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Lifestyle - La Mode

« Artisanat et humanité » au cœur des créations du Franco-Libanais Lucas Tremsal

À Gemmayzé, au cœur de l’Art District, le Franco-Libanais de 27 ans présente en ce moment une collection de prêt-à-porter masculine. L’occasion de découvrir un créateur rigoureux et minimaliste dans l’approche de la couture, instinctif pour tout le reste.

« Artisanat et humanité » au cœur des créations du Franco-Libanais Lucas Tremsal

Lucas Tremsal, des vêtements durables, porteurs de sens. Photo fournie par Lucas Tremsal

Son vestiaire ne cherche ni l’effet ni la démonstration, mais l’évidence d’un rapport au vêtement pensé dans la durée, dans le geste et dans l’humain. Si Lucas Tremsal se définit aujourd’hui comme un créateur ancré entre Paris et Beyrouth, son histoire commence ailleurs. Né d’une mère libanaise et d’un père français, il a grandi au Mali avant de passer son adolescence au Liban, pays où il dit s’être véritablement découvert. Une enfance traversée par les déplacements, les croisements culturels, les allers-retours entre Orient et Occident. Autant de strates qui nourrissent aujourd’hui son imaginaire. Très tôt, la création devient son refuge. Enfant solitaire, Lucas invente des mondes qui n’existent que dans sa tête, nourris par les récits, les films et les images. Ces univers intimes se glissent dans le quotidien : le linge de maison devient matière à transformation, la malle à déguisements un terrain d’expérimentation, l’armoire de sa mère un premier vestiaire à observer. « Je rêvais de devenir styliste », dit-il simplement. La mode s’impose alors comme une évidence, non comme une ambition sociale, mais comme un langage.

Trois territoires de cœur

Pourtant, conscient très tôt de la réalité d’une industrie dominée par le business, Lucas choisit d’abord une voie stratégique. Il étudie à l’International Fashion Academy de Paris, obtient un bachelor en marketing de mode et décide de remettre la création à plus tard. «Je voulais être designer, mais le monde est orienté business », explique-t-il. Cette mise à distance, loin d’éteindre son désir, le structure. Ses débuts créatifs prendront forme, par la suite, entre trois territoires qu’il considère comme ses pays de cœur : Paris, l’Afrique et Beyrouth. Depuis ses premières collections, Lucas Tremsal a signé quatre collections couture, toutes shootées entre ces trois places, comme autant de points d’ancrage affectifs et esthétiques. Aujourd’hui, il présente à Beyrouth ce qu’il considère comme sa première véritable collection de prêt-à-porter. Une étape fondatrice pour ce puriste qui trouve au Liban une équipe à la hauteur de son exigence.

Cette collection est pensée pour l’homme, construite et coupée avec précision, mais elle se laisse librement approprier par les femmes. Photo fournie par Lucas Tremsal
Cette collection est pensée pour l’homme, construite et coupée avec précision, mais elle se laisse librement approprier par les femmes. Photo fournie par Lucas Tremsal

« Je crée comme quand j’étais petit »

Cette collection est pensée pour l’homme, construite et coupée avec précision, mais elle se laisse librement approprier par les femmes. « Malgré mes affinités avec la mode féminine, je me retrouve de plus en plus dans la mode masculine », confie-t-il. Un glissement qui n’a rien d’un renoncement : plutôt une recherche d’épure, de structure, de mouvement. Chez Lucas Tremsal, l’inspiration dépend du champ (couture ou prêt-à-porter) mais reste fondamentalement instinctive. « Je crée comme quand j’étais petit », dit-il. Il imagine encore des mondes pour créer. Le corps humain est au centre de son travail : il aime dévoiler ce qui est habituellement caché, jouer avec l’intérieur du vêtement, ses armatures, ses lignes de tension. La corsetterie, les structures, les volumes l’obsèdent. Ses références sont multiples et assumées : les rois du Moyen-Âge et leur apparat, le punk latent que l’on peut y déceler, le surréalisme, la nature, la faune, la flore. Il se nourrit d’anti-héros, de figures marginales et imagine ses vêtements en mouvement, portés, dansés, habités sur scène. Parfois, il laisse simplement son crayon errer sur la feuille : naissent alors ses robes « coup de crayon », formes spontanées dictées par le geste. Subjectivement, Lucas se reconnaît dans des racines africaines autant que dans son cœur libanais. La musique joue un rôle essentiel dans son processus créatif : elle agit comme un déclencheur d’images, de formes et de couleurs. « En écoutant une bonne musique, je peux me mettre dans n’importe quel monde », dit-il. Le prêt-à-porter, lui, répond à une autre nécessité. Lucas y cherche la fonctionnalité, toujours couplée à une intention. Il crée des vêtements « pratiques, cool, accessibles », des basiques intemporels adaptés à notre époque, pensés pour des personnes actives, en mouvement, qui ont du style. Chaque pièce est conçue pour durer, être aimée, réparée. « Je ne veux surtout pas dire aux gens comment ils doivent s’habiller. Je veux les amener à la découverte d’un style », affirme-t-il. « Le client devient alors partie prenante de la discussion créative ; son choix est intentionnel, conscient », souligne le créateur.

