Réponse à l’édito d’Anthony Samrani intitulé « Le Liban a-t-il encore quelque chose à offrir au monde ? » publié le lundi 1er décembre dans « L’Orient-Le Jour ».
En lisant l’édito d’Anthony, j’ai d’abord eu envie de demander « autre chose encore à offrir ? » Je veux dire, le Liban n’a-t-il pas assez donné ? Il a servi d’exemple ici, de modèle là. Il a formé une diaspora de talents qui, au-delà du concept « corporate » relativement moche dans ses limites capitalistes, « offre » au monde chaque jour des idées et la capacité de les exécuter dans tous types de domaines, allant de la finance à la santé, de la littérature à la photographie, de la culture à la recherche. Le Liban a servi aussi, bon gré mal gré, de terrain de jeu aux acteurs régionaux et internationaux trop lâches pour s’affronter chez eux, et ce pendant des décennies. Le Liban sert d’ailleurs encore aujourd’hui de « boîte postale » à ces mêmes pays (je vole l’expression à Walid Joumblatt qui dit toujours les choses avec justesse et lucidité, qui laisse à chaque nouvelle bataille une chance au pays, avant de se rabattre sur sa communauté faute de mieux). Le Liban offre tous les jours ses victimes, ses douleurs au monde. Offrir, ici dans le sens de sacrifice.
Je réponds à l’édito d’Anthony justement parce que je me pose obsessivement et plus que jamais les mêmes questions que lui : pourquoi sommes-nous si attachés à l’idée de ce pays et qu’a-t-on à offrir, si l’on veut survivre ?
J’ai fait le tour de la question et la seule réponse suffisamment satisfaisante sur laquelle je retombe en boucle, c’est qu’on a justement encore trop à offrir, offrir ici dans le sens de gratuité. On a trop à offrir, sinon on nous laisserait tranquilles. Le problème, probablement, c’est que c’est notre terre, l’espace sur lequel nous vivons, qui intéresse, plutôt que notre nation (inexistante). Du coup, personne pour négocier en notre nom, et les autres, les nations, se disputent ce qui est « offert », par nous une fois de plus, mais offert ici dans le sens de disponible. Si mon postulat est correct, la réponse est alors plutôt simple : qu’on nous dépouille ! Que les intéressés, les plus forts que nous, nous prennent tout. Qu’ils nous prennent tout jusqu’à la dernière goutte de pétrole, qu’ils assèchent nos puits et nous appauvrissent plus encore que ce que déjà nous sommes, qu’ils nous dépouillent, puis quand il ne restera plus rien à prendre, qu’ils nous fichent la paix. Cette paix-égide de la visite du pape, qu’on nous la foute. On vous offre tout, ici au sens étymologique du terme, « ob+ferre », mettre à la portée de quelqu’un, proposer quelque chose en contrepartie d’autre chose : prenez tout mais partez. Partez, qu’on puisse enfin construire notre pays. Prenez tout, le reste laissez-le nous.
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