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L’axe Israël-Émirats ou le nouveau cauchemar de MBS


Il faut croire que l’année 2025 au Moyen-Orient n’était pas assez riche en matières de crises, de retournements d’alliances et de recompositions géopolitiques aux yeux de l’homme fort des Émirats arabes unis, Mohammad ben Zayed. Et que pour être complète, elle devait se finir en beauté par un bras de fer, sans précédent à ce niveau-là, avec son frère ennemi, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane. Pour que Riyad en vienne à accuser publiquement Abou Dhabi « d’agir de façon extrêmement dangereuse » et plus encore pour qu’il lui donne un ultimatum de 24 heures pour se retirer du Yémen, c’est que la crise avait atteint un très haut niveau de gravité aux yeux du royaume. Dans le Golfe, encore plus qu’ailleurs, on ne lave habituellement pas son linge sale en public. Mais MBS pouvait-il agir autrement face à un voisin qui, fort de son alliance stratégique avec Israël, cherche à remodeler une partie du Golfe et de la Corne de l’Afrique à son avantage ? Soutien aux forces paramilitaires d’Hemetti au Soudan, soutien aux forces sécessionnistes du Sud au Yémen, construction d’une base militaire au Somaliland, présence militaire dans l’île de Socotra… Le projet de MBZ n’est pas nouveau, mais il a pris ces dernières semaines une allure encore plus agressive avec la conquête de larges pans de territoires par les forces sécessionnistes au Yémen et la reconnaissance par Israël du Somaliland. MBZ est allé trop loin, menaçant directement la sécurité du royaume et ses projets de stabilisation régionale. Face au rappel à l’ordre du grand frère saoudien, Abou Dhabi n’avait d’autre choix que de reculer et d’annoncer rapidement le retrait de ses troupes au Yémen. Un scénario dans lequel Abou Dhabi, et plus encore Dubaï, serait en crise ouverte avec Riyad avec tous les risques, y compris militaires, que cela implique paraît encore suffisamment fou pour que MBZ ne s’y aventure pas. Pour l’instant, c’est un sérieux camouflet pour les Émirats. Mais cette crise n’est pas finie, elle va laisser des traces profondes et elle est déjà riche en enseignements.

Les relations entre les deux princes s’étaient déjà détériorées ces dernières années en raison de la rivalité de leurs projets économiques, de leur compétition pour avoir l’oreille de Washington et de leurs divergences d’orientations géopolitiques sur plusieurs théâtres de conflits. Le 7-Octobre et la grande recomposition qui s’en est suivie, à l’ombre de la guerre génocidaire de Gaza, ont mis ces tensions en veilleuse, le Golfe étant contraint de montrer un visage d’unité pour avoir son mot à dire et se protéger de la déflagration régionale. Mais l’alliance entre les deux Spartes, Israël et les Émirats, a non seulement survécu au 7-Octobre – même si Abou Dhabi a dû muscler le ton sur la colonisation israélienne de la Cisjordanie –, elle s’est même vu pousser des ailes dans un contexte doublement marqué par le retrait relatif des États-Unis et par le retour de la loi du plus fort comme seul fondement de l’ordre international. Israël exerce désormais une hégémonie militaire – et non politique – sur toute la région, à l’exception de la Turquie, et les Émirats arabes unis veulent en être le principal partenaire. Si l’on met de côté la situation en Cisjordanie et, dans une moindre mesure, le dossier syrien, l’alliance entre Tel-Aviv et Abou Dhabi repose sur une vision stratégique commune, mais aussi sur des affinités idéologiques et des intérêts économiques.

L’Arabie de MBS, qui voulait s’affirmer comme la principale puissance du Golfe et du monde arabe et qui prône désormais la stabilité à l’échelle de toute la région, voit ses intérêts sérieusement menacés par l’axe Tel-Aviv-Abou Dhabi. C’est le premier enseignement de cette crise et sans doute le plus important. Cela poussera-t-il le royaume à se rapprocher encore davantage de la Turquie, l’adversaire le plus sérieux de cet axe dans la région ?

Le deuxième enseignement, déjà visible au moment de l’embargo lancé sur le Qatar en 2017, c’est qu’en l’absence d’un shérif américain mettant de l’ordre dans la maison, la compétition entre les puissances golfiques éclate désormais au grand jour, fissurant l’unité de façade entre ses membres. Or, plus les puissances du Golfe sont en conflit les unes avec les autres, plus cela se répercute à l’échelle de la région, chacune soutenant ses proxies sur les différents théâtres de confrontation, et plus cela profite par ailleurs aux autres acteurs non arabes – Iran, Turquie, Israël – pour avancer leurs pions au Moyen-Orient. Washington est-il intervenu pour venir à la rescousse de son allié saoudien, accueilli en grande pompe à la Maison-Blanche il y a quelques semaines, et mettre Abou Dhabi au pas ? C’est la grande inconnue de cette séquence pour le moment.

On en vient justement à la troisième leçon, la plus douloureuse pour l’Arabie. Malgré toute sa puissance financière, politique et symbolique, le royaume demeure beaucoup trop dépendant de son alliance avec les États-Unis, y compris pour faire régner la loi dans sa propre zone d’influence en l’absence d’un hard power digne de ce nom. Certes, Abou Dhabi a reculé, mais est-il prêt pour autant à remettre en question toute la stratégie qu’il a tissée pendant de longues années pour les beaux yeux de Riyad ? Rien n’est moins sûr. Et le simple fait que le royaume ait dû en arriver là pour se faire respecter montre à quel point il n’est pas suffisamment armé pour une époque façonnée par les prédateurs qui ne comprennent que le pur et simple rapport de force. Riyad doit punir l’hubris d’Abou Dhabi pour s’imposer comme une puissance régionale et même internationale. Mais comment le faire sans recourir à la force et sans l’aide de son allié américain ?

