'angoisse et d'incertitude. Ma question : le parrain français sert-il à quelque chose ? Pourrait-il faire plus ? Faire mieux et en quoi ?

Bonsoir chère Axelle, merci pour vos mots qui nous vont droit au coeur !

La France fait de son mieux et, il faut le reconnaître, est la seule à vraiment se mobiliser pour arrêter cette guerre. Paris a démenti les informations d’Axios, que L’OLJ avait déjà révélées, sur une proposition visant à obtenir un arrêt de la guerre en échange d’une reconnaissance d’Israël par le Liban. La France semble vouloir ne pas communiquer sur cette initiative pour lui donner une chance, dans un contexte où ses leviers sont limités et ses relations avec Israël et les Etats-Unis en dents de scie. Cette proposition semble intéresser les Israéliens qui savent qu’ils ont besoin des autorités libanaises pour « en finir » avec le Hezbollah et qui obtiendraient en même temps la fermeture d’un front éruptif depuis des décennies. Cela serait un pas décisif, à leurs yeux, vers une paix séparée avec le Liban. Mais Israël ne négociera pas sérieusement tant qu’il n’aura pas atteint ses objectifs militaires, qui passent très probablement par une occupation du Liban-Sud. Or, le front libanais demeure secondaire pour Israël tant que la guerre en Iran se poursuit. Autrement dit, aux yeux de Tel Aviv, la guerre libanaise n’a pas encore réellement commencé.

19:22 heure de Beyrouth

Le Liban pourra-t-il, à la longue, éviter la guerre civile avec ce flux de réfugiés ?

Et voici une question d'Anne-Sophie :

Bonjour monsieur Samrani. Merci de votre travail. Cette guerre prend une sale tournure ! Mes pensées vont vers les déplacés et mes questions sont les suivantes : Le Liban pourra-t-il, à la longue, éviter la guerre civile avec ce flux de réfugiés ? On sent déjà des tensions communautaires...
Aussi, quelles seraient les conséquences d'une occupation du Liban-Sud par Israël ?


Bonsoir Anne-Sophie, quel plaisir de vous avoir parmi nous !

Cette guerre, comme toutes les précédentes, prend effectivement une très sale tournure. Le coût humanitaire est déjà exorbitant pour le Liban. Cette guerre va renforcer les tensions en interne et très probablement créer une nouvelle équation politique, militaire et… démographique. Je ne suis pas convaincu par le scénario de la guerre civile - personne ne la veut - mais les tensions risquent effectivement d’être très fortes, et vont même prendre une autre ampleur à mesure qu’Israël envahit le Liban-Sud ou que le Hezbollah parvient à lui résister.
Les conséquences d’une occupation vont être terribles : déplacements de populations, ingénieries démographiques, pression politique et sécuritaire sur les autorités libanaises. Et tout cela va, en plus, donner du grain à moudre à la rhétorique du Hezbollah.

Sur ce sujet, nous vous invitons à lire le reportage publié il y a quelques jours sur notre site : Déplacés chiites : les « importuns » de la nouvelle guerre au Liban

19:13 heure de Beyrouth

N'est-il pas possible que l'Iran lie le front libanais au front iranien et qu'il maintienne la pression sur les pays du Golfe tant qu'Israël ne sera pas retiré du Liban-Sud ?

Et voici une question de Pierrick

Bonjour Monsieur Samrani, merci à vous et à votre équipe pour votre travail.
N'est-il pas possible que l'Iran lie le front libanais au front iranien et qu'il maintienne la pression sur les pays du Golfe tant qu'Israël ne sera pas retiré du Liban-Sud ?
Bonne journée à vous.

Bonjour Pierrick, un grand merci pour votre chaleureux soutien.

Oui c’est une possibilité, mais qui me semble assez hypothétique pour le moment. Cela supposerait que la guerre se termine par un accord, que le régime soit en position de dicter les termes de cet accord, et qu’il soit suffisamment fort pour imposer un arrêt du front libanais à un Israël qui veut clairement séparer les deux. Le régime iranien a par ailleurs montré dans le passé qu’il n’était pas prêt à se sacrifier ni pour le Liban ni pour le Hezbollah. A mon sens, l’hypothèse la plus probable est que la guerre se poursuive au Liban même en cas d'arrêt de la guerre en Iran.

19:10 heure de Beyrouth

L’action des Américains et des Israéliens n’est-elle pas vouée à l’échec ?

Nous commençons avec une question de GA :

À ce stade, il apparaît non seulement que le système iranien va survivre à cette guerre, mais également que les forces qui mènent l'offensive n'ont pas réussi à prendre le dessus et à le déstabiliser. Au Liban, le Hezbollah n'a visiblement pas été affaibli comme le pensaient la plupart des commentateurs et il ne semble pas être particulièrement mis en difficulté face à Israël ; au contraire, il dicte même (dans une certaine mesure) le rythme de l'escalade militaire.

