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Nos lecteurs ont la parole

Le vote des expatriés libanais : un geste qui réduit au silence les véritables voix

La diaspora libanaise a toujours été une bouée de sauvetage pour la nation, sur les plans financier, culturel et émotionnel. Des millions de Libanais vivant à l’étranger n’ont jamais vraiment « quitté » le Liban ; ils l’ont simplement prolongé. Liés par leurs familles, leurs envois d’argent, leurs investissements et un profond sentiment d’appartenance, ils gardent le Liban dans leur cœur. Pourtant, la loi actuelle, qui réserve seulement six sièges parlementaires aux expatriés, risque d’étouffer ce lien vital dans l’indifférence politique.

Cette mesure, qui permet aux expatriés de voter uniquement pour six représentants « externes » au lieu de choisir parmi les 128 membres du Parlement, envoie un message décourageant : « Merci pour vos transferts d’argent, mais votre voix sera limitée à une marge décorative. »

Un faux geste de représentation : l’idée de six députés « de la diaspora » semble progressiste sur le papier, mais en réalité, elle isole les expatriés dans une enclave symbolique, dépourvue de réel pouvoir législatif. Le Parlement libanais compte 128 sièges, représentant la diversité du pays. Cantonner la diaspora à six sièges, c’est la reléguer au rôle de spectateur.

Les Libanais de l’étranger ne sont pas une catégorie distincte : ils appartiennent au même tissu social que leurs compatriotes restés au pays. Leurs préoccupations, électricité, corruption, infrastructures, souveraineté, sont locales, non « étrangères ». Les forcer à voter à travers une liste séparée, c’est nier leur ancrage et leur rôle dans l’avenir du Liban.

Cette loi repose sur une incompréhension de la diaspora contemporaine. Beaucoup d’expatriés ne sont pas partis par choix, mais par nécessité, à cause de l’effondrement économique, de l’insécurité ou du manque d’opportunités. Ils envoient de l’argent, reviennent souvent et seraient nombreux à rentrer si le pays était mieux gouverné.

Ce ne sont pas des citoyens éloignés, mais les ambassadeurs les plus actifs du Liban. Leur refuser un vote complet, c’est les punir pour avoir survécu à l’étranger. Leur énergie, leurs réseaux et leurs ressources sont essentiels à la reconstruction nationale, et leur participation politique devrait le refléter.

La diaspora n’est pas un vestige du passé, mais l’avantage compétitif du Liban. Partout dans le monde, les Libanais brillent par leur intelligence, leur résilience et leur créativité. Leur donner des droits politiques complets insufflerait dynamisme et crédibilité dans un système qui en manque cruellement.

Une véritable réforme consisterait à « intégrer la diaspora », non à la séparer. Plutôt que de la limiter à six sièges symboliques, le Liban devrait lui permettre de voter pour l’ensemble des 128 députés, comme si elle votait depuis Beyrouth, Tripoli, Zahlé, Saïda ou Tyr. Cela renforcerait la responsabilité démocratique et donnerait à la diaspora un véritable pouvoir d’influence.

Une telle ouverture encouragerait une meilleure gouvernance. Les politiciens devraient convaincre un électorat plus large, instruit et exigeant, habitué à des démocraties fonctionnelles. Les Libanais de la diaspora apporteraient des attentes nouvelles : transparence, efficacité et primauté du droit.

Un appel à l’inclusion, pas à l’exclusion : l’État libanais ne doit pas craindre sa diaspora, il doit l’embrasser. Le droit de vote n’est pas un privilège géographique, mais un droit fondé sur la citoyenneté. Si le Liban veut se reconstruire, il doit réintégrer ses filles et fils de l’étranger dans le processus national.

Une vérité simple à retenir : un pays qui aliène sa diaspora aliène son propre avenir.

William MOUGAYAR

Expatrié

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

La diaspora libanaise a toujours été une bouée de sauvetage pour la nation, sur les plans financier, culturel et émotionnel. Des millions de Libanais vivant à l’étranger n’ont jamais vraiment « quitté » le Liban ; ils l’ont simplement prolongé. Liés par leurs familles, leurs envois d’argent, leurs investissements et un profond sentiment d’appartenance, ils gardent le Liban dans leur cœur. Pourtant, la loi actuelle, qui réserve seulement six sièges parlementaires aux expatriés, risque d’étouffer ce lien vital dans l’indifférence politique.Cette mesure, qui permet aux expatriés de voter uniquement pour six représentants « externes » au lieu de choisir parmi les 128 membres du Parlement, envoie un message décourageant : « Merci pour vos transferts d’argent, mais votre...
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