César Moukarzel , une intuition poétique. Photo cesarARCHIVES
« Tout a commencé en 2020 avec une intuition poétique : créer des vêtements qui murmurent des souvenirs à ceux qui les portent. » Né en 1994, César Moukarzel est diplômé en architecture de l’Académie libanaise des beaux-arts. Des études dont nul n’ignore l’exigence, et qu’il pousse jusqu’au master pour ensuite choisir, en 2023, d’élargir son champ créatif en intégrant Esmod Paris. Il veut approfondir la création de mode et la stratégie de marque. Sa trajectoire prend alors une belle courbe et court vers la concrétisation d’un projet couvé en confinement durant les longs mois du Covid. Ce sera une première collection dédiée à l’automne-hiver 2025, plongée dans une palette de couleurs chaudes, un coucher de soleil automnal, une terre assoiffée qu’une première pluie féconde brièvement. « Cette collection célèbre le moment qui émerge après la pluie, portant un message d’espérance et de paix. Cela oscille entre paysages sereins et bruines, enfance et vieillesse, joie et mélancolie. Elle évoque la simplicité de l’âge tendre et une célébration désinvolte de la nostalgie », détaille le créateur.

Dans un contexte de rupture mondiale commencée avec la pandémie, César Moukarzel a mis à profit un temps stérile pour structurer et « professionnaliser » une intuition dont il n’avait qu’une certitude : celle de créer des vêtements qui seraient quasiment des vêtements de compagnie, porteurs de mémoire et de sens, à la croisée de l’art, de la culture et de la couture.
CesarARCHIVES voit ensuite le jour entre Paris et Beyrouth, maison articulée autour de deux lignes complémentaires : cesar, un prêt-à-porter de luxe, et ARCHIVES, des pièces artisanales, exclusives et numérotées. Ancrée dans la philosophie du contre-luxe ou « Counter Luxury », qui se définit par la discrétion, l'authenticité et la rareté, plutôt que par l'ostentation et les logos visibles, cette double marque va d’abord déployer un univers narratif fort. Elle va ensuite fonder ses créations sur l’engagement, la transmission, l’authenticité et le lien par le biais de la confection lente et le savoir-faire sans concession. Son manifeste ? « Tout est à vous », comme une promesse d’héritage, de partage et de continuité.

La première collection de cesarARCHIVES, intitulée « Il pleut sur la prairie », se déroule comme un leitmotiv : à partir d’un tableau, une de ces pastorales prisées par les foyers bourgeois au milieu du XXe siècle, offert à sa grand-mère par un peintre du nom de Boueri, le créateur va décliner un imprimé total mais aussi des détails, des rayures, des superpositions. Lors d’un événement donné fin décembre à Beyrouth, ce récit a pris d’autres dimensions. Des pièces en dentelle (sous le label ARCHIVES) illustraient « le moment délicat où un escargot émerge après la pluie ». Qu’est-ce qu’un escargot, sinon la personnification même de la lenteur, de la patience et du secret ? Restait à imaginer la forêt, illustrée comme un décor de théâtre, qui suspendait le temps entre innocence et mémoire. Pour enfoncer le clou, le passé enfermé dans une de ces maisons de la montagne libanaise où tout reste inchangé de saison en saison, et puis d’année en année, souffle au créateur son tableau d’inspiration. À l’enluminure d’un « Home blessing » où l’on lit le traditionnel « Que Dieu protège notre maison », il emprunte le dessin d’une grille dont il anime l’ouverture. Toute cette thématique du désuet et du suspendu va se détailler en jeans, en robes, en chemises et surchemises, parallèlement à des pièces uniques, impossibles à répéter, créées à partir de tissus rares, comme cet imprimé serpent, jaune sur noir, étalé sur la soie d’une jupe portefeuille portant le code « Genèse ». Tout un programme où l’imagination de l’artiste s’affole et se débride, jusqu’à ce que la rigueur de l’architecte la remette au pas.


