Au sens littéral du terme, le masque est utilisé dans diverses cultures avec des fonctions différentes. Il existe depuis la nuit des temps. Il peut représenter, par exemple, une divinité, un démon, un animal de la mythologie, une personne célèbre, un ancêtre qui revient de la mort, un être spirituel au pouvoir invisible, une star... Dans ce cas-là et stricto sensu, il sert non seulement à cacher le visage, mais à représenter un autre être différent de celui qui le met. Sans oublier nullement le masque médical (de triste mémoire), qui protège des virus émis et dont on a enduré depuis quelque temps.
Certains masques sont célèbres et ont un prix assez élevé, par exemple, les masques vénitiens ou encore les masques africains... Ils peuvent être splendides à voir, un régal pour les yeux.
En revanche, le masque qui intéresse notre réflexion n’est pas évaluable, n’a pas une valeur marchande et ne peut faire l’objet d’un négoce. Il s’agit du masque au sens figuré du terme. Celui de l’apparence trompeuse sous laquelle nous nous cachons ou nous nous efforçons de nous cacher.
Soyons francs et réalistes et admettons que dans la vie, c’est le « trompe » qui peut.
Très souvent, nous nous dissimulons tous derrière un masque. Un « accessoire » variable et changeant, visiblement invisible, qui existe chez une grande majorité d’individus (tous peut-être, à de rares exceptions près).
Il peut rapidement changer d’une personne à l’autre, d’une situation à l’autre, d’une période à l’autre, d’un lieu à l’autre, d’un contexte à l’autre... Il a une faculté d’adaptation incontestable. Une souplesse et une flexibilité à toute épreuve. Ce masque cherche, en fait, à bien y penser, à fournir une nouvelle identité à la personne qui le porte, à reluire une façade, à induire en erreur, à donner une impression différente, une fausse perception, une illusion d’optique, un trompe-l’œil, une « vérité » qui est loin de la vérité... Très souvent, nos relations, nos rapports avec les autres, nos actions, nos choix de vie dépendent de ces masques ambigus, qui laissent parfois planer des doutes légitimes et compréhensibles. Sans parler, il faut le dire, des dégâts qui en résultent, lorsque ces masques tombent accidentellement, de façon inattendue et sans le vouloir.
Dans le monde d’aujourd’hui (dans lequel très fréquemment on ne se retrouve plus, à cause peut-être de ces mêmes masques), rares sont les personnes authentiques qui s’expriment et agissent spontanément, en accord avec leur « vrai moi », c’est-à-dire conformément à leurs propres pensées, leurs véritables émotions, leurs croyances réelles, leurs préférences sincères et leurs justes besoins.
N’est-il pas temps de jeter ces masques et de nous montrer en toute vérité, sans fard ni artifice ?
À bien y réfléchir, le malheur du monde relève, en grande partie, des masques et de tout ce qui se cache derrière comme hypocrisies, égoïsmes, faussetés, tromperies, duplicités, massacres, crimes... À cause de cet accoutrement artificiel, invisible à l’œil nu, c’est le simili, l’imitation, et toutes sortes de contrefaçons qui prennent du terrain aux dépens du naturel, du droit, du sincère et du spontané.
À la Sainte-Barbe, il faudrait, tellement les masques sont vivaces et répandus, changer la donne et tendre à les faire tomber complètement, au lieu d’en afficher bon nombre.
Sainte Barbe, très populaire au pays du Cèdre, serait, certainement, bien plus enchantée et beaucoup plus satisfaite. Satisfaite et comblée d’avoir réveillé en nous l’authentique, le réel, le juste, le bon (le bon, dans le sens de bonté naturellement) et l’intègre. Des vertus, sans clinquant ni tape-à-l’œil, qui rendent la vie beaucoup plus belle et qui plaisent à Celui qui nous a créés. Celui qui nous a créés, sans masque, à son image.
Avocat à la Cour
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

