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Lifestyle - Entretien

Anaïde Rozam : Je suis de cette génération qui veut réapprendre son arabité perdue

Petite protégée de Leïla Bekhti, la jeune comédienne s’est imposée en quelques mois comme l’une des nouvelles coqueluches du cinéma français. De ses vidéos tournées dans l’intimité de sa chambre à son premier rôle marquant dans la mini-série événement inspirée des coulisses du « Loft Story », l’actrice se confie à « L’Orient-Le Jour ».

Anaïde Rozam : Je suis de cette génération qui veut réapprendre son arabité perdue

Anaïde Rozam lors du 51e festival du film américain de Deauville, en septembre 2025. Photo AFP

Elle arrive d’un pas décidé, mais avec quelque chose de timidement suspendu dans le regard. Le trench-coat ample et les bottes de pluie de sortie, elle s’excuse d’avance pour sa toux avant de s’installer au centre d’une vaste chambre d’hôtel transformée en salle d’interviews. Depuis un peu plus d’un an, Anaïde Rozam est passée de ces vidéos tournées sur le coin d’un canapé – des sketches qui cumulaient des millions de vues jusqu’à attirer l’attention d’une certaine Leïla Bekhti – à comédienne au jeu sensiblement espiègle.

Portée par la consécration de la mini-série Culte – sortie à l’automne 2024 – où elle incarne Isabelle de Rochechouart, personnage librement inspiré d’Alexia Laroche-Joubert, productrice au flair redouté, redoutable et souvent contesté, la jeune femme s’offre enfin une tribune qui dépasse les beaux quartiers parisiens où se concentrent d’ordinaire les nouvelles pousses du milieu. En revisitant l’histoire du Loft Story, première téléréalité d’enfermement en France, le projet propose un regard plus humaniste et progressiste sur un récit longtemps marqué par l’hypersexualisation médiatique et une misogynie banalisée qui définissaient le début des années 2000 sur le petit écran.

Face à la caméra engagée de Jacques Audiard (pour Les olympiades en 2020) ou sous le regard plus loufoque de Raphaël Quenard (dans I Love Peru plus tôt cette année), l’ingénue, nièce de Roschdy Zem, enchaîne tournages et passages en festival, sa mère — très fièrement marocaine — (presque) toujours à ses côtés. Rencontre.

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Votre arabité est restée, jusqu’à présent, en dehors du récit médiatique français qui vous entoure. Quelle place intime occupent vos racines dans votre construction ?

(Longue pause.) Je prends mon temps, parce que j’ai envie d’honorer cette question. Ma mère est née au Maroc. Mon lien avec mon arabité est particulier puisque lorsqu’elle est arrivée en France, on lui a fait comprendre qu’il fallait se fondre dans le pays, presque se dépouiller de ce qu’elle portait. Avec mes cousins, nous représentons une autre génération, celle qui cherche au contraire à retrouver cette partie-là, un peu perdue.

Je suis un peu triste qu’on ne m’ait pas parlé arabe à la maison puisqu’aujourd’hui, je dirais que je suis en quête de mes origines bien que j’avais l’impression que ce lien était plus fort, plus évident, quand ma grand-mère était encore en vie. Elle ne parlait pas français… Alors tout passait par le geste, par la présence, par quelque chose de très profond (...) Pardon, je m’interromps, cette question me touche beaucoup. J’aimerais avoir des enfants et pouvoir leur transmettre cette moitié de moi qui est marocaine. Je ne suis pas encore arrivée au bout de ce chemin, mais j’avance.

Lorsqu’on est une actrice racisée en 2025, est-ce que le regard sur les personnages qu’on vous propose se fait plus vigilant, pour ne pas reproduire les clichés que le cinéma français a entretenus par le passé ?

Évidemment. Je fais, sans vraiment m’en rendre compte, partie d’une classe d’âge pour qui repérer un cliché ou une idée préconçue – sur ce que devrait être une femme, par exemple – est presque instinctif. Si un rôle repose sur des schémas trop faciles, ou s’il n’est pas en phase avec les valeurs que j’essaie de porter, je préfère passer mon tour.

Cela dit, j’aimerais incarner des « méchantes », des personnages à la morale trouble, plus complexes. Ce qui manque à mon avis, ce sont les figures nuancées : ni héroïnes idéales ni monstres caricaturaux. C’est précisément ce que j’ai trouvé chez Isabelle de Rochechouart, inspirée d’Alexia Laroche-Joubert, que j’ai interprétée l’année dernière dans Culte. Une jeune femme évoluant dans un milieu très masculin au début des années 2000, obligée d’en faire davantage que les autres pour arriver à ses fins.

Si la diversité reste encore timide sur les écrans tricolores, certaines des personnalités les plus marquantes du 7e art s’appellent Camélia (Jordana), Hafsia (Herzi), Rachida (Brakni), et bien sûr Leïla (Bekhti) – qui, dans votre parcours, occupe une place presque tutélaire…

Complètement, on peut même dire que c’est vraiment ma marraine dans ce milieu. Ce que j’ai appris en avançant, c’est que les gens qui te font confiance ne sont pas ceux qui te donnent des leçons. Elles te laissent grandir, te tromper, revenir à toi.

Avec Leïla, nos chemins ne sont pas les mêmes : j’ai commencé sur les réseaux avant d’essayer de trouver cet espace qu’elle m’a peut-être aidée à atteindre. Je me souviens d’elle me demandant si j’étais représentée, puis me mettant en contact avec une agence. Un cadeau béni qui a tout changé.

