Image générée par l’intelligence artificielle.
Il y a deux certitudes au Liban : Noël revient chaque année, et la diplomatie familiale reste un art de guerre subtil. On promet pourtant toujours de faire simple. Cette fois, on mangera en silence. Cette fois, on sera adultes. Mais, cette fois, et comme toutes les autres, le Hezbollah, la crise économique, la guerre et leurs copains finiront par s’inviter. Et c’est généralement là que ça dérape. La perspective de ces discussions vous angoisse ? Vous ne savez jamais quoi dire ni quand hocher la tête? On vous guide, plat par plat, pour sortir du dîner indemne (ou presque).
On commence par parler de la nourriture, terrain neutre croit-on, jusqu’à ce qu’un convive observe que « tout a augmenté ». L’économie est entrée dans la pièce. Elle ne repartira plus.
On mastique encore le constat sur les prix quand la conversation glisse naturellement vers les enfants. Les écoles, surtout. Pas l’éducation – les écoles. Les listes d’attente, les choix « qui ouvrent des portes ». « Nous, on a hésité. » Personne ne demande entre quoi et quoi. Le silence fait le tri.
Puis viennent les apparences. Neemat Aoun. Pas l’école, pas les initiatives, le tailleur. Morgan Ortagus qui saute entre Israël et le Liban pour finir chez le coiffeur, « Est-ce que ce balayage est diplomatique ? » La chirurgie plastique, lobbying facial. « Encore un petit lift et on signe un accord de paix. » Tout est calculé, tout est pratique et moral. Chacun hoche la tête, préparant le menu des entrées.
On vous guide :
La visite du pape : terrain sûr.
L’intelligence artificielle : pas en entrée.
Le féminisme : interdit.
Fadl Chaker : salafisme, oui. Son dernier album : non.
Le Liban-Sud : ben voyons, attendez au moins la dinde.
La thérapie : oui, sans diagnostic.
La politique finit quand même par s’infiltrer, par fatigue plus que par conviction. « On ne peut pas continuer comme ça. »
– « Continuer comment ? »
– « Justement. »
Le désarmement du Hezbollah est évoqué comme une réforme qu’on approuve en théorie et qu’on repousse en pratique. « Il faut un État fort. »
– « Fort comment ? »
On frôle la normalisation sans jamais la nommer.
– « Ça se fait ailleurs. »
– « Pas ici. »
– « Pas encore. »
Les complotistes s’échauffent. On coupe la dinde :
Leila Abdellatif : oui.
Israël : suicidaire, mais inévitable. La guerre : en hypothèse.
Le Hezbollah : avec des gants.
Tom Barrack : jamais à Tripoli.
Le wokisme : attention.
Le désarmement : conceptuel, abstrait, plus tard dans la soirée.
Le FMI : sans chiffres, avec des pincettes.
Ahmad el-Chareh : en petites doses, sans contexte.
La guerre civile : il faut être suicidaire.
Le sexe : allusif, jamais descriptif.
Nabih Berri : Randa.
Les identités, ensuite. Pas politiques, psychologiques. « Il traverse quelque chose. » « Elle est en burn-out. » Chacun est un peu Jekyll, un peu Hyde, un peu chardonnay. Le trouble, manière élégante d’exister sans avoir à argumenter.
On boit. Les États-Unis passent comme un phénomène climatique. « Ils influencent. » « Ils regardent. » « Ils laissent faire. » Tout est vrai, donc inutile.
Sarkozy est là. « Lequel ? » L’écrivain, évidemment. « Un président en prison ! » 100 000 exemplaires vendus. « Zemmour c’était bien meilleur quand même. »
Le cousin complotiste prend la parole. Il a fait ses recherches. « Bill Gates contrôle mamie avec une puce. » Contredire est inutile. « Les panneaux solaires aussi sont complices. » La vérité, ici, se mesure au volume et à la conviction.
Place au dessert, vous êtes bientôt délivrés :
Morgan Ortagus : chez Fadi el-Moundalek, oui.
Justin Trudeau et Katy Perry : oh oui !
L’alunissage : ne jamais regarder le cousin complotiste droit dans les yeux.
Le 11 septembre : idem.
Riad Salamé : toujours.
La restructuration bancaire : en dernier recours.
La diaspora arrive tard, comme prévu. « Ils devraient voter. »
– « Ils ne vivent pas ici. »
– « Ils envoient de l’argent. »
« ChatGPT dit que… »
La clé, finalement, n’est pas d’éviter les sujets sensibles. C’est un exercice d’évitement collectif, savoir quand se taire. Et c’est souvent juste avant que quelqu’un ne dise : « Non mais soyons honnêtes. ».
Curieusement, Trump reste une valeur refuge. Suffisamment absurde pour faire consensus. Une figure cathartique. Une pause. Trump, et les projections de Michel Hayek.






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Article amusant
13 h 54, le 22 décembre 2025