Mouna Ayoub au gala annuel de l'American Foundation for AIDS Research (amfAR) en marge du 78e Festival de Cannes, le 22 mai 2025. Photo Sameer AL-DOUMY / AFP
En marge de la clôture de la semaine parisienne de la haute-couture sous les lambris de l’hôtel Bristol, à Paris, la maison Maurice Auction mettra aux enchères la collection Mouna Ayoub de chefs d’œuvre haute couture de Dior. Y sera notamment proposée sous le code « Lot 69 », une robe de cocktail haute couture Christian Dior par Marc Bohan, brodée de perles, de la collection printemps-été 1985. « « Les couturiers sont là pour deviner ce que les femmes veulent porter, puis aller encore plus loin – c'est leur métier », disait Marc Bohan, le deuxième successeur de Christian Dior à la direction créative de la maison. De 1958 à 1960, Bohan a dessiné la ligne Christian Dior Londres. En septembre 1960, son prédécesseur, Yves Saint Laurent, avait été appelé sous les drapeaux et Bohan promu pour le remplacer. De sa première collection en 1961 à sa dernière en 1986, ses créations ont été saluées pour leur élégance féminine et discrète », indique Maurice Auction sur son compte Instagram.
La maison d’enchères rappelle aussi que Mouna Ayoub a passé sa première commande chez Dior en 1980 et se souvient très bien du grand moment de timidité qu’elle a vécu en entrant dans le salon « sacré » de l'avenue Montaigne. Bien que Mouna soit devenue l'une des plus grandes et des plus importantes collectionneuses de haute couture de tous les temps, sa première commande ne portait que sur deux modestes tailleurs Bohan. Jeune femme, elle pensait que porter des tailleurs lui donnerait une allure mature et respectable. Au fil des ans, Mouna a pris confiance en elle, et les magnifiques tenues de soirée présentées dans cette vente aux enchères, qu'elle a acquises avant son divorce en 1995, étaient destinées à son propre plaisir.

De serveuse au « Beyrouth » à propriétaire du « Phocea »
Il ne faut pas croire que Mouna Ayoub, régulièrement comptée parmi les femmes les plus riches du monde, ne doit sa fortune qu’à Nasser al-Rachid, son milliardaire de mari. Certes, elle n’a que vingt ans quand, étudiante à Tolbiac, elle fait la connaissance de cet ingénieur, proche du roi Fahd d’Arabie saoudite au restaurant le Beyrouth, à Paris, où elle travaille comme serveuse pour arrondir ses fins de mois. Il a vingt ans de plus qu’elle et n’est pas encore milliardaire - il le deviendra en réalisant des projets immobiliers pour le roi. Les deux jeunes se marient. Elle est sincèrement amoureuse et consent à s’installer en Arabie saoudite avec al-Rachid. C’est là où sa vie bascule, d’une liberté totale à une prison dorée où, cinq enfants plus tard, elle ne supporte plus d’être enfermée. Entre-temps, n’ayant pas la responsabilité financière du ménage, elle organise chez elle des ventes de garage, des brocantes de luxe dont elle place judicieusement les revenus. Elle se constitue désormais une petite fortune en propre qu’elle évite de placer dans des achats sans lendemain. Ainsi, quand elle s’offre des robes de couturiers, elle choisit les modèles les plus iconiques, consciente qu’ils ne perdront jamais de leur valeur. Plus tard, elle défraiera la chronique en achetant le Phocea, voilier emblématique de l’homme d’affaires Bernard Tapie en plein déclin. La grâce de ce yacht qu’elle dit dans ses mémoires avoir vu pour la première fois en 1992 dans la baie de Cala di Volpe, en Sardaigne, la subjugue au point, une fois qu’elle l’a acquis, d’y laisser sa santé. En 1999, elle annonce même vendre ses bijoux pour financer la création d’une société maritime d’exploitation de charters de navires de luxe. En 2009, hospitalisée pour soigner une anorexie d’épuisement, elle découvre à sa sortie que son fils aîné a vendu l’embarcation qu’elle se jure aussitôt de racheter, y renonçant plus tard pour « éviter de revivre le passé ». Entre-temps, le voilier a vu défiler tout le gotha royal et artistique de son temps et contribué à couronner Mouna Ayoub reine d’un monde où raffinement et glamour le disputent à la jalousie et aux commérages.
Un amour de la mode charrié depuis l’enfance
Mais Ayoub n’est jamais ni résignée ni vaincue. Droite dans ses bottes, elle devient en parallèle la première collectionneuse au monde de haute couture, accueillie avec amitié (et quelque déférence) tant chez Chanel que Jean-Paul Gautier, Saint-Laurent ou Dior à toutes ses époques. D’autres ventes, toujours groupées par maison, ont déjà eu lieu. La femme d’affaires confie renoncer à certaines pièces parce qu’elles ne lui vont plus, que ses formes changent avec le temps. Mais d’autres n’ont jamais été portées, acquises comme des œuvres d’art, pour le plaisir des yeux. Comme tout collectionneur qui évite de disperser ses pièces les plus rares, elle garde le plus précieux dans un hangar en région parisienne. Et donc n’en profite pas. Si elle prête certaines pièces à des musées, notamment le musée de la Mode de Marseille, elle rêve d’abord de créer un musée en propre et multiplie les mécénats, contribuant notamment à la création de l’espace des enfants au musée Pompidou.
Son amour de la mode, de la couture en particulier, elle le charrie depuis l’enfance où, pour adoucir son tempérament de garçon manqué, sa maman l’initie à dix ans à la confection, avec la complicité d’une couturière à domicile, Janine, qui lui donne des chutes de tissus pour habiller ses poupées. La nostalgie de cette vie d’avant, de ce souvenir d’enfance en particulier, n’est apaisée que par les essayages et la fréquentation des ateliers des grandes maisons. Un beau vêtement rassure, donne confiance, illumine. Elle le sait et le ressent avec force.