En rompant avec le wahhabisme, MBS a révolutionné son pays comme aucun autre dirigeant du monde ne l’a fait ces dernières décennies. Il l’a rendu plus moderne, plus libéral, mais aussi plus autoritaire, plus nationaliste, et dans un premier temps plus interventionniste. Mais le succès de cette révolution sur le long terme dépend à la fois de la capacité du royaume à réinventer son modèle économique pour préparer l’après-pétrole (les résultats sont pour le moins mitigés à ce niveau pour le moment) et à devenir une véritable puissance régionale autonome dans un environnement beaucoup plus instable que par le passé. Pourra-t-il y parvenir sans normaliser ses relations avec Israël ? Pour l’instant, le compte n’y est pas. L’ennemi iranien a un genou à terre, mais l’axe Tel-Aviv-Abou Dhabi pourrait bien devenir le nouveau cauchemar de MBS. À moins que Donald Trump ne signe la fin de la récréation.

Il faut croire que l’année 2025 au Moyen-Orient n’était pas assez riche en matières de crises, de retournements d’alliances et de recompositions géopolitiques aux yeux de l’homme fort des Émirats arabes unis, Mohammad ben Zayed. Et que pour être complète, elle devait se finir en beauté par un bras de fer, sans précédent à ce niveau-là, avec son frère ennemi, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammad ben Salmane. Pour que Riyad en vienne à accuser publiquement Abou Dhabi « d’agir de façon extrêmement dangereuse » et plus encore pour qu’il lui donne un ultimatum de 24 heures pour se retirer du Yémen, c’est que la crise avait atteint un très haut niveau de gravité aux yeux du royaume. Dans le Golfe, encore plus qu’ailleurs, on ne lave habituellement pas son linge sale en public. Mais...
commentaires (6)

L’état Hébreu le plus grand gagnant dans toute cette affaire! Le Bibi encaisse les victoires dans la région en semant le chaos partout grâce à son partenaire américain qui lui a donné carte blanch et en même temps signe des accords avec les monarchies du golfe qui eux se ruent l’un après l’autre pour lui faire plaisir!

PT

19 h 56, le 05 janvier 2026

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Commentaires (6)

  • L’état Hébreu le plus grand gagnant dans toute cette affaire! Le Bibi encaisse les victoires dans la région en semant le chaos partout grâce à son partenaire américain qui lui a donné carte blanch et en même temps signe des accords avec les monarchies du golfe qui eux se ruent l’un après l’autre pour lui faire plaisir!

    PT

    19 h 56, le 05 janvier 2026

  • Avec Permission SVP : A Toutes et Tous a L,OLJ, a Toutes et Tous les Internautes, a Toutes Et Tous mes Concitoyens Libanais, a Toutes et Tous de par le monde : Je souhaite une Bonne Annee 2026 pleine de Sante, de Paix, de Joie et de Prosperite.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    11 h 15, le 31 décembre 2025

  • L,Abrahamisation des Arabesques au service de l,Hegemone Israelien dans toute son opulence. L,Iraq et la Syrie vont s,Abrahamiser prochainement. Egypte et Jordanie sont liees par des accords de reconnaissance avec L,Hegemone de la region, ou le Turc ( ER-DO ) essaie de se procurer une miette impossible car considere de front aujourd,hui Ennemi numero UN de l,Hegemone Israelien. Le Liban par la force des choses. L,Arabie (MBS) jure que sans un Etat Palestinien, fut-il fromage troue de mille trous (GRUYERE) elle ne s,Abrahamisera pas et veut un role egal a celui de l,Hegemone.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 58, le 31 décembre 2025

  • Comme quoi la puissance économique pousse à des ambitions politiques. Abu dhabi était un havre de stabilité , de neutralité et de richesses , et voilà qu’il s’immisce dans des projets hégémoniques, qui jusqu’à là étaient reservés au grand frère saoudien. Décidément Israël fout la pagaille partout, et avec succès je vous prie.

    NG

    06 h 21, le 31 décembre 2025

  • Pourquoi les USA de Trump et Israel doivent ils dicter leurs diktats comme bon leurs semblent, d’autant que le sioniste Netanyahu est considéré comme un meurtrier génocidaire et condamné par la CPI pour genocide et Trump qui ne cesse de mentir sur l’affaire Epstein et de vouloir imposer son hégémonie à titre personnel et non aux intérêts des États Unis d’Amérique. MBZ a franchi un mauvais cap en suivant Trump dans ses accords d’Abraham malgré l’écrasante majorité de son peuple et que MBS pense lui, a souder les liens avec tous les pays du golfe et des musulmans.

    Mohamed Melhem

    06 h 10, le 31 décembre 2025

  • Dans tout ça, il faut voir la maxime qui est " diviser pour régner ", doctrine fondamentale d'Israël, à l'intérieur comme dans toute la région. Et on demande un "désarmement" à l'heure quand la région bouillonne comme une cocotte (???)

    Raed Habib

    01 h 38, le 31 décembre 2025

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