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Culture - Photo

De prodige de Wall Street à chasseur d’images : la double vie d’Erik Hadifé

Le jeune financier expose à Beyrouth le regard nocturne d’un « nightcrawler » que l’art a fini par appeler.

De prodige de Wall Street à chasseur d’images : la double vie d’Erik Hadifé

Vue de « Nightcrawler », la première exposition solo d’Erik Hadifé, présentée à Union Marks, à Bourj Hammoud. Avec l'aimable autorisation de l'artiste

À 27 ans, le parcours d’Erik Hadifé a tout de celui d’un jeune premier. Le genre d’enfant dont les parents aiment vanter les mérites lors des réunions familiales. Après des études à la prestigieuse London School of Economics puis au MIT (Massachusetts Institute of Technology), le Beyrouthin décroche un poste de consultant financier à New York.

Pendant cinq ans, il arpente les espaces ouverts de Wall Street. « Mais l’emploi dans la sphère corporate (entreprise), ce n’était pas ma tasse de thé, explique-t-il. J’ai eu un besoin d’extérioriser par des pulsions créatives. » Petit à petit, après le travail, Erik Hadifé commence à prendre des photos avec son smartphone dans la rue, les montre à des amis qui l’encouragent à continuer. En 2024, il finit par s’acheter un appareil photo avec sa « corporate money » (les revenus de son emploi en entreprise).

Cette pulsion devient alors une obsession. Pendant un an, le jeune financier consacra la majorité de son temps libre à la photo. Naîtra alors « Nightcrawler », sa première exposition en solo, visible jusqu’au 11 janvier à Union Marks (Bourj Hammoud), une rétrospective de ses captures nocturnes dans la ville qui ne dort jamais.

Erik Hadifé dans un portrait datant de 2023. Photo Instagram/Erik Hadifé
Erik Hadifé dans un portrait datant de 2023. Photo Instagram/Erik Hadifé

Chasseur d’images

À la vue des soixante photos que réunit « Nightcrawler », on peut observer une fascination d’Erik Hadifé pour la lumière artificielle. « Je travaillais comme un animal à New York, souvent de neuf heures du matin à minuit. C’était donc impossible pour moi de prendre des photos de jour. Mais la vraie raison, c’est que j’étais beaucoup plus inspiré la nuit », explique-t-il.

Sous les néons de Chinatown ou la lumière blanche aseptisée du métro new-yorkais, les ouvriers de nuit et autres noctambules sont capturés sur le vif. « Je me suis intéressé à la lumière urbaine parce que j’ai découvert qu’elle mettait les gens sous les projecteurs sans qu’ils le sachent, raconte le photographe. Elle éclaire de manière brute et révèle des scènes non voulues. C’est cette tension que j’aime ».

Un « chaos visuel » chassé pendant un an qu’il fallait alors transmettre au spectateur sans fioriture. « Je ne voyais pas mes photos être exposées dans une galerie traditionnelle, sur des murs blancs, sans musique, où l’on est souvent mal accueilli. Je voulais quelque chose de plus expérimental », explique l’artiste. Il a alors imaginé une expérience sensorielle globale dans un bar festif très fréquenté, où les gens n’ont pas à pousser la porte d’une galerie d’art. Éclairées elles-mêmes par des néons, les photos y sont imprimées sur des planches en bois, agrémentées de citations imaginées par l’artiste, le tout sur un fond musical pensé pour l’exposition.

En parallèle de cette première exposition, l’artiste a choisi de dévoiler au public libanais ses premières expérimentations en exposant ses photos prises à l’iPhone, aux côtés d’une quarantaine d’autres artistes libanais dans le cadre de l’événement Art Affair, à Monnot.

Quitter Wall Street

Cela fait deux mois qu’Erik Hadifé a quitté son travail de consultant pour se consacrer à la photo. Fils du réalisateur Marc Hadifé et frère de l’artiste vidéaste Karl Hadifé, il n’a pas eu de mal à expliquer sa décision à ses proches. « Ils m’ont dit : “Tu as le talent qu’il faut, saisis l’occasion. Tes diplômes, eux, ne disparaîtront pas” », raconte l’artiste libanais, aujourd’hui revenu vivre à Beyrouth.

À New York, Erik Hadifé capte la nuit à l’iPhone, dans l’une de ses premières expérimentations. Avec l'aimable autorisation de l'artiste
À New York, Erik Hadifé capte la nuit à l’iPhone, dans l’une de ses premières expérimentations. Avec l'aimable autorisation de l'artiste

Il ajoute : « Nightcrawler, c’était un test. » Après avoir reçu de bons retours, il imagine aujourd’hui ce que pourrait être sa vie à New York s’il se consacrait pleinement à la photo, avec l’envie de rendre l’art accessible à un public plus jeune. Inquiet de l’incertitude de son retour, liée à la politique sévère de Donald Trump pour l’obtention d’un visa américain, il relativise : « On ne sait pas quand la vie nous prendra. Je peux aussi tomber amoureux du Liban à nouveau et ne plus vouloir le quitter. »

Nightcrawler — visible du 18 décembre au 11 janvier à Union Marks, Bourj Hammoud.

À 27 ans, le parcours d’Erik Hadifé a tout de celui d’un jeune premier. Le genre d’enfant dont les parents aiment vanter les mérites lors des réunions familiales. Après des études à la prestigieuse London School of Economics puis au MIT (Massachusetts Institute of Technology), le Beyrouthin décroche un poste de consultant financier à New York.Pendant cinq ans, il arpente les espaces ouverts de Wall Street. « Mais l’emploi dans la sphère corporate (entreprise), ce n’était pas ma tasse de thé, explique-t-il. J’ai eu un besoin d’extérioriser par des pulsions créatives. » Petit à petit, après le travail, Erik Hadifé commence à prendre des photos avec son smartphone dans la rue, les montre à des amis qui l’encouragent à continuer. En 2024, il finit par s’acheter un appareil photo avec sa « corporate...
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Mireille Braidy

07 h 42, le 29 décembre 2025

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  • Bravo

    Mireille Braidy

    07 h 42, le 29 décembre 2025

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