On le pensait à la retraite, Istiz Nabeuh, depuis qu’il ne plastronne plus sur son perchoir qui domine la Chambre d’enregistrement qu’il s’est concoctée aux petits oignons aux dernières législatives. On le croyait peinard au fond de son clapier à Aïn el-Tiné, égrenant son passe-temps au coin de son poêle à mazout tout en clapant sa purée et tétant sa chicha. Mais tiens, fume, si l’on peut dire ! Le voilà qui se pointe, bon pied, bon œil, tous sphincters buccaux lâchés contre les « traîtres » qui font risette dans son dos à la communauté chiite.
Sa tête de Turc à Istiz Nabeuh, ce n’est pas Benjamin le Nataniais, l’allumeur allumé de Gaza qui a dézingué son copain barbu terré dans sa grotte. Encore moins le Trumpinator, véritable éteignoir de « l’unité des fronts » face aux Hébreux. Sa bête noire, c’est tout bêtement ces deux tiers de Libanais devenus empêcheurs d’accaparer en rond une communauté entière. Objet du conflit : leur outrecuidance à vouloir voter à l’endroit pour donner un coup d’arrêt à sa gouvernance de travers.
Pour l’heure, le taulier du Parlement fait mine de siffloter en regardant ailleurs. À près de 90 balais et quelques belles dents encore, il est déterminé à ne pas lâcher ne serait-ce que 10 secondes de son bail en hauteur. Cela va de soi : chez ces gens-là, on ne démissionne pas, monsieur !
La bonne vieille école du monde arabe ! Y a qu’à voir le Sissi Imperator d’Égypte qui compte rempiler jusqu’à sa dernière molaire, le Burhan des sables soudanais qui a viré sa cuti in extremis pour se maintenir. On rappelle aussi que le Tunisien Ben Ali n’était parti que les intestins en quenouilles, Yasser Arafat le foie en marmelade et Saddam Hussein à coup de vitamine B-52… Bon courage, donc, à la cohorte des successeurs du baron législatif libanais !
Trente-trois années de perchoir place de l’Étoile, ça vous forge un pique-assiette. Au fil des ans, Conseil du Sud, pétrole et électricité aidant, Istiz Nabeuh et son clan ont fondu sur tout ce qui passait à proximité de leur convoitise, décorant la fonction publique et les ministères d’un confetti de complices.
Il est dès lors touchant de constater le degré de naïveté dont peuvent faire preuve Américains et Européens, en le bombardant « interlocuteur privilégié ». Et vas-y que je te conseille un peu de démocratie par-ci, et que je te pousse à saupoudrer de la liberté par-là, et un jour je t’engage à biffer la corruption, et un autre à mitonner des institutions… Croient traiter avec un Scandinave du XXVe siècle, les angelots d’Occident. Ils ont feint d’oublier sans doute que chez ce chef exotique comme parmi ses pairs, la frime dans la gabegie est une maladie sexuellement transmissible.
Et voilà ! Ne reste plus qu’à admirer la carcasse parlementaire laissée par ce vieux barbon. Si en trois décennies Istiz Nabeuh n’a pas eu l’occasion de faire des miracles, aujourd’hui il n’est certainement plus en situation d’en faire. Mais que les grincheux se rassurent : sa carrière politique interminable en est déjà un…
gabynasr@lorientlejour.com


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Très bel article, dans la tradition des romans à clef, qui date à Paris des "lettres de Rastignac à un cousin de province." Sauf que là, la serrure est tellement grosse que toutes les clefs sont faciles à trouver... Bel exercice éditorial tout de même. Bravo.
12 h 06, le 21 novembre 2025