Une collection « légendaire »
« Nous sommes très heureux de présenter aux enchères, en collaboration avec l’experte Kerry Taylor, une sélection exceptionnelle de 126 pièces de Haute Couture Christian Dior, provenant toutes de la collection légendaire de Madame Mouna Ayoub ».
Constituée sur plusieurs décennies, cette collection rassemble des silhouettes emblématiques couvrant la période 1984–2022, signées Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliano, Raf Simons et Maria Grazia Chiuri. » annonce la maison Maurice Auctions. Parmi les pièces proposées aux enchères ce 29 janvier, à part des robes de Marc Bohan accompagnées de leurs croquis, le « Lot 11 » : une robe de soirée haute couture ‘Kusudii’ Christian Dior par John Galliano, collection Maasai, Printemps-Été 1997. Non seulement cette collection est séminale, étant une collection des débuts de Galliano, mais elle marque le 50e anniversaire de la Maison Christian Dior. Mouna Ayoub, interviewée par Vogue après le défilé, avait déclaré annuler ses autres commandes de couture pour Dior parce que « C'est LE défilé ». Avec son corset perlé, cette robe était une des pièces-clés de la collection. Tout aussi désirable est le « lot 39 », encore une pièce de Galliano pour Dior, de l’édition printemps été 2009 sous le vocable du « Clochard ». « Haut-vagabond, chic de mauvais goût », avait ironisé le New York Times et des activistes en colère avaient manifesté devant le navire amiral de la marque, avenue Montaigne, à Paris. Mouna, pour sa part, s’écriait : « Génial ! Brillant ! S'il n'y avait pas de gens comme Galliano, nous porterions tous la même vieille collection ! La plupart des gens ne comprendront pas, mais quelle explosion d'expression ! ». Elle faisait partie des rares à comprendre le génie artistique et la finesse de l’exécution dans ces patchworks précis et ces trompe-l’œil, défis techniques avec un brin de provocation. Une nouvelle vie les attend aux enchères les plus anticipées de la saison.
L’exposition des pièces « Dior Masterpieces, The Mouna Ayoub Collection » aura lieu le mardi 27 janvier de 11h à 19h, heure de Paris et le mercredi 28 janvier de 11h à 19h à l’hôtel Bristol, faubourg Saint-Honoré. Les enchères se tiendront le jeudi 29 janvier à 15h.



Joumblatt demande l’ouverture de nouveaux centres d’accueil de déplacés
Sans aucun intérêt
09 h 00, le 25 janvier 2026