Photo d'illustration Vecteezy
Le 13 février, l’organisme chargé de coordonner la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme au niveau mondial a maintenu le pays dans la catégorie des juridictions jugées pas suffisamment conformes aux standards internationaux dans le domaine, un an et demi après l’y avoir inscrit pour la seconde fois de son histoire. Le premier passage du pays ayant duré de 2001 à 2016, et il en était sorti en renforçant considérablement sa législation
La décision du GAFI, qui n’a surpris personne, a été prise lors de la première des trois assemblées plénières du GAFI programmées en 2026. Selon nos informations, il ne faudra, à moins d’un miracle, rien attendre de la plénière de juin, et il faudra espérer que le Liban aura fait des progrès décisifs avant celle de septembre pour amorcer sa sortie de la liste grise cette année.
Les banques – de toute façon paralysées depuis le début de la crise qui a éclaté en 2019 – et les autres sociétés financières, y compris celles qui offrent des services de paiement numérique, avaient anticipé cette décision, attendue depuis 2023, et se sont, en grande majorité, adaptées au renforcement des contrôles de conformité de leurs clients et des transactions qu’elles ordonnaient, afin de ne pas se retrouver en porte-à-faux.
Pas un problème de normes
Les pays inscrits sur cette liste s’engagent en principe à corriger rapidement les lacunes de leur réglementation ainsi que celles de leur appareil judiciaire et de leur police dans des délais convenus. Les Émirats arabes unis ont par exemple réussi à en sortir en février 2024, soit deux ans après y avoir été inscrits.
Le Liban a endossé un plan d’action approuvé par le GAFI pour améliorer ce qui doit l’être. Si le pays dispose d’une réglementation plutôt bien conçue, c’est dans son application que le bât blesse. « Les lois sont là, mais la police n’arrête (presque) personne et personne n’est condamné », résume une source au fait du dossier.
Concrètement, la grille d’évaluation du GAFI comprend deux grands chapitres : un premier qui se focalise sur la conformité technique, et un second sur l’efficacité. Dans la pratique, un pays avec un bon système qui ne fonctionne pas est généralement recalé.
Dans son évaluation rendue en 2023, qui a servi de base à la décision de l’inscrire sur la liste grise, le Liban n’avait même pas obtenu la note minimum à aucun des 11 piliers couvrant divers aspects opérationnels de la prévention et de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Il s’est même vu attribuer la note la plus basse sur les piliers jugeant l’efficacité de l’appareil judiciaire et des forces de police dans les affaires de blanchiment d’argent. En revanche, le pays n’avait presque aucune mauvaise note dans le volet consacré à l’évaluation des normes.
Les objectifs fixés dans le plan d’action ne disent pas autre chose. Le Liban doit, par exemple, « améliorer l’exécution rapide et efficace des demandes d’entraide judiciaire, d’extradition et de recouvrement d’avoirs », « renforcer la compréhension des risques par les entreprises et professions non financières désignées (DNFBPs) et appliquer des sanctions efficaces et dissuasives »,
« utiliser efficacement les outils de confiscation des produits du crime ».
Aucune des recommandations ne porte sur la création, la modification ou l’évaluation de normes. Toutes concernent l’application pratique de normes déjà existantes.
« Le GAFI ne sera pas convaincu que le Liban est prêt à sortir de la liste grise, à moins que quelqu’un ne soit pas seulement poursuivi, mais condamné après une enquête dûment formée et un procès équitable établissant sans équivoque sa culpabilité », lâche la source au fait du dossier.
Le GAFI n’est pas le seul à mettre la pression sur le Liban. La Commission européenne a annoncé le 10 juin 2025 avoir ajouté le Liban, avec neuf autres pays, à sa liste des « pays tiers à haut risque » en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme.
Le Trésor américain, qui sanctionne assez régulièrement de nouvelles personnes ou entités au Liban dans sa traque aux moyens de financement du Hezbollah, a appelé Beyrouth à renforcer la lutte contre l’économie du cash.
Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souhaid, a depuis publié deux importantes mises à jour de la réglementation imposée aux sociétés financières, auxquelles il demande d’effectuer beaucoup plus de contrôles. En janvier, il a annoncé que la BDL collectait « des données sur les transferts à l’étranger et les retraits en espèces réalisés par des dirigeants bancaires, des personnes politiquement exposées et leurs proches, dans le cadre de la restructuration et de la supervision du secteur ». Il s’est réuni deux fois avec des juges d’instruction français pour échanger des informations sur des dossiers ouverts dans des affaires remontant à l’époque de son prédécesseur Riad Salamé, incarcéré en septembre 2024 puis relâché sous caution en 2025.

