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Politique - Éclairage

Après l'effondrement de la Modération nationale, quel impact sur la communauté sunnite ?

Walid Baarini veut profiter du vide laissé par l'absence de Saad Hariri pour s'imposer au Akkar.

Après l'effondrement de la Modération nationale, quel impact sur la communauté sunnite ?

(Ce qui a été) le bloc de la Modération nationale réuni avec le Premier ministre, Nawaf Salam au Parlement, le 15 janvier 2025. Photo Ali Fawaz/ Parlement libanais

Même ses membres le reconnaissent : le bloc de la Modération nationale est tombé à l’eau. Il a suffi que Walid Baarini (Akkar) s’en retire pour donner le coup de grâce à ce rassemblement de députés majoritairement sunnites ex-haririens. Dans la forme, cet effritement est l’une des conséquences directes de la fameuse affaire « Abou Omar », le prince saoudien présumé, qui serait entré en contact avec ces parlementaires, notamment lors des consultations parlementaires contraignantes pour la nomination du Premier ministre, en janvier 2025. Mais tout le monde en convient : ce scandale politico-médiatique a plutôt été un alibi offert à M. Baarini « pour se libérer » comme il l'a dit à L’Orient-Le Jour, à l'approche des législatives prévues en mai prochain.

L'effondrement de la Modération nationale est d'autant plus conséquent qu'après le retrait de l'ancien Premier ministre Saad Hariri et l'effritement politique de la scène sunnite, ce bloc s'était érigé en principal représentant du pouls de la communauté. Sans oublier que le divorce entre M. Baarini et ses anciens alliés aura sans doute d'importantes répercussions électorales au Liban-Nord.

Si la décision de Walid Baarini a surpris certains milieux politiques, elle semblait attendue par les autres membres du groupe. « Nous avons divergé à plusieurs reprises sur la façon de traiter des dossiers de poids, dont celui de la nomination de Nawaf Salam », raconte le député du Akkar à L’OLJ, laissant ainsi entendre que l’affaire « Abou Omar » n’a fait qu’accélérer son départ. Une vision confirmée par l’un des membres du groupe. « Tout cela ne peut être expliqué que par les calculs électoraux de M. Baarini, ni plus ni moins », estime-t-il sous couvert d'anonymat. Dans les milieux du bloc de la Modération nationale, on souligne que Walid Baarini était au courant du fait que ses collègues Mohammad Sleiman et Sajih Attié ainsi que Hadi Hobeiche, secrétaire général du groupe et ex-député haririen, s’orientent vers la formation d’une liste électorale qui ne l’inclurait pas. « Walid Baarini risquerait de nous priver de certaines voix, notamment dans les régions chrétiennes du Akkar, où il n'est pas très populaire », estime l'un des trois membres de la liste en gestation. « Je formerai ma propre liste lors des élections », assure de son côté M. Baarini, qui pourrait également compter sur Ahmad Restom, député alaouite, qui n’a pas tardé à claquer lui aussi la porte du bloc en signé de solidarité.

« Le cœur sunnite bat toujours pour Hariri »

L’effondrement du bloc de la Modération nationale aura sans doute des conséquences tant au niveau de la communauté sunnite que sur le plan national. Et pour cause : depuis le retrait de Saad Hariri, ce bloc était la principale entité structurée à représenter les sunnites au Parlement. Les députés du groupe sont parvenus, dans ce contexte, à ouvrir des canaux de dialogue avec Riyad, gardienne historique de la communauté, au point de faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre lors de certaines échéances. À en croire un ancien ministre haririen, c’est principalement pour atteindre cet objectif que les députés en question ont formé ce groupe. « Mais le bloc a toujours été hétérogène dans la mesure où il rassemblait des figures qui ne convergeaient que sur la volonté de se forger une place sur l’échiquier politique », estime l’ancien ministre, affirmant que la Modération nationale « ne représentait pas vraiment la communauté sunnite ». Un point sur lequel il est rejoint par Karim Bitar, politologue. « Tout le monde sait que c’était un bloc artificiel qui n’a jamais représenté la communauté. D’autant plus qu’aucun de ses membres n’a d’envergure internationale », dit-il, rappelant que « le cœur de la rue sunnite bat toujours pour Saad Hariri », dont personne n’a pu combler le vide laissé en 2022.

Partant, quel sera l’avenir de la représentation politique des sunnites à l'heure où le courant du Futur maintient le flou quant à son intention de participer aux législatives ? « La nature a horreur du vide. C’est pour cela qu’aujourd’hui, les élites urbaines sunnites soutiennent Nawaf Salam qui a fait preuve de fermeté au sujet du monopole des armes », souligne Karim Bitar, remarquant que d’autres figures, dont Fouad Makhzoumi (député de Beyrouth), font de plus en plus parler d’elles. « Dans un tel contexte, il ne faut pas exclure la possibilité d’un retour de Nagib Mikati au Sérail », analyse-t-il. Mais Walid Baarini ne semble pas prendre en compte toutes ces considérations. « La participation ou le boycott du Futur ne m’affecte en rien, dit-il. C’est moi qui forme ma liste, et les autres me rejoignent. Et pas le contraire. »

Même ses membres le reconnaissent : le bloc de la Modération nationale est tombé à l’eau. Il a suffi que Walid Baarini (Akkar) s’en retire pour donner le coup de grâce à ce rassemblement de députés majoritairement sunnites ex-haririens. Dans la forme, cet effritement est l’une des conséquences directes de la fameuse affaire « Abou Omar », le prince saoudien présumé, qui serait entré en contact avec ces parlementaires, notamment lors des consultations parlementaires contraignantes pour la nomination du Premier ministre, en janvier 2025. Mais tout le monde en convient : ce scandale politico-médiatique a plutôt été un alibi offert à M. Baarini « pour se libérer » comme il l'a dit à L’Orient-Le Jour, à l'approche des législatives prévues en mai prochain.L'effondrement de la Modération nationale...
commentaires (2)

Comme tous les autres regroupements artificiels celui qui vient d’être dissous ne présageaient rien de bon pour notre pays, et pour cause? Un manque de patriotisme général de tous ces pseudos opposants qui ne rêvaient que d’une chose, pouvoir monnayer leur politique et adhérer aux plus offrants. Ça c’est notre pays depuis toujours. Il serait temps que les choses changent pour prétendre à une nation et un pays souverain sans l’ingérence des autres pays.

Sissi zayyat

13 h 24, le 08 janvier 2026

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Commentaires (2)

  • Comme tous les autres regroupements artificiels celui qui vient d’être dissous ne présageaient rien de bon pour notre pays, et pour cause? Un manque de patriotisme général de tous ces pseudos opposants qui ne rêvaient que d’une chose, pouvoir monnayer leur politique et adhérer aux plus offrants. Ça c’est notre pays depuis toujours. Il serait temps que les choses changent pour prétendre à une nation et un pays souverain sans l’ingérence des autres pays.

    Sissi zayyat

    13 h 24, le 08 janvier 2026

  • L’Arabie saoudite pourrait jouer un grand coup en ramenant hariri, un Hariri new look, pardonné pour sa clémence passée envers la milice iranienne. Curieux qu’elle n’ait pas saisi cette opportunité. Un atout de taille qui changerait bien de choses dans la ménagerie politique libanaise.

    NG

    06 h 15, le 08 janvier 2026

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