La dissidente iranienne Masih Alinejad devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le 15 janvier 2026. Capture d'écran UN WebTV
Devant le Conseil de sécurité de l'ONU réuni jeudi soir à la demande des États-Unis, deux dissidents iraniens ont appelé la communauté internationale à « agir » contre la République islamique, décrivant les exactions et la répression du régime contre toute forme d'opposition. L'un d'entre eux a accusé des « forces supplétives », qui pourraient être liées aux proxies de l'Iran dans la région, d'avoir participé à la répression des mouvements de contestation des dernières années. Des témoignages qui, selon le représentant iranien à l'ONU, Gholamhossein Darzi, « ne représentent pas la société civile de son pays mais promeuvent plutôt les agendas politiques des États-Unis et d’Israël », tandis que l'ambassadeur américain, Mike Waltz, a souligné que « toutes les options restent sur la table » pour empêcher la répression de la contestation.
Pendant la réunion au siège des Nations unies, la journaliste et dissidente politique iranienne Massih Alinejad, a déclaré que des millions d’Iraniens ont besoin « d’actions réelles et concrètes » contre un régime qui ne comprend pas le langage de la diplomatie, selon des propos rapportés sur le site du Conseil. Elle a reproché aux Nations unies de ne pas répondre « avec l’urgence qu’exige ce moment » et dénoncé les coupures d'internet et de télécommunications en Iran qui visent « à détruire les preuves des crimes commis contre le peuple iranien. » Selon elle, les manifestants réclament que les fonds publics « « cessent d’être volés et envoyés au Hamas, au Hezbollah et aux houthis », supplétifs de l'Iran dans la région. Elle a aussi accusé le régime de tirer contre des civils pendant les manifestations.
Des « forces supplétives » de l'Iran dans la répression
Le militant et journaliste Ahmad Batebi a, lui, raconté les tortures qu'il a subies pendant deux ans de détention en Iran, y compris « des simulacres d'exécution », et accusé le régime des mollahs d'être une « secte démoniaque ». « Vous avez essayé de me tuer, mais vous n’y êtes pas parvenus […] vous ne pouvez pas tuer tout un peuple », a-t-il lancé au délégué iranien. Il a ajouté que, selon des informations qu'il aurait obtenues depuis l'Iran, le nombre de tués depuis le début des manifestations est « bien plus élevé » que le bilan de 12 000 morts qui avait été rapporté par le média d'opposition à l'étranger Iran International. Des ONG ont, elles, fait état d'un bilan d'environ 3 000 morts. M. Batebi a encore accusé des « forces supplétives » d’avoir participé à la répression du mouvement de contestation, affirmant que certains « ne parlent même pas le farsi ».
Les manifestations en Iran avaient commencé fin décembre 2025, pour des raisons économiques, sur fond d'inflation et de dépréciation de la monnaie. Alors que le mouvement prenait de l'ampleur, il a été lourdement réprimé par le régime. Ce dernier est sous pression de menaces américaines d'une opération militaire, mais celles-ci semblent s'être calmées après que l'Iran a indiqué qu'elle ne procéderait pas à des exécutions sommaires de protestataires.
Les dénégations du délégué iranien
« Le président Donald Trump et les États-Unis se tiennent aux côtés du courageux peuple iranien », a affirmé Mike Waltz au cours de la réunion, balayant les accusations selon lesquelles le mouvement est un « complot étranger ». Il affirmé que le président américain est « un homme d’action » et qu'il a affirmé que « toutes les options sont sur la table pour arrêter le massacre, et personne ne devrait le savoir mieux que les dirigeants iraniens ».
De son côté, Gholamhossein Darzi a estimé que les deux militants qui se sont exprimés à l'ONU « ne représentent pas la société civile de son pays mais promeuvent plutôt les agendas politiques des États-Unis et d’Israël. » Il a souligné que « le calme a été rétabli » dans le pays et que les manifestants avaient ignoré l'appel lancé par Donald Trump à plus de violence contre le régime. « Toute menace ou tout usage de la force contre l’Iran, sous quelque prétexte que ce soit, y compris pour prétendument protéger les manifestants constitue une violation grave et manifeste du droit international et de la Charte des Nations Unies », a-t-il averti. Les alliés de l'Iran, la Russie et la Chine, ont eux aussi dénoncé une volonté d'ingérence américaine. L’ambassadeur russe Vassily A. Nebenzia a ainsi critiqué une « tentative américaine de justifier une agression flagrante et une ingérence dans les affaires intérieures d’un État souverain », tandis que son collègue chinois a accusé Washington d' « aventurisme militaire ».
Priorité à la diplomatie
Jeudi soir, l’envoyé spécial du président Trump pour le Moyen-Orient Steve Witkoff avait exprimé l'espoir au cours d'une conférence du Conseil israélo-américain en Floride, qu'une « solution diplomatique » serait trouvée en Iran, soulignant que Washington privilégie la diplomatie aux actions militaires dans cette affaire. « J’espère qu’il y aura une solution diplomatique, vraiment », a-t-il lancé, selon une vidéo de la conférence publiée dans le quotidien israélien Haaretz. Il avait dans ce cadre souligné que sur la question iranienne les États-Unis veulent se pencher sur quatre éléments-clés : le nucléaire, l’enrichissement, les missiles et les mandataires régionaux, parmi lesquels le Hezbollah. Interrogé sur la possibilité d’une frappe contre l’Iran, Steve Witkoff avait réitéré qu’il espérait une issue diplomatique, et estimé que le peuple iranien était « incroyablement courageux » de s'être soulevé contre le régime. Il a encore estimé que les « crises internes » de l'Iran, principalement économiques, pourraient pousser les autorités à faire des compromis, et confirmé que des contacts directs avaient été lancés à l'initiative de Donald Trump, avec des responsables iraniens, pour empêcher des exécutions de manifestants.

