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Nos lecteurs ont la parole

Un souffle, un silence

Les amis du collège sur WhatsApp :

– Moi je viens !

– Moi, je ne peux pas…

– Moi, je vais essayer, vous me manquez trop !

C’est ainsi que s’annonçait notre dîner du 15 octobre dans un restaurant italien qui campa ce soir tout droit l’atmosphère haute en émotion du Parrain.

Tous les quelques mois, surtout quand l’un de nous revient de l’étranger, nous rallumons le feu de nos souvenirs. C’est devenu un rituel, une manière d’apprivoiser le temps qui passe et de vérifier que le lien, lui, persiste.

Ce soir-là, nous avions choisi un resto vétuste, presque fané, mais chargé de mémoire. Les nappes à carreaux rouges, les murs jaunis, la pizza pâteuse, les chansons en boucle… rien n’avait bougé, comme si ce lieu, complice discret, avait retenu nos voix d’adolescents.

Nous arrivions sans appréhension, débarrassés du souci des apparences. À notre âge, plus personne ne redoute les « tu as grossi » ou « tu as vieilli ». Nous savons désormais que chaque ride est un souvenir et chaque trace, une preuve d’avoir vécu.

Deux amies autour de la table venaient de perdre leur mère. La soirée s’annonçait donc un peu mélancolique. Et soudain, un message tombe : l’une de nous, Carole, ne pourra pas venir, sa fille est en train d’accoucher.

L’émotion circule, la joie se répand, les verres se lèvent : à la vie, à la continuité, à l’émerveillement du monde.

Un moment plus tard arrive un autre appel : notre autre Carol, qu’on espérait voir, annonce qu’elle ne pourra pas venir… sa mère vient de s’éteindre, foudroyée d’un arrêt cardiaque. Invraisemblable !

Une naissance. Une mort. Deux destins pour un même prénom. Une Carole comblée, une Carol dévastée. Deux battements d’un même souffle, reçus à quelques mètres de distance, dans cette pizzeria prosaïque.

Le silence s’installe. Nous nous regardons, bouleversées.

Et dans ce contraste brutal, quelque chose s’éclaire : la vie ne se comprend jamais, elle s’éprouve ! Elle est ce fil fragile entre deux mystères, ce mouvement incessant où tout commence et tout s’achève dans le même instant.

Alors, autour de cette table usée, nous avons bu à la joie et à la peine, aux absentes et aux naissances, à nos années folles et à celles qui restent.

Et nous avons compris que la seule sagesse possible, c’est d’habiter le présent. De rire tant qu’on peut, d’aimer sans calcul, de garder nos dîners, même dans les pizzerias surannées où le contenant de ketchup ne change jamais !

Car la vie, au fond, c’est cela : un repas partagé, fragile et infini, dont il faut savourer chaque bouchée avant que la musique ne soit débranchée !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes. 

Les amis du collège sur WhatsApp :– Moi je viens !– Moi, je ne peux pas…– Moi, je vais essayer, vous me manquez trop !C’est ainsi que s’annonçait notre dîner du 15 octobre dans un restaurant italien qui campa ce soir tout droit l’atmosphère haute en émotion du Parrain. Tous les quelques mois, surtout quand l’un de nous revient de l’étranger, nous rallumons le feu de nos souvenirs. C’est devenu un rituel, une manière d’apprivoiser le temps qui passe et de vérifier que le lien, lui, persiste. Ce soir-là, nous avions choisi un resto vétuste, presque fané, mais chargé de mémoire. Les nappes à carreaux rouges, les murs jaunis, la pizza pâteuse, les chansons en boucle… rien n’avait bougé, comme si ce lieu, complice discret, avait retenu nos voix d’adolescents. Nous arrivions sans appréhension,...
commentaires (1)

Tres touchant!

Cadmos

15 h 46, le 14 novembre 2025

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Commentaires (1)

  • Tres touchant!

    Cadmos

    15 h 46, le 14 novembre 2025

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