Les funérailles, à Mar Touma, dans le Akkar, d'Ahmad el-Mir et sa fille Elissar, le 28 janvier 2026. Photo obtenue par Michel Hallak
Au lendemain d'une nuit de colère à Tripoli, au Liban-Nord, ravivée par la découverte du corps de la jeune Elissar el-Mir après quatre jours de recherches dans les décombres d'un bâtiment qui s'était effondré le week-end dans le quartier de Kobbé, les Tripolitains lui ont rendu hommage, ainsi qu'à son père, Ahmad el-Mir, mercredi. Les deux victimes de ce drame, survenu dans la nuit du 23 au 24 janvier, ont été inhumées en début d'après-midi dans le village natal de la famille, à Mar Touma, dans le Akkar.
La mère, le frère et la sœur d'Élissar avaient, eux, pu être secourus au cours du week-end. L’incident a suscité un vif émoi à Tripoli.
Lors des funérailles à Mar Touma, des dizaines de personnes étaient présentes et ont porté sur leurs épaules les cercueils du père et de la fille el-Mir, rapporte notre correspondant dans le Nord, Michel Hallak. Dans la mosquée du village, le président du Bureau des waqfs islamiques, le cheikh Malek Jadidé, a évoqué une « perte immense », et appelé l'Etat à « se tourner enfin vers les préoccupations des citoyens, après avoir persévéré dans la négligence pour s'occuper uniquement de ses propres intérêts. » Le cheikh a affirmé qu'à Tripoli et dans le Nord « la catastrophe s'aggrave » et réclamé justice pour la mort de deux « martyrs de la négligence. »
Un hommage a également été rendu aux victimes par les députés libanais, qui ont observé une minute de silence au cours de la séance parlementaire consacrée au budget 2026 mercredi matin.
Une jeune femme « dévouée et loyale »
Avant les funérailles, une cérémonie émouvante a été organisée à la mémoire d'Elissar à l’hôpital gouvernemental de la ville, où son cercueil a été transporté dans l’établissement. Ses collègues étaient regroupés pour les derniers adieux, dans une atmosphère lourde de tristesse et de larmes. Plus tôt, l'établissement avait publié un communiqué présentant ses condoléances et saluant la mémoire d'une infirmière « dévouée et loyale ». Les collègues de la défunte avaient tenu un sit-in mardi pour exprimer leur solidarité avec la famille el-Mir et réclamer une enquête sur les causes de la catastrophe.
Réagissant à l'annonce de la mort de la jeune femme, la municipalité de Mar Touma avait également remercié la Défense civile et tous les services d'urgence et l'armée pour leurs efforts des derniers jours.

La fin des recherches à Kobbé
Dans un communiqué publié mardi soir, la Défense civile avait confirmé avoir retrouvé et extrait la dépouille de la jeune infirmière, après quatre jours d'opérations ininterrompues. Une source au fait des recherches effectuées dans le bâtiment effondré pour trouver la jeune femme donne une idée de l'extrême difficulté d’une intervention dans un pareil environnement. « Son corps se trouvait bien dans la cage d’escalier, comme nous l’avions pensé depuis le début, là aussi où ont été retrouvés vivants sa mère et son frère quelques heures après le drame, mais il faut savoir qu’en s’effondrant, la physionomie du bâtiment se modifie radicalement, et les personnes piégées se retrouvent dans des endroits et à des niveaux différents », explique cette source. Elle relève encore « l'ampleur de la tâche » des secouristes, qui devaient travailler sur les décombres de deux bâtiments adjacents, pour une superficie totale de 400 m2. Toujours selon cette source, les secouristes de la Défense civile ont tenté jusqu’au dernier moment de travailler manuellement pour tenter de sortir la jeune fille vivante. Toutefois, « outre le fait que le protocole mondial autorise l’utilisation des engins lourds après 72 heures de recherche, nous redoutions également de nouveaux effondrements qui auraient mis les secouristes en danger, étant donné que les recherches avaient créé des cavités dans l’édifice effondré », ajoute-t-elle.
Les médias et notre correspondant ont en outre relevé la présence sur les lieux de l'effondrement d'un chat, qui a attiré l'attention des personnes présentes lors des opérations de recherche, et qui est resté immobile à l'endroit où a été retrouvé le corps d'Élissar depuis samedi. Selon nos informations, l'infirmière s'occupait, avant sa disparition, du petit félin.

Après l'annonce de la fin des recherches, la nuit a été difficile pour les Tripolitains et marquée par des expressions de colère, rapporte notre correspondant au Liban-Nord, Michel Hallak. Des tirs intenses ont été signalés dans la grande ville du Nord, et ont blessé une personne à la tête. Les habitants ont fait porter la responsabilité du drame aux autorités, et mis en garde contre une « bombe à retardement » si la question des immeubles vétustes de la ville, qui risquent de s'effondrer, n'est pas traitée rapidement par les responsables concernés.
De son côté, le député Ihab Matar avait déclaré mardi avoir présenté à la présidence du Parlement un projet de loi visant à rénover les bâtiments fissurés et menacés d'effondrement, dans le cadre d'une « initiative législative en vue de protéger la sécurité publique et de préserver la vie des citoyens », selon l’Agence nationale d’information (Ani, officielle). « Cette proposition s'inscrit dans le cadre des efforts que je déploie depuis des années pour traiter ce problème chronique, en particulier dans les zones les plus touchées, notamment la ville de Tripoli, dans un contexte de crises économiques et de négligence accumulée », a écrit M. Matar sur les réseaux sociaux.



La cause première des problèmes de Tripoli est la surpopulation par rapport à une infrastructure urbaine qui n’a jamais été conçue pour une telle démographie. Mais personne de Tripoli n’ose dire la vérité.
17 h 38, le 28 janvier 2026