Au Liban, les taux d’obésité et de surpoids s’élèvent respectivement à 7,6 % et 27,5 %, des chiffres qui se rapprochent de ceux observés en Europe. Photo d’illustration Bigstock
Un des principes fondamentaux de l’Agenda 2030 (programme universel pour le développement durable) consiste à veiller à ce qu’aucune personne ne soit laissée pour compte (« Leave no one behind »). Les objectifs de développement durable (ODD) sont applicables à l’ensemble des pays, à toutes les personnes, quel que soit leur âge, ainsi qu’à toutes les sociétés. Les adolescents et les jeunes, souvent marginalisés au profit des nourrissons, des enfants, des personnes âgées ou des individus souffrant, entre autres, de maladies chroniques, sont désormais intégrés dans l’ensemble des objectifs et sont même perçus comme des acteurs du changement.
Dans l’imaginaire collectif, la catégorie d’âge des adolescents apparaît, en effet, comme étant relativement épargnée par les problèmes de santé. Il s’avère que cette population est celle qui consulte le moins les professionnels de santé, les parents estimant à tort que leur schéma vaccinal est complet dès l’âge de dix ans. L’adolescent éprouve un sentiment d’omnipotence, se livrant à des prises de risque incontrôlées sans considération des répercussions potentielles. Cette impulsivité, susceptible d’induire des conséquences parfois délétères, résulte d’une immaturité du cortex préfrontal, région cérébrale située derrière le front impliquée dans des fonctions telles que la planification ou l’adoption de décisions judicieuses. Il est important de noter que le développement et la maturation cérébraux se poursuivent jusqu’au milieu de la troisième décennie. De surcroît, une région spécifique, à savoir le cortex préfrontal, est l’une des dernières structures cérébrales à achever sa maturation.
Durant cette phase de transition entre l’enfance et l’âge adulte qu’est l’adolescence, définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme la période s’étendant de dix à dix-neuf ans, divers phénomènes se produisent. Le changement le plus manifeste est indubitablement la puberté, un processus initié par les hormones sexuelles et caractérisé par des transformations physiologiques notables, incluant l’accélération de la croissance, le développement de la pilosité axillaire et pubienne, la formation des seins ainsi que l’apparition des premières menstruations chez les individus de sexe féminin. Un autre aspect ou phénomène qui caractérise cette période est l’acquisition ou le développement de la personnalité. C’est au cours de cette phase que les adolescents façonnent leur identité sociale, professionnelle et sexuelle. Il serait erroné de concevoir ces modifications comme se produisant de manière chronologique ou comme étant prédéterminées par l’âge de l’adolescent. Il est fréquent de voir des jeunes de treize ans présentant déjà des caractéristiques d’adulte, comme la mue de leur voix, alors qu’ils demeurent des enfants sur les plans intellectuel et social.
Avec la mondialisation et l’accès aux réseaux sociaux, les adolescents libanais ont également adopté des habitudes et des comportements analogues à ceux des jeunes des pays occidentaux, partageant ainsi avec eux des problématiques similaires. L’enquête menée au Liban en 2024, intitulée Global School Student Health Survey (www.moph.gov.lb/en/Pages/3/80601), auprès d’adolescents scolarisés âgés de 13 à 17 ans, révèle des données particulièrement alarmantes. La sédentarité ainsi que l’insuffisance d’activité physique, qui constituent un terreau propice à l’obésité et à ses répercussions néfastes sur la santé à long terme, sont assez préoccupantes chez les adolescents libanais. Il est en effet constaté que 80 % des adolescents libanais ne s’engagent pas dans une activité physique régulière. À cela s’ajoute une consommation insuffisante de fruits et légumes : seul un adolescent sur quatre a consommé au moins deux portions de fruits ou légumes par jour au cours de la semaine précédant l’enquête. En conséquence, les taux d’obésité et de surpoids s’élèvent respectivement à 7,6 % et 27,5 %, des chiffres qui se rapprochent de ceux observés en Europe, où un adolescent sur cinq est en surpoids ou souffre d’obésité, selon un rapport publié en mai 2023 (World Cancer Research Fund International).
Les adolescents au Liban commencent à fumer de plus en plus tôt, 62 % d’entre eux ayant fumé leur première cigarette avant l’âge de 14 ans. Ce phénomène est loin d’être anodin. En effet, la nicotine constitue une substance hautement addictive et les adolescents, en raison du développement de leur cerveau, sont susceptibles de développer une dépendance plus rapidement que les adultes. Cela s’explique en partie par la sensibilité accrue du système de récompense du cerveau des adolescents, notamment le système de transmission de la dopamine. La nicotine, en activant ces voies de récompense, élève le taux de dopamine, stimulant l’usage de cette substance. La cigarette électronique, souvent perçue à tort comme inoffensive, connaît également un grand succès, en particulier auprès de cette tranche d’âge.
Au cours de cette phase de transformations physiques, sociales et émotionnelles, les adolescents se trouvent dans une situation de vulnérabilité face aux différents enjeux de santé mentale. Ils éprouvent parfois un sentiment de solitude, sont insécurisés et ressentent un besoin de validation de la part d’autrui, en particulier de leurs pairs. Dans des situations extrêmes, cela peut conduire à des tentatives de suicide, perçues comme la seule issue face à ce mal-être que vit l’adolescent. Selon l’enquête libanaise de 2024, 14 % des adolescents reconnaissent avoir effectué une tentative de suicide au cours de l’année écoulée.
Sur un tout autre plan, il convient également de souligner une tendance préoccupante aux conséquences multiples : 73 % de nos adolescents ne portent pas de ceinture de sécurité en voiture. S’inspirent-ils du comportement des adultes ?
La génération Z et la génération Alpha ont vu le jour dans un environnement où les réseaux sociaux sont omniprésents. Il n’est donc guère surprenant de constater que 71 % de nos adolescents consacrent au moins trois heures par jour à l’utilisation d’internet, en dehors des périodes dédiées à leurs études. L’impact est double, dans la mesure où ces heures d’immobilité se traduisent par une diminution de l’activité physique et du sommeil, d’une part. Par ailleurs, l’accès à des informations, des images et des contenus inappropriés pour leur tranche d’âge peut avoir des répercussions néfastes sur leur développement.
Une information encourageante dans ce contexte est que les ministères de la Santé publique, de l’Éducation et de la Jeunesse et des Sports, en partenariat avec l’Organisation mondiale de la santé au Liban, ont lancé une campagne de sensibilisation portant sur cinq thématiques : la santé mentale, l’alimentation et la sédentarité, la sécurité routière, la consommation de substances, ainsi que la santé numérique et l’utilisation des écrans. La promotion des comportements sains s’effectue par le biais de clips d’animation, utilisant un langage accessible et clair, visant directement le public adolescent. Afin de rendre ces messages plus attrayants et en adéquation avec le langage des jeunes, l’emploi de la notion « tendance saine » a été privilégié par rapport au terme de « sensibilisation ». Il convient de souligner et d’apprécier la participation des jeunes tout au long de ce processus, un aspect fondamental lorsqu’il s’agit de s’adresser à cette population.
En investissant dans la santé des adolescents, nous impactons trois générations. Les adolescents d’aujourd’hui, les adultes qu’ils deviendront et les enfants qu’ils auront un jour, et auxquels ils auront pour mission de transmettre les pratiques optimales en matière de préservation de la santé.
Dr Béatrice KHATER
Professeure adjointe
en médecine de famille
AUB-MC
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