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Lifestyle - Savoir-Faire

Des robes de soirée aux chasubles papales : le parcours singulier du Libanais Maged Bou Tanous

Il ne donne pas de défilé, ce serait sacrilège ! À défaut, les créations du couturier libanais de l’Église maronite sont l’objet d’expositions régulières qui attirent un public fasciné. Ce mardi, lors de la messe papale, la chape de Léon XIV témoignera de son talent.

Des robes de soirée aux chasubles papales : le parcours singulier du Libanais Maged Bou Tanous

La chasuble papale créée par le couturier libanais surnommé « le couturier des papes ». Photo tirée du compte Instagram de Maged Bou Tanous

Mardi 3 décembre, lors de la grand-messe de la paix qu’officiera Léon XIV au front de mer de Beyrouth, le pape revêtira une chasuble particulière. En ce temps de l’Avent qui est attente et méditation, le violet est de rigueur dans la liturgie latine. C’est donc le violet et l’or -couleur de gloire et de lumière- qu’a travaillés Maged Bou Tanous pour ce vêtement rituel. La croix syriaque en mosaïque, entourée, en guirlandes, de rameaux d’olivier, symbole de paix, de cèdre symbole de la présence divine, et de chêne, symbole de l’ancrage des Libanais dans leur terre, ainsi que du sacré-cœur enflammé, figurant sur les armoiries papales de Léon XIV : tout un message iconographique se déploie en broderies délicates sur ce vêtement créé par le couturier libanais que l’on surnomme « le couturier des papes ».

Maged Bou Tannous, couturier du patriarcat maronite et occasionnellement du Vatican, confie à L’Orient-Le Jour avoir commencé sa vie de créateur avec la haute couture, robes de soirée et de mariées. Il enchaîne avec les costumes de scène, notamment pour les Rahbani, Salwa el-Katrib, Melhem Barakat, Sabah et d’autres. Pour lui, le tournant a eu lieu en 2011, à la veille de l’élection du successeur du patriarche Sfeir au patriarcat maronite d’Antioche et de tout l’Orient. Il promet à ce moment à Béchara Boutros Raï, alors évêque de Jbeil, de lui offrir ses habits liturgiques de la messe d’intronisation. Raï est patriarche et sa chape et sa mitre réalisées par Bou Tannous ont un tel succès que tous les évêques commandent au créateur leurs propres vêtements de cérémonie. Il se trouve par la force des choses entièrement dédié à cet art particulier de l’habit liturgique. Une niche dans laquelle il s’engouffre avec passion, étudiant les particularités des rituels et de l’iconographie, consacrant à certaines pièces plusieurs semaines de travail exigeant, mobilisant ses équipes autour de broderies minutieuses, créant de véritables œuvres d’art autour des figures imposées et ouvrant le spectre de ses propositions aux robes de baptême et autres vêtements sacramentels. Mais pour commencer, il se rend à Rome où il observe et étudie ce genre qui lui semble encore étranger. « Très vite, je réalise que le vêtement civil s’inspire de tout temps du vêtement liturgique », confie-t-il. Une constatation qui le conforte dans la certitude qu’il n’est pas étranger à cette pratique qui a ses spécialistes mais que de grands couturiers abordent avec un nouveau regard, comme Jean-Charles de Castelbajac, pour ne citer que lui.

Mitres prêtes à broder. Photo tirée du compte Instagram de Maged Bou Tanous
Mitres prêtes à broder. Photo tirée du compte Instagram de Maged Bou Tanous

Bou Tannous souligne aussi que le vêtement liturgique avec ses codes issus de l’Église catholique occidentale a été introduit au Liban par les étudiants de l’École maronite de Rome, tous futurs évêques et prélats. L’Église maronite a d’ailleurs suivi les rites latins durant plus de trois siècles. « Le vêtement maronite a aussi des racines dans la culture syriaque. On retrouve d’ailleurs des codes et une esthétique partagée entre les deux Églises. De part et d’autre, la source est royale : la chape, ou dans un terme plus populaire la cape, est entièrement et somptueusement brodée. Le patriarche Doueihy disait que les vêtements liturgiques devaient montrer ‘‘la gloire de Dieu’’. Padre Pio, qui fut le plus pauvre d’entre les pauvres, vêtements usés, chaussures trouées, insistait pour la même raison à porter les vêtements liturgiques les plus somptueux. Il n’y a donc rien de personnel dans le fait de revêtir ces capes et ces mitres », détaille le créateur.

