Le président de la Chambre, Nabih Berry, à l'hémicycle, le 29 janvier 2026. Photo Hassan Ibrahim/Parlement libanais
C'est désormais chose faite. À l’issue de trois journées marathon, le Parlement a adopté jeudi le projet de budget 2026. Désormais, le président de la Chambre, Nabih Berry, ne dispose plus de ce précieux prétexte dont il avait longtemps abusé pour ne pas transférer au Parlement le débat sur la loi électorale, notamment sur les modalités de vote des expatriés, comme le réclame une majorité des protagonistes. Mais malgré l’adoption de la loi de finances, sa position demeure inchangée. Mais cela n'empêche pas le gouvernement de lancer les préparatifs pour la tenue du scrutin en mai, malgré le spectre du report.
À l’heure où plusieurs députés se montraient convaincus, depuis le perron du Parlement, que les législatives ne se tiendront pas dans les délais, le gouvernement a voulu affirmer sa détermination à remplir cet engagement. Le ministre de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, a donc convoqué le collège électoral à un scrutin qui devrait se tenir en mai. Selon le texte du décret publié vendredi dans le Journal officiel, les Libanais résidant au Liban devraient se rendre aux urnes le 10 mai, alors que ceux de la diaspora devraient voter le vendredi 1er mai (dans les pays où le vendredi est un jour férié) et le dimanche 3 mai pour les autres pays. « Le train des législatives est en marche », a estimé le ministre en marge du Conseil des ministres tenu vendredi à Baabda. Quelques heures auparavant, le ministère avait annoncé que les listes des électeurs seront prêtes à partir du 1er février. Encore un signe d'une volonté de rejet d'une prorogation de la législature, notamment de la part du duo Joseph Aoun-Nawaf Salam.
Le monopole des armes d’abord ?
Sauf que le ministre a fixé les dates du vote des expatriés dans leurs lieux de résidence, avant même que ne soit tranchée la problématique des modalités et du lieu de leur vote. « Il ne fait qu’appliquer une loi qui est en vigueur jusqu’à nouvel ordre », commente pour L’Orient-Le Jour Adib Abdel Massih, député anti-Hezbollah. « Mais le ministre est-il vraiment capable d’organiser les élections ? » s’interroge-t-il, rappelant que le gouvernement a déjà fait part en novembre dernier de son incapacité à appliquer la loi électorale dans sa version actuelle, notamment l’article 112 limitant le vote de la diaspora à six sièges (3 chrétiens et trois musulmans répartis sur les six continents). Il n’a donc pas publié les décrets d’application de la loi en question.
Partant de ce constat, Adib Abdel Massih présentera lundi une proposition de loi prorogeant la législature d’un an (alors que le président de la République avait donné son feu vert à un report « technique » de quelques mois maximum. « Nous ne pouvons plus continuer à organiser des élections tant que le Hezbollah maintient ses armes et défie l’État et la présidence de la République », souligne Adib Abdel Massih. Une allusion au dernier discours du numéro un du parti chiite, Naïm Kassem, qui s’était montré disposé à soutenir l’Iran en cas de guerre avec les États-Unis et Israël. Selon le député, ce délai d’un an devrait être mis à profit pour clore le dossier des armes et pourrait être renouvelable. « Nombreux sont les députés qui m’ont encouragé à présenter cette proposition », lance-t-il sans donner plus de détails. « Il n’a pas le droit de dire qu'une majorité parlementaire est favorable à une telle démarche à l’heure où le plus grand groupe de la Chambre (les Forces libanaises, 19 députés) s’y oppose », commente Charles Jabbour, le porte-parole du parti, estimant que le scrutin finira par se tenir en mai. Il se fait l’écho du leader des FL, Samir Geagea, qui avait assuré dans une interview accordée jeudi à la chaîne locale MTV que le scrutin aurait lieu en mai et que son parti avait « déjà fait tout ce qu’il fallait » dans ce cadre.
Outre les FL, la proposition de M. Abdel Massih se heurte au niet du Courant patriotique libre, qui soutient, tout comme le Hezbollah, l’application de la législation électorale telle quelle (six sièges uniquement pour la diaspora). « Nous sommes contre toute prorogation du mandat de la Chambre. C’est une position de principe que nous brandissons depuis 2013 », affirme César Abi Khalil, député aouniste. À leur tour, les Kataëb (dont le chef, Samy Gemayel, s’est entretenu vendredi avec Adib Abdel Massih) semblent hostiles à la proposition. « C’est une position de principe », lance un cadre du parti sous couvert d’anonymat. « Nous pourrons avaliser cette orientation dans le seul cas où une entente large émerge autour du fait que le Hezbollah devrait être complètement désarmé avant d’organiser de nouvelles législatives », ajoute-t-il.
Entre ceux qui estiment que la tenue du scrutin s'annonce difficile et ceux qui préparent déjà leurs machines, que va faire Nabih Berry ? « Le gouvernement devrait établir les décrets d’application de la loi pour épargner au pays un saut dans l’inconnu », insiste un député proche du président du Parlement, renvoyant la balle dans le camp de l’exécutif. De son côté, une source gouvernementale se contente d'indiquer que le dossier des élections devrait être sur la table du Conseil des ministres prévu la semaine prochaine.




La règle dans tous les pays démocratiques est de respecter les échéanciers constitutionnels Mr Berry est le maître de contraire Almoumanaa dans son ADN et dans son gène est anticonstitutionnel et antidémocratique
14 h 41, le 31 janvier 2026