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Nos lecteurs ont la parole

Au-delà de l’asphalte, diplomatie vaticane ou bien révolution bolchévique ?

À quelques jours de la visite du pape Léon XIV au Liban, nous sentons que le pays est en chantier, un grand chantier atypique et inhabituel depuis des décennies. Surtout au niveau des routes que le pape va emprunter. Pauvres de nous, il a fallu que le pape vienne jusqu’à chez nous pour apercevoir un minimum d’asphalte sur les routes et un peu d’entretien. C’est pour dire combien nous pesons dans la balance – et la conscience – de nos dirigeants !

Prenons quand même les choses du bon côté. Ayons donc une attitude encourageante et bienveillante, afin de ne pas déplaire à celles et ceux qui voient dans ce grand branle-bas inhabituel un bel avantage.

Au niveau des infrastructures routières, le pays et les personnes qui utilisent les routes empruntées par le pape vont être les premiers bénéficiaires de ces travaux et c’est tant mieux pour eux.

Abstraction faite des réseaux routiers, réfléchissons un peu plus afin de voir, au fond, ce que le pape Léon XIV recherche à travers sa visite chez nous. Efforçons-nous de voir, à partir des lieux qu’il va visiter, ce que l’évêque de Rome tient à envoyer comme message au peuple libanais, aux dirigeants du pays, aux hommes de religion, au clergé et à l’Église universelle.

Chaque endroit visité par le pape a une symbolique particulière et une signification propre à elle.

D’abord le Saint-Père vient chez nous en messager de paix. Il vient, selon ses propres dires, chez un peuple qui a tant souffert.

Il va passer en premier au palais présidentiel de Baabda, avec ce qu’il représente symboliquement pour les Libanais, et cela pour la visite traditionnelle protocolaire, mais en même temps pour nous demander, peut-être implicitement, de nous ranger toujours sous la bannière et la protection de l’État et de l’État seul ! Cet État qui doit, avant tout, être juste, qui respecte le droit et l’équité et qui s’occupe de son peuple en bon père de famille.

Pour ce qui est de la visite du couvent de la Croix, elle est en elle-même pleine de sens. C’est l’endroit où la souffrance mentale et psychique trouve refuge. Le pape nous demande, à travers cet endroit précis, de nous comporter l’un envers l’autre avec compassion et bienveillance.

À Harissa, il confie notre pays à la Sainte Vierge, en nous demandant de nous remettre sous son aile maternelle et sa protection mariale. Là, il va rencontrer les personnes consacrées de confessions chrétiennes, leur demander de vivre avec sincérité et engagement leurs vœux. Et à l’adresse de l’Église universelle, il va confirmer le rôle unique du Liban en montrant que ce pays mérite de vivre pleinement sa vocation et sa mission au sein de la grande Église et de la communauté internationale.

À Bkerké, là où il va rencontrer la jeunesse, c’est un double message qui est transmis. Il demande, à la jeunesse de s’accrocher au pays du Cèdre, pays des ancêtres, et de ne plus aller chercher clémence et fortune sous d’autres cieux. Au clergé, il demande beaucoup plus d’authenticité, d’empathie, de bienveillance et de miséricorde envers le Libanais en général et les fidèles en particulier.

À Annaya, au couvent Saint-Maron, il nous demande de suivre l’exemple de saint Charbel. Ce saint dont le rayonnement et l’ampleur dépassent le cadre réduit du Liban.

À la place des Martyrs, ce lieu emblématique depuis Jamal Pacha, de triste mémoire, et pas très loin de l’effroyable explosion au port, il voudrait envoyer un message clair de tolérance, de coexistence et de fraternité.

Certains sceptiques vont peut-être répliquer que tout cela relève du cadre des vœux pieux et des espérances vaines. Pratiquement, quel impact le Vatican peut-il avoir sur la scène géopolitique mondiale ?

Cela rappelle lorsque Joseph Staline a un jour posé la question de savoir combien de divisions possédait le pape ! Il a ironiquement utilisé ce comparatif implicite pour souligner que le pouvoir de la papauté ne pouvait égaler celui de l’Armée rouge.

Or le pape, c’est vrai, ne dispose pas d’armée régulière de grande envergure, même si le Vatican représente un État souverain à part entière. Il n’a à sa disposition que la Garde suisse pontificale. Une petite unité munie d’armes légères invisibles, qui a pour rôle d’assurer la sécurité du pape et du tout petit État du Vatican.

Même si la papauté n’a pas le poids militaire des grandes nations, sur le plan moral, le Vatican représente beaucoup plus que les puissances militaires, atomiques, financières, industrielles… du monde. Une influence au niveau international à ne pas mésestimer sur le cours des événements de la géopolitique, même si très généralement on a l’impression que la diplomatie silencieuse vaticane avance à pas de tortue.

Il suffit de penser, à titre d’exemple, à la chute du mur de Berlin érigé en 1961 et démoli en 1989, qui a réunifié l’Allemagne et changé le cours de l’histoire, sans conflits, ni guerres, ni émeutes. Tout cela, grâce à l’apport de Jean-Paul II et à la présence à la tête du pouvoir de l’Union soviétique de l’époque du charismatique Mikhaïl Gorbatchev. Un tandem qui a eu un effet bénéfique dans cette affaire redoutable.

En guise de conclusion, il faut rappeler ces paroles de l’Évangile : « Les portes de l’enfer ne prévaudront point contre l’Église. » Et dire aussi qu’on est d’accord pour la forme qui est en soi importante, mais de grâce, n’oublions pas le fond qui est fondamental, voire capital.

Améliorer les infrastructures routières, c’est valable, mais ce qui encore plus important c’est de s’élever au-delà de l’asphalte... Pour toucher l’essence même de la visite du Saint-Père et le fond de son message.

Michel Antoine AZAR

Avocat à la Cour

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À quelques jours de la visite du pape Léon XIV au Liban, nous sentons que le pays est en chantier, un grand chantier atypique et inhabituel depuis des décennies. Surtout au niveau des routes que le pape va emprunter. Pauvres de nous, il a fallu que le pape vienne jusqu’à chez nous pour apercevoir un minimum d’asphalte sur les routes et un peu d’entretien. C’est pour dire combien nous pesons dans la balance – et la conscience – de nos dirigeants !Prenons quand même les choses du bon côté. Ayons donc une attitude encourageante et bienveillante, afin de ne pas déplaire à celles et ceux qui voient dans ce grand branle-bas inhabituel un bel avantage. Au niveau des infrastructures routières, le pays et les personnes qui utilisent les routes empruntées par le pape vont être les premiers bénéficiaires de ces travaux et...
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