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Politique - Témoignages

De Caracas à Beyrouth, la diaspora libanaise retient son souffle

Selon l'ambassade du Liban, aucun des quelque 300 000 émigrés n'a demandé à être rapatrié.

De Caracas à Beyrouth, la diaspora libanaise retient son souffle

Une rue quasi déserte de Caracas, le 4 janvier au lendemain de l'opération militaire américaine contre le président vénézuélien, Nicolas Maduro. Photo Federico Parra/AFP

« On échange quelques mots en arabe, mais ça reste dangereux. Tout est surveillé... » Depuis 72 heures, Raghida Néaïmé ne lâche pas les infos émanant de son pays natal, le Venezuela, qu’elle a quitté en 1998. Depuis le Liban, elle tente de s’enquérir auprès de sa famille toujours là-bas. Ses proches osent à peine évoquer la situation. Sur les groupes, ils reçoivent des messages d’avertissement : « Faites attention à ce que vous dites... » Je ne porte pas particulièrement les États-Unis dans mon cœur, mais si on peut avoir quelque chose de mieux que Maduro, je ne dis pas non ! » dit cette mère de famille dont le frère, Ziad, cadre du parti Vente Venezuela de l’opposante et prix Nobel Maria Corina Machado, est détenu depuis un an par le régime. « Si mon frère est libéré, je veux qu’il vienne au Liban », partage la sexagénaire.

Alors que le président déchu Nicolas Maduro comparaissait devant un tribunal fédéral de New York, deux jours après avoir été enlevé à Caracas lors d'une opération militaire américaine spectaculaire, les témoignages recueillis auprès de la diaspora libanaise installée au pays contrastent avec les scènes de joie manifestées par de nombreux Vénézuéliens en exil.

« J’avais l’impression d’être à Beyrouth »

La plupart des expatriés au Venezuela, contactés par L’Orient-Le Jour, ont ainsi refusé de parler, tandis que les rares qui ont accepté esquivent les questions « d’ordre politique », préférant s’attarder sur le récit de ces heures où le pays a basculé. La diaspora libanaise s’attendait à des frappes américaines après les menaces du président américain, Donald Trump. Mais « cette opération a choqué tout le monde… » raconte Layal*, qui s’est installée au Venezuela avec son époux il y a 24 ans.

Les bombardements qui ont ciblé la capitale et ses environs dans la nuit de vendredi à samedi restent gravés dans la mémoire de cette mère de famille de 44 ans : « Les maisons ont tremblé… ». Au moment des frappes, Armando Mourad est extirpé de son sommeil. « Après ça, j’entendais les avions dans le ciel. J’avais l’impression d’être à Beyrouth », raconte-t-il. « Jusqu’à maintenant nous sommes toujours sous le choc : on n'est pas habitués à ça ici… », souffle-t-il, avant d’évoquer sa stupeur face à l’enlèvement du président Maduro. « C’était un scénario hollywoodien », dit ce représentant local de l'Union libanaise culturelle dans le monde (ULCM), qui vit depuis 35 ans au Venezuela et tâche d’entretenir le lien avec leur terre d’origine des très nombreux émigrés installés, parfois depuis des générations, dans ce pays d’Amérique du Sud. Depuis plus d'un siècle et demi, le Venezuela a ainsi accueilli plusieurs vagues successives de migrants originaires du Liban, de Syrie et d'Arménie.

Et pour Armando, pas question de partir : « Nous étions plus sidérés qu’apeurés », dit-il, indiquant ne pas avoir envisagé de venir retrouver sa femme et ses enfants qui vivent au Liban. Il n’est pas le seul : sur les quelque 300 000 ressortissants au Venezuela recensés par l'ambassadrice du Liban, Nisrine Boukaram, aucun n'a joint la ligne d'urgence établie après l’opération américaine par le ministère des Affaires étrangères, affirme-t-elle. « Nous avons reçu seulement deux appels aujourd'hui (lundi 5 janvier, NDLR) : deux personnes qui voulaient faire une procuration... »

La veille, la capitale avait pourtant encore des airs de ville-fantôme, selon les habitants. Des quartiers sont restés plongés dans le noir, ou coupés du monde, faute de connexion internet. Seuls pharmacies et supermarchés ont ouvert leur porte. « Et ils fermaient plus tôt que d’habitude », raconte Diana Ghostine, une journaliste qui s’est installée au Venezuela il y a moins de quatre mois pour vivre avec son époux. Dimanche, la situation s’est « améliorée », selon elle. « Il n’y a peut-être pas autant de mouvement, mais c’est normal, les gens ne comprennent pas ce qui se passe. »

La famille de Issa, elle, continue d’observer les manifestations dans la capitale de leur balcon. « Ils ne savent pas si c’est anti ou pro-Maduro. Tout est confus », rapporte ce Libano-Vénézuélien. Lui vit à l’étranger mais sa famille, installée depuis les années 1950, réside toujours au Venezuela. Certains de ses proches sont toujours privés d’électricité et d’internet. Le jeune homme ne veut pas donner plus de détails sur son identité craignant des répercussions sur sa famille.

