Le Liban vient d’accueillir la visite du pape Léon XIV, une halte spirituelle dont la portée a dépassé le cadre protocolaire. Durant quelques jours, la parole pontificale a traversé un pays écartelé, rappelant à chacun ce que nous sommes en train de perdre… et ce que nous pourrions encore sauver.
Le Liban, cette terre blessée qui survit à travers ses ruines, s’est laissé toucher par une lumière brève mais sincère – un souffle qui a réveillé, chez beaucoup, un sens oublié de dignité et de responsabilité.
La voix du Saint-Père, venue d’un Orient qui fut jadis berceau des prophètes, a résonné dans un pays qui peine à s’accorder avec lui-même. Sa visite n’a pas effacé nos fractures politiques, ni nos loyautés contradictoires, ni les ombres qui pèsent depuis trop longtemps sur la souveraineté nationale. Mais elle a rappelé que la paix commence toujours par un examen intérieur, avant d’être une équation diplomatique.
Ce séjour, si bref fût-il, a exposé deux visages du Liban : celui, douloureux, d’une nation fatiguée par l’injustice, le mensonge, la captation du pouvoir et la confiscation de l’espérance ; et celui, plus secret mais bien réel, d’un peuple capable d’écoute, d’élan, de fraternité, lorsque cesse pour un instant le vacarme des intérêts.
Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir ce que la visite pontificale a produit, mais ce que nous voulons en faire.
Car un miracle, fût-il spirituel, ne s’accomplit jamais sans un minimum d’effort humain. Les paroles du pape ne porteront de fruits que si les Libanais – responsables politiques, institutions, citoyens – y répondent par une volonté sincère de réforme, de vérité et d’unité.
Le Liban attend encore un miracle, certes.
Mais peut-être avons-nous compris, à travers cette visite, que le premier miracle commence par nous-mêmes : par cette capacité, fragile mais tenace, de reprendre en main notre destin, de refuser la fatalité et d’imaginer un pays qui ne soit plus condamné à survivre, mais enfin capable de vivre.
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