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Politique - Décryptage

Ce que l'affaire « Abou Omar » dit de la situation de la communauté sunnite au Liban


Le feuilleton de « Abou Omar et ses 40 victimes » n’est pas encore terminé, mais déjà un constat s’impose : il touche essentiellement la communauté sunnite au Liban. D’autant que son supposé parrain, cheikh Khaldoun Oraymet, est assez influent à Dar el-Fatwa. Les personnalités qui auraient le plus fait appel aux services du faux prince appartiennent aussi à cette communauté. Sans oublier que le suspect s'est fait passer pour un émir proche de la famille royale d’Arabie.

De prime abord, on peut donc se dire que c’est normal que la communauté sunnite soit la principale victime des agissements d’Abou Omar. Mais un examen plus approfondi de cette séquence inédite montre qu’il y a bien plus que cela. Selon des personnalités sunnites du Nord, Abou Omar et son parrain n’auraient pas pu réussir leur coup si la communauté sunnite du Liban, dans son ensemble, n’était pas dans un état d’effritement, ayant perdu ses repères, ses leaders et sa boussole. Mais le plus important reste le fait que cette communauté, traditionnellement tournée vers Riyad, s’est sentie orpheline après le refus saoudien de s’impliquer sur la scène libanaise.

Selon les informations disponibles, toute l’affaire Abou Omar a commencé par une tentative de consolider le pouvoir du cheikh Khaldoun Oraymet au sein de Dar el-Fatwa. Autrement dit les premières tentatives d’Abou Omar et de son parrain ont commencé dans ce milieu religieux, avec ce qui a été appelé « un souhait saoudien » de proroger le mandat de tel cheikh ou de désigner tel autre à ce poste, tout cela, selon les désirs et les intérêts de cheikh Khaldoun Oraymet.

Mais selon des figures sunnites, ce procédé n’aurait pas pu aboutir sans le vide laissé par l'Arabie saoudite au niveau de la scène sunnite. Selon certaines lectures, depuis 2019, dans la foulée du mouvement de protestation populaire, les Saoudiens ont officiellement déclaré leur intention de s'éloigner du Liban. Mais depuis cette date aussi, on entend régulièrement parler dans les médias d’une volonté saoudienne de lever, ne serait-ce que partiellement, l’interdiction d’investir au Liban. Il y a certes eu des initiatives concrètes, notamment la récente visite d’une délégation d’investisseurs saoudiens au Liban, précédée par la prise en charge du dossier libanais par l’émir Yazid ben Farhane, adjoint du ministre saoudien des Affaires étrangères, et épaulée par l’ambassadeur saoudien à Beyrouth, Walid Boukhari. Mais jusqu’à présent, ces initiatives restent à effet limité et une bonne partie de la classe politique libanaise s’emploie à essayer de se rapprocher des Saoudiens.

Mais le plus étonnant reste la véritable position saoudienne qui ne s’est jamais prononcée sur cette question, en dépit des sollicitations des médias libanais. L’émir Yazid et même l’ambassade pouvaient-ils ignorer les manigances d’Abou Omar ? N’ont-ils pas eu vent des décisions prises à la fois sur le plan politique et au niveau de Dar el-Fatwa en leur nom ? Y a-t-il une autre partie qui serait entrée sur scène, cherchant ainsi à tirer les ficelles dans la plus grande discrétion, en utilisant Abou Omar pour remplacer petit à petit l’influence saoudienne ? Dans certains milieux politiques sunnites, on parle ainsi d’un rôle des Émirats arabes unis qui n’ont jamais eu d’influence directe ni sur la communauté religieuse sunnite ni sur les politiciens de cette communauté. Abou Omar et son parrain auraient pu ainsi être utilisés. Pour l’instant, il n’y a pas encore de confirmation, mais l’enquête menée par la justice libanaise ne néglige aucune piste.

Mais ce qui est sûr, à ce stade, c’est qu’au cours des six dernières années, depuis le retrait officiel de l'ancien Premier ministre et principal leader sunnite, Saad Hariri, de la scène politique, la communauté ne parvient pas à se ressaisir et à retrouver ses repères. Elle est tiraillée entre de nombreux courants : la Turquie, la Syrie, l'Égypte et les États du Golfe. Ce tiraillement se fait ressentir, de Tripoli à Saïda, comme du Akkar à Kfarchouba. L’affaire Abou Omar n’est en réalité que le reflet de ces tiraillements qui neutralisent une communauté, au moment où le Liban traverse une période très difficile et a besoin de toutes ses composantes.

Le feuilleton de « Abou Omar et ses 40 victimes » n’est pas encore terminé, mais déjà un constat s’impose : il touche essentiellement la communauté sunnite au Liban. D’autant que son supposé parrain, cheikh Khaldoun Oraymet, est assez influent à Dar el-Fatwa. Les personnalités qui auraient le plus fait appel aux services du faux prince appartiennent aussi à cette communauté. Sans oublier que le suspect s'est fait passer pour un émir proche de la famille royale d’Arabie.De prime abord, on peut donc se dire que c’est normal que la communauté sunnite soit la principale victime des agissements d’Abou Omar. Mais un examen plus approfondi de cette séquence inédite montre qu’il y a bien plus que cela. Selon des personnalités sunnites du Nord, Abou Omar et son parrain n’auraient pas pu réussir leur coup si la...
commentaires (1)

Intéressant et vrai, les sunnites sont en manque de zaïm rassembleur. Le plus surprenant est que l’AS possède une arme de choix, saad hariri. Si elle veut, elle peut donner son feu vert à l’intéressé pour revenir sur la scène et jouer le nouveau rôle qui lui sera suggéré. Encore faut-il qu’on lui pardonne les concessions incroyables qu’il a données à la milice et qu’il veuille lui-même se lancer de nouveau dans l’arène.

NG

05 h 35, le 06 janvier 2026

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Commentaires (1)

  • Intéressant et vrai, les sunnites sont en manque de zaïm rassembleur. Le plus surprenant est que l’AS possède une arme de choix, saad hariri. Si elle veut, elle peut donner son feu vert à l’intéressé pour revenir sur la scène et jouer le nouveau rôle qui lui sera suggéré. Encore faut-il qu’on lui pardonne les concessions incroyables qu’il a données à la milice et qu’il veuille lui-même se lancer de nouveau dans l’arène.

    NG

    05 h 35, le 06 janvier 2026

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