Que peuvent faire les Américains et les Israéliens ? Leur action n'est-elle pas vouée à l'échec ?

Bonsoir GA, merci d’être avec nous !

Depuis quelques jours, le régime iranien a clairement repris la main. Il s’était longuement préparé à cette guerre, s’est organisé pour y survivre et, surtout, sa capacité à bloquer les navires passants par le détroit d’Ormuz est une carte stratégique qui pourrait même lui permettre de sortir de la guerre en position de force sur ce plan. Mais attention, ce que les conflits récents nous ont appris, tant en Ukraine qu’au Moyen-Orient, c’est non seulement que les dynamiques peuvent évoluer très vite mais plus encore qu’il est impossible d'anticiper les vagues sismiques qui résulteront de la guerre en cours.

D’un point de vue opérationnel, Washington et Tel Aviv sont en train de remplir leurs objectifs - même si la question du nucléaire est beaucoup plus complexe. D’un point de vue stratégique, cela ressemble pour le moment à un échec complet. Mais il me semble trop tôt pour faire un bilan : beaucoup dépendra de quand terminera le conflit et de l’état dans lequel se trouvera le régime - qui a de fortes chances de survie- à ce moment-là.

Quant au Hezbollah, je crois qu’il faut être plus nuancé. Le parti est en meilleur santé que ce que tout le monde pensait, mais là encore, nous ne sommes qu’au début de la guerre. Pourra-t-il résister à une invasion de l’armée israélienne ? Et si les Israéliens occupent le Sud, que restera-t-il du Hezbollah dans le reste du Liban ?

Je vous invite à lire cet article sur le sujet : La dernière bataille du Hezbollah

18:55 heure de Beyrouth

Bonjour, nous allons ouvrir cette séance de questions-réponses dans quelques minutes !

13:49 heure de Beyrouth

Bonjour, et bienvenue dans ce direct !

Car il dépasse largement les frontières de la région, le conflit au Moyen-Orient, ses enjeux et ses conséquences peuvent être difficiles à comprendre.

Notre co-rédacteur en chef Anthony Samrani tentera de répondre à vos questions ici très bientôt.


commentaires (6)

Merci Mr Samrani pour toutes vos réponses extrêmement claires et judicieuses. Malheureusement, pour le Liban l'optimisme n'est guère de mise!

Yves Prevost

08 h 16, le 17 mars 2026

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (6)

  • Merci Mr Samrani pour toutes vos réponses extrêmement claires et judicieuses. Malheureusement, pour le Liban l'optimisme n'est guère de mise!

    Yves Prevost

    08 h 16, le 17 mars 2026

  • J’ai une deuxième question : Le Hezbollah a clairement privilégié les intérêts iraniens et sa propre survie au détriment du Liban et même de sa communauté. Pense-t-il que l’Iran fera de même lorsqu’il s’agira de négocier la fin de la guerre ? Meme si les iraniens veulent lier la fin de leur guerre avec celle du Liban, Trump peut il exiger cela des Israéliens ?

    Libanais malgré tout

    01 h 29, le 17 mars 2026

  • Bonjour Anthony Je comprends la volonté de l’État de ne pas rester passif face à cette guerre dévastatrice. Cependant, il tente de négocier avec Israël alors que son seul véritable levier serait le désarmement du Hezbollah. Or l’État n’a obtenu de sa part aucun engagement clair. Une confrontation interne paraît par ailleurs très peu plausible, car elle risquerait de remplacer une guerre extérieure par une implosion du Liban. Dans ces conditions, quelle est réellement la légitimité du Liban dans ces négociations ? Cela a-t-il du sens tant que la question interne reste irrésolue ?

    Libanais malgré tout

    01 h 24, le 17 mars 2026

  • Bonjour, savons nous si des discussions sont planifiées entre le Liban et Israël? Nous lisons beaucoup de messages contradictoires. Cela pourrait il aider à une fin du conflit plus rapide? Ou bien s’agit-il d’un conflit de plusieurs mois qui se dessine dans discussion directe?

    malakmenaa@gmail.com

    19 h 50, le 16 mars 2026

  • Bonjour monsieur Samrani et merci pour votre travail. La stratégie israélienne consistant à empêcher le retour de certaines populations chiites vers le sud du Liban et la banlieue sud de Beyrouth vise-t-elle à affaiblir le Hezbollah en attisant un mécontentement au sein même de la communauté chiite ? Dans ce contexte, Nabih Berri pourrait-il apparaître comme une alternative politique incarnant un chiisme moins aligné sur le Hezbollah, et son relatif silence depuis le début de la guerre du 2 mars 2026 s’inscrit-il dans ce repositionnement ?

    Sami Farhat

    19 h 40, le 16 mars 2026

  • Bonjour, Quels sont les leviers et forces de négociation du gouvernement libanais actuellement ? L’Iran a le détroit d’Ormuz, les US et Israel ont la force militaire, que possède le Liban ?

    Kiyan

    19 h 28, le 16 mars 2026

Retour en haut