« Je ne sais plus comment procéder. Je suis épuisé. Je n’arrive plus à savoir sur quel pied danser. Je fais de mon mieux pour... Mais sans succès... Je suis au bout du rouleau... »
Que de fois a-t-on a entendu ces paroles dites par découragement et lassitude, ou s’est-on personnellement retrouvé dans une situation similaire et où on a cherché en vain à savoir comment faire, comment agir, par où commencer !
On se retrouve donc dans une impasse, face à un contexte d’incompréhension ou face à un cadre dans lequel le refus d’admettre et de coopérer est roi. Ou bien tout simplement face à une personne pénible jusqu’à l’épuisement. Parce qu’il s’agit tout bonnement d’un individu qui est dur à cuire, comme on dit. Un être pas facile à convaincre, un « mur » infranchissable, même lorsque les données sont claires et précises et que les circonstances sont évidentes.
On essaye de faire de notre mieux afin de procéder avec tact et délicatesse, en ménageant au maximum la chèvre et le chou. En s’efforçant de prendre en compte les convictions des uns, les susceptibilités (et les sensibilités) des autres. Très souvent, inutilement et sans résultat fructueux, malheureusement. Avec, en conséquence, presque zéro solution apparente en main.
Cela est, en quelques mots, le sens (le sens, pas seulement au niveau signification mais, en même temps, au niveau de ce que l’on ressent comme sensation ou même encore comme sensibilité et émotion) du fait de se sentir incompris. De se retrouver seul, sans assistance effective ou oreille attentive ou main tendue.
Lorsque tout devient matière à méfiance, à malentendu et à querelles.
Même le silence, oui, le silence peut, par instant, être lié à un manque de transparence et de sincérité et devenir sujet à controverse et à suspicion. Et de ce fait, ce même silence va indéniablement, dans ce contexte précis de dissentiment, être traduit par une mauvaise foi délibérée ou une intention préméditée de nuire.
En conséquence, et c’est là où le bât blesse le plus, on préfère se replier sur soi-même. Chacun dans sa propre bulle et sa réclusion individuelle particulière. Une introversion, qui représente le milieu ambiant idéal pour le spleen, la déprime et le burn out avec toutes les séquelles et les stigmates qui en découlent.
Et là, on se niche dans un isolement profond et dans un exil sans fin.
Un exil, qui n’est pas uniquement l’émigration ou l’obligation de quitter son pays et de séjourner loin de sa patrie.
L’incompréhension, l’insensibilité, la désapprobation d’un comportement qu’on croyait à la base louable sont également une forme d’exil.
On peut être exilé et vivre cette « déportation » au cœur même de son entourage lorsqu’on essuie blâmes et griefs inattendus pour des faits qui ne sont pas appréciés à leur juste valeur.
On peut être seul tout en étant bien entouré.
L’exil n’est pas forcément une situation ou bien un contexte, mais quelquefois un sentiment.
N’a-t-il pas été dit, à juste titre, que la vie est un court exil et que souvent chaque individu vit en lui-même comme en pays étranger (Platon) ?
Michel Antoine AZAR
Avocat à la cour
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