Chape brodée du portrait de saint Charbel. Photo tirée du compte Instagram de Maged Bou Tanous
Chape brodée du portrait de saint Charbel. Photo tirée du compte Instagram de Maged Bou Tanous


Fournisseur du Vatican

« Fil d’or au défi du temps » : d’anciennes chasubles retravaillées dans le style maronite exposées à Baabda, à l’Université antonine ; « Couronnes d’or fin » à Rome, sous le patronage du cardinal Leonardo Sandri, alors assistant du pape ; « Voiles d’or et chérubins » à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth ; enfin « Or et Miron », le 7 novembre à l’église Saint-Maron de Gemmayzé, déployant une ligne de robes de baptême, d’où le thème du miron, l’huile de myrrhe avec laquelle se fait l’onction du baptisé. Autant de propositions où l’or prédomine, symbolisant la gloire au cœur de ces œuvres dont elle est la principale inspiration.

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Chaque exposition est accompagnée d’un beau livre distribué gracieusement aux visiteurs. C’est avec Béchara Raï que Maged Bou Tannous devient fournisseur du Vatican. Il travaille d’abord sur une chasuble offerte par le patriarcat maronite au pape Benoît XVI à l’occasion de son intronisation. « Une chasuble latine avec des ornements empruntés aux fresques de Qannoubine », précise Bou Tannous. « On est obligé de travailler selon certaines normes. Les symboles liturgiques et certains motifs sont imposés : la croix, le poisson, le pélican, l’agneau sacrificiel, l’IHS (abréviation du nom de Jésus en grec). On ne peut pas parler dans ce domaine de création pure. Personnellement, j’aime me conformer aux traditions chrétiennes du Moyen-Orient : la broderie au fil d’or, les motifs floraux des rinceaux », précise Bou Tannous.

Le créateur raconte par ailleurs sa première rencontre avec le pape François : « Je ne connaissais rien au protocole du Vatican. J’arrive devant la porte Sainte-Anne pour livrer une chasuble, croyant me rendre à un rendez-vous informel. Je n’avais pas mes papiers sur moi, je ne savais pas que je traversais la frontière d’un État. Je montre à la sécurité une photo de mon passeport sur mon téléphone, on me regarde comme si je tombais de la lune. Le cardinal Sandri envoie alors quelqu’un pour m’accompagner auprès du pape à qui je finis par livrer la chasuble. » La longue tradition du lien fort entre l’Église maronite et le Vatican a elle aussi ses voies impénétrables et le talent des couturiers libanais – Maged Bou Tannous en est l’exemple – contribue à le garder vivant.

Mardi 3 décembre, lors de la grand-messe de la paix qu’officiera Léon XIV au front de mer de Beyrouth, le pape revêtira une chasuble particulière. En ce temps de l’Avent qui est attente et méditation, le violet est de rigueur dans la liturgie latine. C’est donc le violet et l’or -couleur de gloire et de lumière- qu’a travaillés Maged Bou Tanous pour ce vêtement rituel. La croix syriaque en mosaïque, entourée, en guirlandes, de rameaux d’olivier, symbole de paix, de cèdre symbole de la présence divine, et de chêne, symbole de l’ancrage des Libanais dans leur terre, ainsi que du sacré-cœur enflammé, figurant sur les armoiries papales de Léon XIV : tout un message iconographique se déploie en broderies délicates sur ce vêtement créé par le couturier libanais que l’on surnomme « le couturier des papes...
commentaires (1)

Ce n’est pas l’argent qui manque à ces Messieurs. Un défilé du côté de Nabaa serait intéressant . Remarquez, on ne manque pas de mannequin.

aliosha

18 h 03, le 30 novembre 2025

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Commentaires (1)

  • Ce n’est pas l’argent qui manque à ces Messieurs. Un défilé du côté de Nabaa serait intéressant . Remarquez, on ne manque pas de mannequin.

    aliosha

    18 h 03, le 30 novembre 2025

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