Des enfants jouent aux cartes dans une école transformée en refuge pour personnes déplacées dans la ville de Dékouané, au nord de Beyrouth, le 5 mars 2026. Photo Joseph Eid / AFP
Depuis l’offensive israélienne lancée dans la nuit du 1er au 2 mars en réponse aux tirs de roquettes du Hezbollah, la vie de nombreuses familles au Liban a basculé. Des centaines de milliers d’entre elles ont dû fuir les bombardements, tandis que d’autres ont vu leur quotidien suspendu : écoles fermées, activités arrêtées, déplacements limités. Nous avons rassemblé quelques conseils pour aider les enfants à traverser cette période compliquée.
Préserver la routine
Tarek Saghbini, spécialiste de la protection de l’enfant, insiste sur l’importance de préserver une routine. Heure de réveil régulière, rituel du coucher, moments en famille ou temps consacré aux études : « La prévisibilité aide l’enfant à réguler son système nerveux », souligne-t-il. Un conseil qu'il donne aussi bien aux familles en zones relativement sûres, qu'à celles qui ont dû fuir leur maison.
En une semaine, plus de 800 000 personnes, dont environ 200 000 enfants, ont été déplacées au Liban après des ordres d’évacuation visant la banlieue sud de Beyrouth, des dizaines de villages du Liban-Sud et de la Békaa, et l’ensemble de la zone au sud du Litani. Dans ce contexte, maintenir des repères devient crucial pour les enfants. « L’objectif n’est pas de prétendre à une vie normale, mais de créer un minimum de structure, un rythme reconnaissable pour l’enfant. » De simples gestes répétés — dormir sur le même matelas, s’étirer au réveil avec un parent, partager le petit-déjeuner en famille — peuvent l’aider à mieux gérer ses émotions et à se sentir en sécurité. « Les enfants n’ont pas besoin de conditions parfaites, mais de petits signaux répétés qui leur indiquent qu’ils sont en sécurité et dans un cadre familier. »
Un autre levier consiste à redonner aux enfants un sentiment de contrôle. Le déplacement, mais aussi plus largement toute situation d'instabilité, de bouleversement, leur font souvent perdre leurs repères. Leur offrir la possibilité de choisir — où s’asseoir, quoi manger, quelle activité faire — peut les aider à retrouver une forme de maîtrise sur leur quotidien.
Trouver un équilibre entre les études et les loisirs
Aujourd’hui, certaines écoles rouvrent progressivement, au cas par cas. Mais pour de nombreux élèves — notamment ceux dont les établissements ont été transformés en centres d’accueil pour les déplacés — les classes restent fermées. La situation concerne également des enfants dans des pays voisins affectés par cette guerre qui embrase toute la région.
Pour l’apprentissage à domicile, Julien Lopes, professeur au Grand Lycée franco-libanais de Beyrouth, recommande d’adapter le rythme scolaire. « Il ne faut pas créer de blocs de travail trop longs. Exiger d’un enfant qu’il travaille pendant des heures d’affilée à la maison risque d’être contre-productif. » Les parents peuvent organiser la journée en alternant apprentissage et moments plus ludiques : périodes de travail sur ordinateur, puis activités sans écran.
Les activités créatives offrent aussi une alternative au travail strictement scolaire. Dessin, coloriage, origami ou écriture stimulent l’imagination tout en permettant aux enfants d’exprimer leurs émotions et de renforcer leur confiance en eux. « Le plus important est de leur donner l’espace de travailler par eux-mêmes, puis de pouvoir échanger avec eux sur ce qu’ils ont fait », explique l’enseignant.
Des conseils qui peuvent être difficiles à mettre en œuvre pour les parents qui travaillent. Ici, diverses solutions sont envisageables : avoir recours à l'aide de la famille, travailler de la maison, ou encore organiser des rotations avec les autres parents pour prendre en charge un groupe d'enfants le temps d'une journée.
Bouger, jouer et maintenir le lien social
Au-delà du scolaire, l’activité physique joue un rôle essentiel pour faire baisser le stress. Lorsque la situation le permet — et sans créer d’anxiété supplémentaire — les activités en extérieur peuvent offrir une véritable bouffée d’air. Mais lorsque sortir n’est pas possible, « l’essentiel est que l’enfant reste en mouvement », rappelle Tarek Saghbini évoquant notamment les enfants sans accès à des espaces naturels ou en situation de déplacement. Danser, faire du yoga pour enfants ou organiser une petite compétition de gym peut suffire à libérer l’énergie accumulée.
Il cite aussi des jeux aussi vieux que le monde, comme « Jacques a dit », qui stimulent la coordination, l’équilibre et la conscience corporelle — et peuvent se pratiquer presque partout.
Le lien social reste lui aussi essentiel. « J’ai organisé plusieurs playdates, pas trop loin de chez nous, avec les amis de mon fils », raconte Yasmine, mère de deux enfants à Beyrouth. Jeux de rôle ou jeux en famille peuvent également offrir un espace sécurisant pour exprimer les émotions tout en renforçant les liens familiaux.
Au Liban, certaines enseignes proposent désormais des espaces kids-friendly où les parents peuvent se détendre ou travailler pendant que les enfants jouent et sociabilisent, comme au café Beit Bouyout à Achrafieh (Beyrouth) ou à l’Espace L à Antélias.
L’état émotionnel des adultes, un facteur-clé
« Un aspect souvent négligé dans la gestion des enfants en temps de guerre est l’impact de l’état émotionnel des adultes qui les entourent », souligne l’expert. Dans ces périodes d’instabilité, les adultes ont souvent tendance à surveiller l’actualité en continu : revoir les images des événements, suivre les informations ou faire défiler les réseaux sociaux pour se tenir informés. Mais ce stress est ressenti par les enfants, même très jeunes. Dans ses échanges avec ses élèves, Julien Lopes constate que beaucoup d’entre eux disent s’inquiéter pour leurs parents. L’état émotionnel des adultes devient alors une source de stress supplémentaire.
Il est donc important que les parents s’accordent aussi des moments de pause afin de rester émotionnellement disponibles pour leurs enfants : faire une pause des écrans, appeler un proche ou partager sa charge mentale avec d’autres adultes. Caroline, mère de deux enfants, souligne l’importance du soutien de sa belle-famille pendant cette période. « Heureusement, ma belle-famille a aidé mes filles à faire leurs devoirs et à garder un rythme scolaire », explique-t-elle.
En ces temps difficiles, le lien social et la connexion à la communauté restent essentiels pour le bien-être des enfants comme des parents.