Des vêtements durables, porteurs de sens

Bien qu’il ait commencé à Paris, la totalité de la production de Lucas Tremsal est aujourd’hui réalisée au Liban. Cette collection de prêt-à-porter est entièrement fabriquée localement. Au fil du temps, il a trouvé à Beyrouth des artisans qualifiés et passionnés, avec lesquels il construit un dialogue quotidien. « Il m’a fallu du temps et de l’énergie, mais j’ai trouvé des gens avec qui je suis heureux de travailler tous les jours », confie-t-il. Ensemble, ils donnent naissance à des vêtements durables, de qualité, porteurs de sens. Si sa palette privilégie le noir, en couture comme en prêt-à-porter, c’est parce qu’il y voit « le symbole de l’élégance, mais surtout un point de départ indispensable ». Il cite Yves Saint-Laurent : « Le noir est mon refuge, le noir est un trait sur la page blanche. » Comme c’est la première couleur qu’il prend pour dessiner, elle se retrouve naturellement dans ses créations, précise-t-il. Son prêt-à-porter, en particulier, se confine dans une palette neutre avec des variations sur la transparence et la brillance avec des nuances de marron et de kaki. En revanche, sa couture ne se pose aucune limite.

La totalité de la production de Lucas Tremsal est aujourd’hui réalisée au Liban. Photo fournie par le designer
La totalité de la production de Lucas Tremsal est aujourd’hui réalisée au Liban. Photo fournie par le designer

Mettre en lumière la beauté du fait-main

Avant de fonder sa maison, Lucas Tremsal a travaillé chez Chanel, à la direction artistique parfums-beauté. Passionné par le parfum, il considère l’univers olfactif comme un pilier fondamental de la création, capable de générer des émotions et de construire une image. Il établit un parallèle direct entre parfum, musique et mode : des sources d’inspiration faites de souvenirs, de sensations, de paysages mentaux. La nature, la faune et la flore, déjà présentes dans ses vêtements, sont aussi des constituants essentiels du parfum. Cette expérience fut la dernière avant l’ouverture de sa marque éponyme. Son label naît d’une conviction forte : face à une industrie en perpétuelle accélération, à quoi bon créer à toute vitesse ? Sa marque s’inscrit ainsi dans l’héritage de la couture telle qu’elle existait autrefois, avant d’en détourner les codes vers une création plus fonctionnelle. Aujourd’hui, Lucas Tremsal est une griffe qui met en lumière un savoir-faire de qualité et des intemporels associés à un service sur mesure.

Dans un monde façonné par les tendances, Lucas Tremsal préfère que le vêtement soit un choix durable. Mettre en lumière la beauté du fait-main, révéler les gestes, les histoires et les émotions cachées derrière une pièce conçue pour durer et être aimée : telle est son ambition. Parmi les pièces phares de la collection présentée à Gemmayzé, le manteau de base incarne cette philosophie. Défini par une patte de boutonnage signature au dos et des boutonnières intégrées, il se veut l’essentiel du quotidien, celui que l’on enfile quand on est pressé. À ses côtés, une veste ajustée et un pantalon patchwork en laine feutrine, pensés comme des vêtements qui donnent confiance, qui accompagnent le corps sans l’entraver.

Son vestiaire ne cherche ni l’effet ni la démonstration, mais l’évidence d’un rapport au vêtement pensé dans la durée, dans le geste et dans l’humain. Si Lucas Tremsal se définit aujourd’hui comme un créateur ancré entre Paris et Beyrouth, son histoire commence ailleurs. Né d’une mère libanaise et d’un père français, il a grandi au Mali avant de passer son adolescence au Liban, pays où il dit s’être véritablement découvert. Une enfance traversée par les déplacements, les croisements culturels, les allers-retours entre Orient et Occident. Autant de strates qui nourrissent aujourd’hui son imaginaire. Très tôt, la création devient son refuge. Enfant solitaire, Lucas invente des mondes qui n’existent que dans sa tête, nourris par les récits, les films et les images. Ces univers intimes se glissent...
commentaires (3)

Bravo Lucas! Je ne suis pas surprise du tout de ton succès Je me rappelle que tu avais ce don de création quand tu étais encore un tout petit garçon, au Mali! Le talent ne s’invente pas, c’est inné!

Krystyna Naufal

02 h 05, le 05 janvier 2026

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Commentaires (3)

  • Bravo Lucas! Je ne suis pas surprise du tout de ton succès Je me rappelle que tu avais ce don de création quand tu étais encore un tout petit garçon, au Mali! Le talent ne s’invente pas, c’est inné!

    Krystyna Naufal

    02 h 05, le 05 janvier 2026

  • Superbe article qui mets des mots sur ce que l’on ressent quand on voit ton travail. Bravo Lucas

    Karim Ghammache

    20 h 00, le 04 janvier 2026

  • Bravo et bonne continuation

    Saliba Patricia

    17 h 30, le 04 janvier 2026

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