Postulat anthropologique : les parents aiment profondément leur enfant, c’est indéniable. Mais inversement, les enfants n’ont aucune obligation génétique ou biologique de les aimer en retour… Voilà une affirmation qui dérange et met mal à l’aise. Une dure réalité qui demeure sensible, voire taboue.
Pourtant c’est une chose des plus naturelles. Dans le règne animal, la grande majorité des espèces ne se focalisent que sur leur progéniture. Et la progéniture en profite amplement et généreusement. C’est le cycle de la vie.
Leurs vies durant, ils ne s’attellent qu’à une seule tâche, procréer pour perpétuer l’espèce. Pas de place pour les plus âgés dans le logiciel de la nature.
Après tout, ne sommes-nous pas des mammifères ? Et tout ce qui nous différencie des autres animaux, ce n’est pas grand-chose à bien y réfléchir. Un brin d’intelligence d’un côté et une branche de conscience de l’autre.
Alors évidemment que l’on peut aimer ses parents. N’est-ce pas, au fond, cela qui nous différencie des animaux ? On a vécu des années avec eux.
Des liens se sont tissés bien sûr. Ils nous ont soignés, éduqués, nourris, protégés, aimés ! Il y a quelque part une sorte de reconnaissance, une forme de gratitude. Un mélange avec de l’affectif. Tout ça n’est pas très clair.
Mais le fait est que la réciprocité est largement inégale. Ne dit-on pas que les « enfants sont ingrats » ? Jamais l’inverse.
Cela vient bien d’un constat maintes et maintes fois émis jusqu’à en devenir une croyance bien ancrée.
Alors que du côté des parents c’est tout autre chose. Ici, pas d’histoire de reconnaissance, ou de gratitude. On est là dans le domaine du viscéral. Ce lien fort les dépasse eux-mêmes.
On peut être odieux avec nos parents, une pourriture de la pire espèce, ou même un enfant avec de lourds handicaps. Et nos parents nous regarderont toujours avec tout l’amour du monde.
Souvenez-vous. Dès le départ il a fallu changer les couches pleines, supporter le vomi sur la plus belle robe de nos mamans. On les a réveillés plusieurs fois en pleine nuit, les transformant en zombies au petit matin. Adieu les soirées endiablées du samedi soir, les sorties en tourtereaux au restaurant. Ils ont fait une croix sur leur liberté pour nous.
Être parent est une tâche rude et ardue de tous les instants qui vous change à jamais. Un véritable sacerdoce.
Et malgré ça les parents aiment leur progéniture. C’est indéniable.
Autre constat. Enterrer son propre enfant est certainement l’épreuve la plus difficile et la plus monstrueuse qu’un être humain puisse vivre. Celle dont on ne se remet jamais…
Alors que perdre ses parents est une épreuve douloureuse, mais c’est un deuil que l’on finit par surmonter et accepter. C’est la suite logique des choses. Il y a une sorte de fatalité. Inconsciemment toute notre vie nous nous y sommes préparés. Le cycle naturel des choses. Les vieux partent toujours avant les jeunes, tout le monde sait ça.
Et puis nous avons en nous cette facilité à nous détacher de nos parents. N’est-ce pas nous qui quittons le nid et prenons notre envol dans la vie ?
En revanche, vous ne trouverez nulle trace en vous de cette même facilité à vous détacher de vos enfants. Si vous le pouviez, vous les garderiez toute votre vie à vos côtés. C’est génétique.
Mais nos enfants n’ont aucune obligation d’aimer nos parents. À vrai dire, tout n’est pas aussi simple. Il y a la question de la culture et de la moralité qui entre en jeu chez l’homme.
Prenons l’exemple de la société occidentale en général et de la France en particulier. Une société dite « évoluée », n’est-ce pas ? Regardez où finissent leur vie les grands-parents. Seuls dans des hospices, abandonné de tous. Leurs vieux meurent la « merde au cul » dans un désintérêt total. Maison de retraite sur le papier, mouroir dans les faits.
La gestion des seniors, comme ils les appellent, ce n’est pas pour eux. Ils délèguent cette tâche à des professionnels que l’on paye une misère. Indifférence inavouée. On va leur rendre visite à chaque solstice de printemps.
Et les excuses ne manquent pas. On se déculpabilise comme on peut. Des mensonges qu’ils s’inventent pour mieux accepter une cruelle réalité.
Ces sociétés dites « avancées » ont tellement avancé qu’elles se sont perdues. Elles ont rompu les liens familiaux depuis des décennies. Et quand ils existent encore, ils ne sont plus basés sur les émotions ou sur l’affectif mais sur l’argent. Et cela passe souvent par un soutien financier.
Les parents jouent aussi le jeu, ils achètent l’attention de leurs enfants avec des cadeaux ou une promesse d’héritage. Une société qui ne sait plus s’occuper de ses aînés est une société malade.
À présent, prenons l’exemple de la société libanaise. La gestion de nos vieux, c’est une tout autre affaire. Ici comme dans beaucoup d’autres sociétés dans ce monde, il y a encore la notion de respect envers l’aîné. Dans toutes les strates et à tous les âges, on retrouve cette marque de respect.
Nos communautés, quelles qu’elles soient, ne rompent jamais leurs liens avec leurs géniteurs. Et ce tout au long de leur vie.
Dans la majorité des cas, où que l’on se trouve au Liban, nos aînés font partie du décor, ils sont partie intégrante de la maison et de la famille.
Nos enfants grandissent au milieu de la canne du grand-père et du jupon de la grand-mère.
Amour, respect et affection les accompagneront jusqu’à leur crépuscule. Et au final, je me demande bien lesquelles de ces sociétés sont les plus évoluées ?
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