Au Liban, la question agricole est le plus souvent abordée sous l’angle de l’urgence : aides ponctuelles, subventions fragmentées, programmes temporaires. Rarement sous celui du revenu. Or, pour un agriculteur ou un petit producteur, la dignité commence par une chose simple : pouvoir vivre décemment du fruit de son travail.
C’est à partir de ce constat qu’est née la mission de la Lebanon Farmers Markets Coalition (LFMC) : développer, structurer et pérenniser des marchés fermiers sous le nom de Urban Farmers sur l’ensemble du territoire libanais. Non pas comme des événements occasionnels ou festifs, mais comme de véritables outils économiques, capables d’assurer des débouchés réguliers et visibles aux producteurs.
Aujourd’hui, nombre de fermiers vendent de manière irrégulière, dépendant d’intermédiaires, de foires éphémères ou de commandes instables. Cette précarité empêche toute planification, décourage l’investissement et fragilise la production locale. À l’inverse, un réseau de marchés fermiers réguliers, répartis géographiquement, permet de créer une dynamique économique plus stable et plus équitable.
L’augmentation du nombre de marchés sur le territoire libanais répond d’abord à une demande locale croissante pour des produits frais, de saison et identifiés. Les consommateurs veulent savoir ce qu’ils mangent, d’où cela vient et à qui ils achètent. Mais cette demande ne peut être satisfaite durablement que si les producteurs disposent de débouchés fréquents, accessibles et encadrés.
Participer à deux ou trois marchés par semaine change profondément l’équation économique pour un fermier. Cela permet de lisser les ventes, de réduire la dépendance aux intermédiaires et, surtout, de mieux organiser le temps de travail. Trois à quatre jours peuvent alors être consacrés à produire, transformer et améliorer les pratiques, plutôt qu’à chercher en permanence où vendre.
Dans ce contexte, il est important de saluer les orientations portées par le ministre de l’Agriculture, Nizar Hani, qui visent à remettre l’agriculture libanaise sur des bases plus saines, plus structurées et plus durables. Cette volonté affichée de redonner un cap au secteur mérite d’être soutenue et encouragée, car elle ouvre un espace de dialogue indispensable entre institutions publiques et acteurs de terrain, à condition que ces orientations se traduisent rapidement par des mesures concrètes et opérationnelles.
Les marchés fermiers ne sont donc pas un supplément d’âme du système alimentaire libanais. Ils en sont une pièce manquante.
Ne pas les reconnaître, ne pas les encadrer, ne pas les soutenir revient à maintenir volontairement les producteurs dans une économie de survie.
À l’inverse, investir dans leur développement, c’est faire un choix politique clair : celui d’une agriculture viable, ancrée dans les territoires, et capable de nourrir le pays sans épuiser celles et ceux qui le font vivre. Pour nos agriculteurs et nos communautés.
Cofondateur de la LFMC et d’Urban Farmers Markets
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