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Nos lecteurs ont la parole

Ce qui demeure quand tout vacille

Saint Maron, patron du Liban, de son passé, de son présent et de son avenir.

Le Liban n’est pas tombé par manque de talents, mais par éloignement progressif de sa propre boussole. Le 9 février, en célébrant saint Maron, les maronites ne se tournent pas vers une mémoire figée, mais vers une fidélité fondatrice qui, à travers les siècles, a donné forme à une idée rare au Moyen-Orient : celle d’un pays né de la liberté, du pluralisme et du dialogue. Certaines fidélités ne relèvent pas du passé ; elles demeurent, précisément, lorsque tout vacille.

Sans les maronites, le Liban n’aurait sans doute jamais pris cette forme singulière qui fut la sienne : un pays d’exception dans une région travaillée par les absolus, une patrie construite sur la coexistence plutôt que sur l’exclusion. C’est dans cet héritage qu’est née une Constitution unique dans son environnement, et c’est par une vision politique inspirée de cette tradition que le Liban a pu être, durant des décennies, comparé à la Suisse de l’Orient et reconnu comme pays-message.

L’Église maronite n’a jamais été une Église du repli. Elle fut une Église d’altitude et d’ouverture, de retrait spirituel et d’engagement humain. À travers l’ordre libanais maronite, elle a investi les domaines les plus décisifs pour la survie et l’avenir d’une nation : l’éducation, par les écoles et les universités ; la culture et la vie spirituelle ; l’action sociale ; mais aussi la santé, par les hôpitaux, les centres de soins et les aides sanitaires offerts sans distinction, notamment lorsque l’État se révélait absent ou défaillant. Ces institutions n’ont pas seulement transmis un savoir ou prodigué des soins : elles ont protégé une certaine idée de l’homme.

La guerre civile a marqué une rupture profonde. Elle a fragmenté la société, affaibli l’État et brouillé le sens. Le Liban d’après-guerre ne s’est pas seulement reconstruit dans la douleur ; il s’est aussi éloigné de lui-même. La politique, autrefois exercice de mesure et de vision, s’est trop souvent transformée en gestion d’intérêts, en confiscation du bien commun, en renoncement silencieux à l’esprit fondateur.

Ce glissement n’a pas été brutal ; il fut progressif, presque imperceptible. À mesure que la mémoire s’est affaiblie, la vocation s’est diluée. Là où le Liban proposait un modèle, il s’est contenté de survivre. Là où il portait un message, il s’est perdu dans le bruit.

Et pourtant, tout n’est pas perdu. Car les peuples ne disparaissent pas tant qu’ils conservent des réserves morales. Tant que l’Église maronite continue d’éduquer, de soigner, de transmettre et de résister à la tentation du découragement, le Liban garde une chance de se relever sans se renier.

Être maronite aujourd’hui n’est ni un privilège ni une nostalgie. C’est une responsabilité. Celle de rappeler que le Liban ne retrouvera sa place dans la région qu’en renouant avec ce qui l’a fondé : la primauté de l’homme, la liberté de conscience, la dignité de l’État et le dialogue comme horizon.

En cette fête de la Saint-Maron, la célébration dépasse la commémoration. Elle devient un acte de confiance. Une manière de dire que, malgré les épreuves, quelque chose demeure quand tout vacille – et que c’est peut-être là que commence, à nouveau, l’avenir. 

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Saint Maron, patron du Liban, de son passé, de son présent et de son avenir.Le Liban n’est pas tombé par manque de talents, mais par éloignement progressif de sa propre boussole. Le 9 février, en célébrant saint Maron, les maronites ne se tournent pas vers une mémoire figée, mais vers une fidélité fondatrice qui, à travers les siècles, a donné forme à une idée rare au Moyen-Orient : celle d’un pays né de la liberté, du pluralisme et du dialogue. Certaines fidélités ne relèvent pas du passé ; elles demeurent, précisément, lorsque tout vacille. Sans les maronites, le Liban n’aurait sans doute jamais pris cette forme singulière qui fut la sienne : un pays d’exception dans une région travaillée par les absolus, une patrie construite sur la coexistence plutôt que sur l’exclusion. C’est dans...
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