Une portion de l'hémicycle lors de la séance parlementaire de mercredi 28 janvier 2026. Photo du compte Flickr du Parlement libanais
Le Parlement s’est réuni jeudi pour la troisième journée consécutive, dans le cadre des séances programmées voter le budget de l’État pour 2026.
Outre les critiques les plus récurrentes formulées à l’égard du projet de loi de finances élaboré par le gouvernement et revu par la Commission des Finances, comme l’absence de vision — soulignée notamment par Farid Boustany (proche du CPL), l’un des derniers députés à s’exprimer mercredi soir, ou encore Georges Atallah et Nada Boustany (CPL) jeudi matin —, la séance a aussi servi de porte-voix aux plaidoyers des élus sur les dossiers des effondrements d’immeubles à Tripoli, de la revalorisation des indemnités de fin de service pour les fonctionnaires retraités, ou de la reconstruction au Liban-Sud.
Plus de soixantes députés, soit la moitié de l'Assemblée, devaient prendre la parole pendant les trois jours. Tous les discours programmés ont été tenus avant la fin de la séance de jeudi matin, qui se tenait de 10 h à 14 h. Le Premier ministre Nawaf Salam - et/ou le ministre des Finances Yassine Jaber- inaugurera la séance de l'après-midi, qui doit démarrer à 17 h, en répondant aux remarques soulevées par les députés avant que ne débute l'examen du texte. Il reste possible qu'une nouvelle séance soit ajoutée vendredi pour que le Parlement vote le budget avant le 31 janvier. Passé ce délai, le Conseil des ministres pourra faire promulguer la loi de finances par décret, dans la forme où elle a été présentée à la Chambre.
Le projet de budget table sur des recettes attendues de 5,97 milliards de dollars - pour compenser des dépenses équivalentes - un montant que la commission des Finances ne considère pas comme réaliste. Recettes et dépenses sont en hausse de 20 % par rapport à 2025, selon nos calculs.
Effondrements d'immeubles à Tripoli
Parmi les premiers à s’exprimer jeudi, le député sunnite de Tripoli Fayçal Karamé a remis en avant le dossier des effondrements en série d’immeubles résidentiels vétustes et mal entretenus, qui ont récemment endeuillé la deuxième ville du pays, appelant l’exécutif à agir. « Le gouvernement actuel n’est pas responsable de la catastrophe survenue à Tripoli, qui résulte d’une accumulation de négligences sur plusieurs années. Mais il est désormais responsable de tout manquement (...) et de chaque goutte de sang versée », a lancé le député, avant de demander des financements immédiats pour lancer les travaux de reconstruction.
Il a salué l’engagement affiché par Nawaf Salam pour venir en aide aux sinistrés et soutenir un plan en préparation au niveau de la ville, visant à construire plusieurs centaines de nouveaux logements afin de remplacer ceux situés dans les bâtiments menacés. Le Haut Comité de Secours estime à 105 le nombre de bâtiments qui risquent de s’effondrer dans la ville, mais plusieurs élus locaux jugent ce nombre plus élevé.
Rémunérations et retraites
Fayçal Karamé a aussi annoncé qu’il ne votera pas une loi de finances qui ne « restitue pas les droits des retraités de la fonction publique », dont les indemnités n’ont pas été revalorisées.
Le projet transmis dans les délais par le gouvernement au Parlement, et étudié par la commission des Finances, ne prévoit en effet pas d’ajustement généralisé des rémunérations ou des retraites de la fonction publique permettant de compenser la dépréciation de la livre enregistrée depuis le début de la crise en 2019. Néanmoins, lors de sa prise de parole, le président de la Chambre, Nabih Berry, a assuré que la situation « allait être débloquée ». Lors de la séance de mardi, le vice-président du Parlement Elias Bou Saab avait indiqué que dix députés avaient signé un projet de loi concernant les allocations scolaires des militaires retraités. Tony Frangié (Marada) a affirmé que son parti pourrait approuver le budget « si les articles modifiés par la commission des Finances répondent à certaines des attentes des fonctionnaires » et Georges Atallah a considéré qu'il était nécessaire de tenir compte de ces revendications.
La question des rémunérations dans le secteur public a été au coeur d'une manifestation de fonctionnaires actifs et à la retraite devant le Parlement depuis mardi. Jeudi, des syndicats d’enseignants du secteur public, en particulier les titulaires, ont appelé à un nouveau sit-in à 11 heures. Selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), le nombre de participants était en hausse par rapport à la mobilisation de mercredi - qui avait rassemblé beaucoup moins de monde que mardi. La tension est montée avec les militaires postés devant le Parlement après que certains manifestants ont tenté de franchir les barrières de sécurité. À l'issue de la séance du matin, Elias Bou Saab est allé à la rencontre des protestataires pour leur assurer que leurs revendications seraient prises en compte, comme il l'avait déjà fait une première fois mardi. Nawaf Salam a, de son côté, reçu une délégation représentant les corps enseignants du secteur public, auprès de laquelle il s’est engagé à poursuivre le dialogue et à commencer à ajuster une partie des rémunérations « avant fin février », dans la mesure du possible, une fois le budget voté et ses projections confirmées.
