En compagnie de Chloé Khoury, artiste visuelle qui a illustré « Zadig et Zoé », lors de la rencontre avec les lycéens suivie d’une séance de dédicace au collège mariste Notre-Dame de Lourdes à Amchit le 5 décembre 2025. Photo DR
L’écriture, Carole Awit l’a dans la peau. Si cette auteure a adressé à la jeunesse ses trois premiers ouvrages dont le dernier, Pou, hibou, caillou, sorti en 2019, fait partie du programme pédagogique de nombreux établissements scolaires, elle publie cette année un roman et un recueil de poèmes destinés à un public plus large, tout en maintenant un lien particulier avec les jeunes.
Ainsi, le 5 décembre, participant à « La journée des mots » au collège mariste Notre-Dame de Lourdes à Amchit, elle présente aux lycéens les coulisses de son roman de littérature générale, Zadig et Zoé, publié en janvier, aux éditions L’Harmattan dans la collection Lettres d’ailleurs – Monde arabe, avec Chloé Khoury, artiste visuelle qui en a signé les illustrations. « Les lycéens étaient curieux de savoir comment l’autrice et l’artiste construisent ensemble un univers cohérent et sensible, comment un texte romanesque peut être complété par des illustrations, ce qui est assez rare dans le monde de l’édition », note Carole Awit. Soulignant l’importance des rencontres littéraires organisées dans les établissements scolaires, elle ajoute que ces activités « replacent le livre au centre d’un échange vivant ». « Pour nous, auteurs et artistes, c’est une chance de voir nos œuvres résonner autrement, à travers le regard des lycéens. Mais surtout, ces rencontres rappellent que les jeunes sont des interlocuteurs exigeants, curieux, capables d’interpréter, de questionner, de dialoguer avec les auteurs et les illustrateurs avec une finesse parfois inattendue. Ces moments de partage directs, sincères, stimulants sont pour moi l’un des plus beaux prolongements du travail littéraire », assure l’auteure. Relatant la traversée initiatique de deux adolescents « fragilisés qui tentent de survivre à la perte, aux stigmates du traumatisme et aux turbulences dans un pays en crise », Zadig et Zoé s’ancre dans la réalité libanaise. Au-delà de l’explosion au port de Beyrouth, le 4 août 2020, ce roman de soixante-dix pages évoque « la perte, le deuil, la résilience et le désir de reconstruction » qui lient les Libanais, sujets à des tragédies successives. « À travers le passage de l’adolescence à l’âge adulte de deux jumeaux liés par une souffrance commune, je m’attarde sur la possibilité de grandir parmi les ruines et de se reconstruire malgré les aléas de la vie. Les illustrations en noir et blanc qui accompagnent le texte confèrent au roman une dimension onirique et permettent de sublimer la douleur dont il est question dans de nombreux passages de l’histoire », explique Carole Awit, qui est également journaliste.
La littérature, un lieu de partage et de compréhension
Par ailleurs, l’auteure a présenté au grand public ce roman, au cours de deux rencontres-dédicaces, dans le cadre de la 3e édition du festival Beyrouth Livres, organisée par l’Institut français du Liban et l’École supérieure des affaires (ESA) en octobre. « Les échanges avec les lecteurs, jeunes ou adultes, nourrissent ma pratique d’écrivaine autant qu’ils renforcent ma conviction que la littérature permet de créer des ponts entre les gens, d’ouvrir des chemins, de donner voix à ce qui nous traverse. J’ai pu mesurer, par exemple, combien la lecture de Zadig et Zoé a pu toucher certains », affirme-t-elle.
De même, toujours dans le cadre du festival, Carole Awit a rencontré des élèves du collège de la Sainte Famille française – Jounieh et du collège Mar Antonios des sœurs antonines à Khaldié, échangeant autour de son activité d’écrivaine, de son rapport à l’écriture journalistique ainsi que des sujets qu’elle a développés dans ses ouvrages. « Dialoguer avec les élèves autour de l’écriture, du journalisme, des thèmes qui traversent mes livres et de la place de la lecture dans la formation de chacun, c’est rappeler que la littérature n’est pas un objet lointain. Elle est un lieu vivant, un espace de partage, un outil pour comprendre le monde et se comprendre soi-même », souligne Carole Awit. Dans son premier recueil de poèmes, Quartiers de lune, qu’elle a signé le 3 décembre 2025 à l’ordre des médecins, lors du Salon des signatures organisé par les éditions Artliban-Calima, elle y explore « les émotions nées de la perte, de la peur, du déracinement », « les blessures silencieuses, la guerre qui marque les corps autant que les paysages », mais aussi « la résistance » et « la tendresse » qui subsistent au cœur du chaos, de même que la métamorphose et la renaissance, « ces lueurs infimes qui nous ramènent vers la vie ». « La nature, les astres, les clartés minuscules y jouent le rôle de balises : elles rappellent que même dans les moments les plus sombres, quelque chose continue de briller, parfois faiblement, mais toujours avec justesse », affirme Carole Awit qui est titulaire d’un doctorat en lettres françaises de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.
Accompagnant les trente poèmes dans Quartiers de lune, les illustrations que l’auteure a signées permettent « de rendre les mots plus vibrants, de compléter l’histoire racontée ». « La poésie constitue pour moi un espace pour ressentir, traverser, comprendre et peut-être transformer les zones d’ombre qui nous habitent. En partageant avec les lecteurs ces poèmes et ces illustrations, j’espère leur faire ressentir que les mots peuvent les accompagner, les apaiser et éclairer leur existence », conclut l’auteure, qui est aussi enseignante à l’Académie libanaise des beaux-arts (ALBA-UOB), à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et à l’Université Sainte-Famille à Batroun.



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