« On attend de voir »

Si certains confient voir une lueur d’espoir pour leur pays d’adoption, c'est l’incertitude qui est de mise pour l'écrasante majorité. « Nous pensions que le système allait changer. Il faut que des élections soient très vite organisées », déplore Raghida, alors que la vice-présidente du Venezuela Delcy Rodriguez a été nommée pour assurer l’intérim.

Après avoir exigé la libération de celui qu’elle a qualifié d’« unique président du Venezuela », puis directement menacée par Donald Trump de payer un prix « plus cher » que Maduro, la nouvelle dirigeante a affiché, hier, sa volonté de coopérer avec les États-Unis dans le cadre de relations « équilibrées et respectueuses (...) fondées sur l'égalité souveraine et la non-ingérence ».

« Nous ne savons pas ce qui nous attend. D’abord, les États-Unis nous parlaient de drogues, maintenant, ils parlent de pétrole », souffle Armando. « Le gouvernement avait ses problèmes, mais quand est-ce que les États-Unis sont réellement intervenus dans un pays et l’ont rendu meilleur ? Que Dieu ait pitié de Maduro », lâche pour sa part Dania, qui vit à Caracas et dont la famille est originaire de la banlieue sud de Beyrouth.

« Je suis quand même contente de savoir qu’il est parti. Le futur pourra difficilement être pire que ce que nous avons connu sous son joug », réagit pour sa part Manal Abou Jokh, qui vit depuis 25 ans au Venezuela mais est venue se faire soigner au Liban, les hôpitaux publics vénézuéliens étant jugés trop délabrés, et les cliniques privées trop chères. « Nous souffrons beaucoup depuis plusieurs années, en raison d’une inflation record et de l’absence de travail. Mais j’aurais préféré qu’il soit renversé par le peuple ou dans les urnes », dit-elle, dans un phrasé mêlant l’arabe et l’espagnol. Manal est pressée de rentrer à Caracas, où ses deux garçons de 24 et 20 ans sont restés : « J’attends que les vols reprennent depuis la Turquie. » De son côté Issa, lui, ne s’attend pas à ce que le « régime de Chavez » qui date de la fin des années 1990 ne soit « déraciné » de si tôt. « Ca va prendre beaucoup de temps », dit-il, alors qu’il n’a pas mis les pieds dans son pays natal depuis plus de 10 ans en raison de l’insécurité. « On a un slogan : Venezuela libre. J’espère vraiment que ça va être le cas… ».

*Le prénom a été modifié

« On échange quelques mots en arabe, mais ça reste dangereux. Tout est surveillé... » Depuis 72 heures, Raghida Néaïmé ne lâche pas les infos émanant de son pays natal, le Venezuela, qu’elle a quitté en 1998. Depuis le Liban, elle tente de s’enquérir auprès de sa famille toujours là-bas. Ses proches osent à peine évoquer la situation. Sur les groupes, ils reçoivent des messages d’avertissement : « Faites attention à ce que vous dites... » Je ne porte pas particulièrement les États-Unis dans mon cœur, mais si on peut avoir quelque chose de mieux que Maduro, je ne dis pas non ! » dit cette mère de famille dont le frère, Ziad, cadre du parti Vente Venezuela de l’opposante et prix Nobel Maria Corina Machado, est détenu depuis un an par le régime. « Si mon frère est libéré, je veux qu’il vienne au...
commentaires (2)

< le « régime de Chavez » qui date de la fin des années 1990 > wow, c'est autant que le régime béri ... 30 années assis, ça use ça use, ça use le pays!?

Wlek Sanferlou

16 h 29, le 06 janvier 2026

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Commentaires (2)

  • < le « régime de Chavez » qui date de la fin des années 1990 > wow, c'est autant que le régime béri ... 30 années assis, ça use ça use, ça use le pays!?

    Wlek Sanferlou

    16 h 29, le 06 janvier 2026

  • Si le Liban était devenu un lieu sûr pour les expatriés, ils seraient tous rentrés sans hésiter. Il se trouve que notre pays est menacé aussi d’une guerre que nos dirigeants peinent à nous épargner. Ils continuent de traîner les pattes en espérant un miracle alors tout va vers une fin tragique et destructrice pour cause de mollesse et de cupidité. On ne tient pas tête au pays le plus puissant du monde gouverné par un lunatique qui ne craint que les plus forts qui ne sont pas à sa portée. Notre pays est loin d’en faire partie.

    Sissi zayyat

    11 h 15, le 06 janvier 2026

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