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Ce petit cercle qu’est le cinéma demeure-t-il aussi hermétique, ou bien les réseaux sociaux, qui vous ont révélée, ont-ils ouvert quelques fenêtres ?

Il y a quelques années, j’avais vraiment l’impression qu’il y avait des « élus ». Si on n’avait pas fait des années de théâtre, des études spécifiques ou si on ne disposait pas d’un gros réseau, l’accès semblait impossible. Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux et aux castings sauvages, l’entrée est un peu plus ouverte, oui – très légèrement.

Cela pose une autre question : si tout le monde peut, en théorie, devenir acteur, qu’adviendra-t-il des places ? À mes yeux, c’est peut-être plus simple d’arriver, mais beaucoup plus difficile de durer. L’endurance est plus exigeante. Aucun comédien ne dira qu’il ne craint pas, à un moment, de ne plus travailler, de ne pas tenir dans le temps. C’est aussi pour cela que je m’intéresse à la littérature, à la réalisation. Pas par peur, mais parce que même lorsqu’on tourne un film par an – ce qui est déjà une immense chance – il reste dix mois de vide.

Avec votre parcours qui a commencé sur les réseaux, est-ce qu’il vous arrive encore d’être prise de haut sur un plateau, ou est-ce que c’est quelque chose dont vous êtes désormais protégée ?

J’en ai ressenti un peu, oui, mais plutôt du côté de la presse. On m’appelait « influenceuse ». J’ai beaucoup de respect pour ce métier, mais, à ce moment-là, sur mes plateformes, je ne faisais aucun partenariat : je postais simplement mes vidéos, sans en tirer de revenu. Le terme de « créatrice de contenu » me correspond plus, même si, il y a cinq ans, on ne l’utilisait pas encore. Je crois avoir gagné un peu de crédibilité à présent – peut-être aussi parce que j’ai répété partout que j’avais fait une école de théâtre. Mais, de manière générale, les choses évoluent et assez vite.

Dans une période où chaque prise de position publique est disséquée, adoptez-vous davantage de prudence lorsque vous évoquez les causes qui comptent pour vous ?

Pour l’instant, en tant que jeune femme, je fais attention à ne pas trop m’avancer sur des sujets que je ne maîtrise pas, même si j’ai l’envie de m’associer à des mouvements et d’exprimer ma solidarité. Il m’est déjà arrivé de poster quelque chose, dans l’élan, juste pour montrer que j’étais là – sans vérifier la source – et de me rendre compte ensuite que je m’étais un peu laissé emporter.

Partager une opinion en story me met parfois mal à l’aise. Je crois aux engagements intimes, aux positions qui se construisent en soi d’abord. J’interroge encore la manière de les faire exister dans l’espace public. J’ai un peu de mal, pour l’instant, à les exposer.

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Tous ces questionnements – l’exposition permanente, l’identité digitale – étaient déjà présents dans « Culte » que vous évoquiez plus tôt. Les années 2000, marquées par l’émergence de la téléréalité, ont été les prémices de notre époque. De quelle manière avez-vous étudié cette ère pour nourrir votre interprétation ?

Quand j’ai reçu le scénario, je ne connaissais pas vraiment Loft Story. Ce qui m’a tout de suite rassurée, c’est la façon dont les trajectoires étaient racontées. J’ai vraiment désiré ce rôle avant de le décrocher. En l’interprétant, j’ai eu l’impression de passer un cap en tant que comédienne. C’est la première fois que je me suis investie à ce point.

La série interroge le moment où commence une nouvelle ère : la mise en scène de soi, l’idée d’être connu non pas pour ce qu’on fait, mais pour ce qu’on est. Ça résonne beaucoup avec le monde actuel. Elle raconte aussi qu’à ce moment-là, pour la première fois, les élites n’étaient plus les seules à avoir la parole. Avant, on parlait de certaines personnes sans les inviter sur les plateaux – c’était absurde. Avec le Loft, la télévision a commencé à ressembler un peu plus à la société. On peut débattre pendant des heures de ses bienfaits et de ses dérives, sauf que la réalité, et ce que nous avons tenté de raconter au travers de notre jeu, c’est que le monde du divertissement n’a plus jamais été le même après.

Elle arrive d’un pas décidé, mais avec quelque chose de timidement suspendu dans le regard. Le trench-coat ample et les bottes de pluie de sortie, elle s’excuse d’avance pour sa toux avant de s’installer au centre d’une vaste chambre d’hôtel transformée en salle d’interviews. Depuis un peu plus d’un an, Anaïde Rozam est passée de ces vidéos tournées sur le coin d’un canapé – des sketches qui cumulaient des millions de vues jusqu’à attirer l’attention d’une certaine Leïla Bekhti – à comédienne au jeu sensiblement espiègle.Portée par la consécration de la mini-série Culte – sortie à l’automne 2024 – où elle incarne Isabelle de Rochechouart, personnage librement inspiré d’Alexia Laroche-Joubert, productrice au flair redouté, redoutable et souvent contesté, la jeune femme s’offre...
commentaires (1)

Bof....c est tt arabe auj?!?

Marie Claude

10 h 03, le 07 novembre 2025

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Commentaires (1)

  • Bof....c est tt arabe auj?!?

    Marie Claude

    10 h 03, le 07 novembre 2025

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