Nawaf Salam a reçu une délégation d’enseignants de l’enseignement public secondaire, professionnel et fondamental. Les membres de la délégation ont indiqué que les discussions ont porté sur l’amélioration des salaires dans le secteur éducatif et que, au cours des deux prochaines semaines, les chiffres seront clarifiés après l’achèvement de l’examen du budget.
Liban-Sud et reconstruction
La reconstruction des zones détruites par la guerre entre le Hezbollah et Israël, mise en pause par une trêve précaire en vigueur depuis novembre 2024, a également été évoquée. Ghassan Atallah (CPL) a appelé à ce que les habitants du Sud soient indemnisés dans un souci « d’égalité et de justice » et a aussi demandé à revenir sur le dossier des victimes de la guerre civile de 1975‑1990, qui n’ont pas encore été compensées. Le député du Hezbollah Ali Fayad a, pour sa part, appelé au « retrait israélien » des positions que son armée occupe encore au Liban-Sud, ou encore à l’arrêt des attaques israéliennes. Il a ajouté que le Liban devait afficher une position unie sur ce dossier - alors même que le secrétaire général du parti Naïm Kassem a récemment déclaré que le parti ne pouvait pas rester neutre en cas d'attaque américaine contre l'Iran, prenant le contrepied du Liban officiel. Prenant la parole à la fin de la séance, le député issu de la contestation, Mark Daou, a rétorqué qu’il fallait « un désarmement volontaire pour réaliser l’unité nationale ».
Ali Fayad a enfin estimé que « le trio formé par le ministre de la Justice (Adel Nassar), le ministre des Affaires étrangères (Joe Raggi) et le gouverneur de la Banque du Liban (Karim Souhaid) étouffe » la communauté chiite. Les deux premiers ont à de nombreuses reprises affiché leur opposition aux arguments du Hezbollah pour conserver son armement, et le troisième a durci, depuis sa nomination il y a près d'un an, la réglementation vis-à-vis des institutions financières non bancaires, affectant les rares canaux financiers que les sanctions américaines n’entravent pas complètement.
Un bref échange a eu lieu entre le député Kataëb Elias Hankach et le président de la Chambre, Nabih Berry, sur le désarmement du Hezbollah. Le premier a appelé à ce que l’armée libanaise poursuive sa mission « au nord du Litani, là où se trouvent les armes qui ont assassiné l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et des leaders du 14-Mars, dont Pierre Gemayel et Gebran Tueni ». Le second a rétorqué que ces hommes politiques n’avaient pas été assassinés par « les armes de la Résistance » et que le Liban-Sud devait également être débarrassé de l’armement israélien.
Pression fiscale
Dans la colonne des critiques plus générales du budget, Tony Frangié a estimé que le projet « gère la crise au lieu de l’affronter » et a ajouté que « tout budget qui ne prend pas en compte la restauration de la confiance dans le secteur bancaire est incomplet », ce dernier dossier devant être réglé par un loi à part en gestation.
Ali Fayad a déploré que les recettes fiscales dans le budget « ont augmenté de 150 % sur les salaires et rémunérations et de 160 % sur la taxe mécanique, tandis que les recettes de l’impôt sur le revenu des bénéfices ont chuté de plus de moitié, soit de 59 % ». Ghassan Hasbani (FL) s'est montré plus indulgent, estimant que le budget dégageait un « souffle réformiste relatif » en termes de modération des dépenses et d’amélioration des recettes, tout en soulignant néanmoins l’absence de réformes structurelles. Elias Hankach a critiqué le fait que les mesures prévues accentuent la pression fiscale sur le secteur privé, « qui paie ses impôts », alors que « l’économie informelle reste incontrôlée ». Le député sunnite de Denniyé, Jihad Samad, a appelé à adopter une fiscalité plus équitable envers les moins aisés, avec davantage d’impôts et de taxes progressives.
Selon le rapport de la Commission, le projet ajuste au taux de change actuel certaines taxes qui n'avaient pas encore été modifiées.




Il y a belle lurette que les mahroumin ne sont plus issus uniquement de la communauté chiite mais se retrouvent dans toutes les communautés. Aujourd'hui jouer sur un sentiment de culpabilité avec pour objectif un clientélisme politique comme le fait le hezballah et amal constitue une tentative de détournement des ressources du pays au profit de quelques uns.
21 h 16, le 29 janvier 2026